RIVIÈRE DES IROQUOIS, L\C CHAMPLMN DÉCOUVERTS
quins et les Iroquois, guerre à laquelle il prit une part si active et si glorieuse, Champlain se trouva conduit à l'entrée de la rivière d<;s Iroquois qui se jette dans le fleuve Saint-Laurent. Il découvrit et occupa au nom de la France rembouchure de cette rivière, nommée plus tard rivière ■Richelieu, son cours entier, le lac Champlain qui la termine et qui lui donne naissance, « lieux où aucuns chresy> tiens, dit-il, n'estoient encore parvenus. » L'année suivante IGIO, dans une seconde expédition contre les Iroquois, où il fut hlessé et où il donna la victoire aux Algonquins et autres tribus alliées de la France, il compléta la reconnaissance des localités situées à l'embouchure de la rivière des Iroquois \
A partir de ce moment et de ce point, il découvrit et occupa des territoires pour la France, non au hasard, mais d'après un système réfléchi et une règle invariable, qui était de ne se porter en avant qu'après s'être affermi dans les régions qui précédaient ; et de ne choisir pour les établissements coloniaux présents ou à venir que les lieux les plus favorables par la force de leur assiette, la fertilité de leur territoire, les facilités qu'ils présentaient pour étendre le commerce. Il consacra l'année 16ii à des travaux de colonisation exécutés au saut Saint-Louis et à Montréal, qu'on trouvait à soixante lieues de Québec et à une faible distance de l'embouchure de la rivière des Iroquois, en remontant le fleuve Saint-Laurent. Au saul Saint-Louis, il bâtit un fort, établit un nouveau comptoir pour la traite des castors et autres pelleteries, et commença une nouvelle habitation de Français, parce que le saut était voisin de plusieurs rivières qui remontaient assez avant dans les terres, et qui permettaient d'établir
'Voyages de Champlaiu, 1. III, ch. 7, 8, 9, M, p. 132-152, 156-161, m-40, édit. 1632. — Lescarbot, 1. Y, ch. 3, 4, 5, p. 617-623, C29-632.
596 L. VII. en. VII. fout au saut s'-louis. défrichement a Montréal.
des relations avec l'inlérieur du pays '. Dans le voisinage du saut Saint-Louis, il reconnut comme essentiellement propre à l'emplacement d'une ville nouvelle, soit la partie de la rive gauche du Saint-Laurent qui se trouve au pied de la montagne nommée Mont-Royal ou Montréal ; soit les îles situées au milieu du fleuve, et dont la plus grande' a emprunté son nom à cette montagne. Ghamplain signala les ressources qu'on pouvait tirer dans cette localité d'une pèche et d'une chasse également abondantes, et de fertiles prairies. Dans un vaste emplacement qu'il appela la Place-Royale , il fit défricher des terres propres à la culture, et y sema des grains qui poussèrent avec une merveilleuse promptitude : il fit façonner d'autres terres en briques, et laissa comme essai un mur de quatre pieds d'épaisseur et de soixante pieds de long. 11 avait ainsi tout préparé d'avance pour la subsistance des habitants, et pour les constructions publiques et particulières d'une ville ^
Dès l'année 1611, avec l'aide de quelqiies sauvages, il reconnut le saut Saint-Louis. Il s'assura que si l'on ne pouvait le franchir (ju'avec des peines et des dangers
1 Lescarbot, 1. V, ch. 6, p. 637, 638, édit. 1618. « Cela et le désir de » découvrrr des terres nouvelles a fait résoudre Ghamplain de faire )) un fort près ledit saut (saut Saint-Louis), étant le lieu fort commode, » d'autant que deçà et delà le grand fleuve (Saint-Laurent) tombent » des rivières qui vout assez avant dans les terres. » — Voyages de Ghamplain, Table pour cognoistre les lieux remarquables en ceste carie, p. 5, n" 75 : « Rivière des Prairies qui vient d'un lac au sault Sainct- » Louys ; là on y a fait la traite plusieurs années avec les sauvages. » — Plus, 1. IV, ch. 6, p. 240.
» Voyages de Ghamplain, 1. III, ch. 13, p. 167-169. — Plus la Table pour cognoistre les lieu.t les plus remarquables, lettre K. « Isle de » Mont-Réal, au sault de Salnct-Louys, qui contient quelques huit à » neuf lieues de circuit. » N°' 73, 76 : « Isle de Mont-Réal, au sault » Sainct-Louys, au fleuve Sainct-Laurent. Rivière des Prairies qui vient » d'un lac au sault Sainct-Louys, où il y a deux isles, dont celle de » Mont-Réal est une.»
LACSNIPISSlNr,,IIURON,MICHlGAN SUPÉRIEUR, ONTARIO DÉCOUVERTS 597
extrêmes dans des embarcations, il était possible, en portant les barques et les canots à bras d'homme sur la rive voisine, dans 1 étendue du saut, de continuer ensuite la navigation sur le cours du Saint-Laurent , et en remontant ce fleuve et ses affluents, d'arriver jusqu'aux lacs qui alimentent cet immense cours d'eau. Dans les années 1614 et 1615, il découvrit successivement : 1" le lac des Nipisierij (lac Nipissing), ayant vingt-cinq lieues de long et huit de large, et situé parle 4Gc degré 1/4 de latitude; 2o le lac des Attigouatans (lacs Huron, Michigan , Supérieur) auquel il assigna par une appréciation fort près de la vérité trois cents lieues de longueur d'orient en occident, dont il fixa le commencement par le 44" degré 1/2 de latitude, et qu'il appela la mer Douce, nom qu'il a conservé jusqu'à aujourd'hui dans les géographies les plus savantes ; 3° le lac des Entouhonorons (lac Ontario), dont il dit : « L'un des bouts du lac, tirant à l'orient, est l'en- » trée de la grande rivière Sainct-Laurent, parla hauteur )) de 43 degrez de latitude... le lac a quatre-vingts lieues f> de long et vingt-cinq de large * . »
Il releva et indiqua partout les lieux que leur fertilité et l'abondance de leur pêche et de leur chasse désignaient pour recevoir de nouvelles habitations de Français, et il en prit possession, selon le droit public de ce temps, en élevant des croix et en y gravant les armes de la France. Partout il lia des relations avec les sauvages , et prépara la légitime domination de notre patrie sur eux, en leur distribuant des présents, en leur donnant des secours contre leurs ennemis, en leur enseignant à mener une
» Voyages de Champlain, 1. III, ch. 13, p. 168-172. — Liv. IV, ch. 6, 7, p. 242-246, 253, 254. — Table pour cognoistre les lieux remarquables, p. 8, et la carte de la Nouvelle-France, dressée par Champlain et jointe à l'édition de ses Voyages de 1632. — Lescarbot, Hist. de la Nouvelle-France, l.V, ch. 7, p. 646-647.