‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 144 sur 199 · OBSERVATIONS SUR LES ÉTABLISSEMENTS COLONIAUX · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES ÉTABLISSEMENTS COLONIAUX

par la fondation de ses colonies, par l'occupation des colonies portugaises, que l'Espagne s'était assuré, pendant tout le xvie siècle, la supériorité des ressources et de la force sur les autres puissances de l'Europe. La Hollande et l'Angleterre tentèrent de rétablir l'équilibre , la Hollande en commençant ses établissements dans les Indes orientales de 1598 à 1601 ; l'Angleterre en fondant ses premiers comptoirs dans l'Inde en 1601, et ses premières colonies en Amérique l'an 1608. Henri veilla à ce que son royaume prit part à ce grand mouvement dès 1598. Dans la carrière des agrandissements au dehors, où les nations de l'Europe entraient à la fois, il fit tout pour que la France regagnât l'avance que l'Espagne avait sur elle, pour qu'elle marchât de front avec la Hollande, pour qu'elle prévînt l'Angleterre.

Le moyen dont il usa pour lui assurer des possessions en Amérique est digne de remarque. Il chargea une Compagnie dont la formation et le perfectionnement l'occupèrent sans relâche, de fonder nos premières colonies, et lui ménagea les ressources nécessaires à une pareille entreprise, en lui concédant un privilège sur une branche de commerce extérieur pour un espace de temps déterminé. Une Compagnie privilégiée a conquis à la Hollande l'em-pire du littoral et le commerce de l'Inde, qui ont fait de ce petit pays de marécages l'une des cinq grandes puissances de l'Europe durant le xvii^ siècle. La Compagnie privilégiée anglaise des Indes orientales, devenue dans l'espace de cinquante ans la première puissance de l'Asie, a donné à sa patrie plus de cent millions de sujets et les plus riches contrées du monde. Si la liberté de commerce a de nos jours opéré des prodiges dans les Etats-Unis et en Angleterre, le privilège n'a pas produit de moins merveilleux effets. Ce qu'on a longtemps flétri du nom de monopole, et qui se confondait avec le privilège, s'appelle m 39

GlO I,. VII. CII. vu. OBSEflVATIONS SUR CEUX DE LA NOUVELLE FRANCE.

aujourd'hui commerce de réserve et de concession. Amnistié par l'économie politique môme la plus avancée, il s'applique encore aujourd'lmi à une foule d'entreprises ; il est reconnu et proclamé pour l'un des agents les plus puissants et les plus actifs qu'un gouvernement puisse employer, dans certains cas et dans certaines circonstances données. Le génie de Henri IV devina ces ressources, les mit en œuvre malgré les résistances de l'intérêt particulier et des préjugés, s'en servit à la fois pour fonder nos colonies, créer chez nous l'esprit d'association, inaugurer le concours de l'Etat et de l'industrie privée dans les grandes entreprises d'utilité publique.

Les lieutenants du roi et les capitaines de marine qu'il chargea de diriger les émigrations, préparèrent tout pour la prochaine formation d'établissements français sur la côte de l'Amérique baignée par l'Atlantique et située entre le 41^ et le iy degré 1/2 de latitude, la reconnaissance exacte et détaillée de la contrée, le signalement des ports, le défrichement de quelques parties du sol , les relations ouvertes avec les nations indigènes. Dans la contrée attenant à cette côte, dans l'Acadie, ils fondèrent le Port- Royal, approprièrent à la navigation son port excellent, relevèrent les nombreux avantages de la position de la Haive, demandèrent qu'on y bâtît une ville , signalèrent son port comme capable de recevoir mille vaisseaux. Dans le Canada, ils firent de Gaspé et de Tadoussac deux comptoirs, deux centres d'opérations commerciales suivies et actives; fondèrent Québec, préludèrent à la fondation de Montréal, et par leurs admirables découvertes, étendirent les relations de la France jusqu'au lac Supérieur. Partout où ils pénétrèrent ils introduisirent l'agriculture, décuplèrent la grande pêche et la traite des pelleteries, commencèrent le commerce des cuirs et des bois de construction. On voit dans les traités de géogra-

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