‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 148 sur 199 · SYSTÈME ENTIÈREMENT NOUVEAU ADOPTÉ PAR LE ROI. G · texte numérisé non relu

SYSTÈME ENTIÈREMENT NOUVEAU ADOPTÉ PAR LE ROI. G

c'était la grande raison de sa médiocrité. Notre cavalerie soudoyée, ou gendarmerie, ne valait pas mieux que notre infanterie. La Noue et tous les auteurs s'accordent à dire qu'elle était tombée dans une complète décadence pendant le temps des guerres civiles. Malgré l'irrégularité et le caprice de son service, la noblesse seule, parmi les troupes françaises , s'était béroïquement montrée à Ivry et sur quelques autres cbamps de bataille , et dans une circonstance solennelle, devant les Notables assemblés à Rouen , elle mérita que le roi lui rendit le témoignage qu'elle avait contribué à sauver la France de la dominalion de l'étranger. 11 n'avait eu aucune parole d'éloge pour nos troupes salariées, pour notre armée permanente, et son silence témoignait assez du peu d'aide qu'elles avaient donné à la patrie en danger, et du peu de fond qu'il y avait à faire sur elles pour l'avenir. Elles manquaient donc des qualités de l'infanterie étrangère et des qualités de la cavalerie libre , de la cavalerie noble de la France.

Le roi termina en 1601, par le traité conclu avec le duc de Savoie, la série des guerres qui se succédèrent sans interruption depuis son avènement, et dans lesquelles il avait été réduit à se servir de l'état militaire du royaume, tel que ses successeurs le lui avaient légué, en se bornant à apporter dans quelques parties des améliorations de détail. Depuis ce traité, n'agissant plus par nécessité, mais par choix, devenu entièrement libre de ses déterminations, il régla et ordonna la force publique de la France par des principes fixes et des mesures d'ensemble. La composition générale de l'armée l'occupa d'abord. En premier lieu, il ne fit entrer dans l'armée que comme une minorité presque imperceptible , la cavalerie noble , le reste de la milice féodale , qui avait joué encore un rôle important dans la guerre de la Ligue. D'une part, le

622 LIV. VII. en. Vlll. I.A COMPOSITION GÉNÉRALE DKS ARMÉES.

service de cette cavalerie ne pouvait satisfaire aux conditions de la guerre devenue chaque jour plus savante, plus stratégique ; demandant oliaque jour plus impérieusement que tous les corps de l'armée fussent entre les mains du général un instrument complètement docile , et aussi longtemps docile que ses plans et ses combinaisons l'exigeaient. D'un autre côté, la prolongation de l'existence de la milice féodale offrait des dangers pour la paix publique que le roi voulait conjurer. Un fait décisif prouve l'exclusion presque entière donnée à la cavalerie noble, en tant que cavalerie libre et milice féodale, dans la composition de la force publique , pendant la seconde partie du règne de Henri IV, Lors de la première grande levée de troupes faite depuis la paix de Vervinset le traité avec la Savoie, lors des préparatifs rassemblés à la fin de 1609 et au commencement de 1610, pour l'abaissement des deux branches de la maison d'Autriche , l'armée que le roi va conduire dans les duchés de Clèves et de Juliers contre la branche allemande, se compose de 37,000 soldats, dont 5,000 cavaliers. Tous les fantassins sont soudoyés : parmi les 5,000 cavaliers, il y en a 4,000 de soudoyés. Sur le nombre total de 37,000 soldats, il n'y a que 1,000 seigneurs et gentilshommes qui entreront dans la cornette blanche du roi , qui serviront à leurs frais et comme volontaires, qui garderont la liberté de leurs déterminations. Ils pourront se rebuter et quitter l'armée, sans que les opérations militaires en souffrent, sans que la cavalerie même reste inférieure à celle de l'ennemi. Henri se garda bien d'exclure des rangs de l'armée les gentilshommes dont il prisait les rares et brillantes qualités, et surtout le sentiment de l'honneur, principe fécond des actes héroïques. Bien loin de là, il leur réserva dans l'infanterie^ comme dans la cavalerie, presque tous les grades et commandements. De plus, il en composa à peu

LA COMPOSITION DES ARMÉES. PRÉPONDÉRANCE DE l'INFANTERIE. 623

près exclusivement la cavalerie, parce qu'il les trouva disposés à y entrer. Mais ils n'y furent plus admis, comme caste, comme corps, avec la réserve de leur libre arbitre : ils y furent reçus comme particuliers enrôlés au service de l'Etat, servant dans les troupes régulières, pleinement soumis à l'autorité du général et aux pouvoirs publics '. En second lieu, Henri admit dans la composition de l'armée les troupes étrangères, Suisses et Allemands; mais eii continuant à user de leurs services, il diminua leur nombre et détruisit leur importance. Les troupes étrangères avaient été depuis Louis XI une des principales forces, souvent la principale et presque la seule force de nos armées : désormais leur concours ne fut plus qu'accessoire, et leur rôle tout-à-fait secondaire. Ainsi dans la composition de cette même armée, levée en 1C09 et 1 6 1 0 pour aller défendre les duchés de Clèves et de Juliers, et attaquer la maison d'Autriche en Allemagne, sur le nombre total de 37,000 soldats, et sur le nombre partiel de 32,000 fantassins, les Suisses et les landskenets, ne figurent que pour 12,000 hommes. De plus, toutes les garnisons laissées dans le royaume sont françaises, et le roi prend ses mesures, comme le disent les pièces officielles, pour que le fonds de l'état militaire du pays soit

1 Tons ces faits sont établis par les téinoiguages réunis des pièces officielles, et de l'historien ScipionDupleix. Voici ce que l'on trouve dans YEstat des armées que le roy veut former et entretenir , état officiel et présenté par Sully au roi, reproduit par les CEcon. roy., ch. 217, t. II, p. 438 : « Plus, le roi veut avoir cinq mil chevaux, sçavoir mil eu sa » cornette blanche, composez de tout ce qu'il y a de princes, sei- )) gneurs et braves gentilshommes, non ayant charge, et quatre mil » chevaux soudoyez. » Dupleix, dit de son côté, dans son Histoire de Henri le Grand, p. 398, § 11, édition 1663, in-folio : « Le roy en per- » sonne faisoit estât d'aller grossir l'armée de çua/re mille gentilshom- » mes, et du régiment des gardes. » Il est évident que les quatre mille chevaux soudoyés dont parle l'état officiel sont tous ou presque tous des gentilshommes, et que la cavalerie noble, la milice féodale est passée à l'état de corps soudoyé et de troupe permanente.

624 uv vii.cfi.vm. le service permanent, la nationalité.

français. Si donc le roi. par ces mesures, ne rompit pas tout-à-fait avec les derniers restes du système féodal, avec les pratiques du moyen-âge et du commencement des temps modernes, il s'affranchit du moins complètement de leur dépendance , et réalisa ce que François I" avait projeté, mais sans succès, par son organisation éphémère des légions. L'armée française fut désormais établie principalement et presque exclusivement sur les deux bases du service permanent, et de la nationalité des soldats *,

Il fallait que le roi donnât à cette armée toutes les qualités de la cavalerie féodale et de l'infanterie étrangère, qu'il n'appelait plus que comme auxiliaires. La tâche était très-compliquée et très-difHcile. Dès le commencement de son règne, il avait mis quelque frein aux violences des gens de guerre , par une discipline plus exacte introduite dans son camp, et par une attention constante à pourvoir à leur subsistance : plus tard et la guerre civile terminée, en usant de la sévérité nécessaire des ordonnances du 24 février 1597 et du 4 août 1598, sur le port d'armes, il les avait entièrement corrigés de leurs habitudes pillardes et sanguinaires. Mais cette réforme, indispensablement nécessaire dans l'intérêt du paysan et dans l'intérêt public, non moins nécessaire à l'honneur et à la considération de l'armée, devait par d'autres côtés la frapper des coups les plus sensibles, si le roi n'avait soin en même temps de prévenir par d'autres mesures les conséquences rigoureuses que la réforme avait pour le

^ Estât des armées que le roy veut former et enlrelenir (CEcon. roy., t. 11, ch. 217, p. 437, 438). « Premièrement le roy fait estât de » mettre en campagne vingt mille hommes de pied françois. Sa Ma- » jesté ne voulant pas lever davantage de la nation, outre les garni- » sons ordinaires, afin de laisser toujours un fonds de soldats français » dans le royaume. — Plus pour huit mil Suisses et quatre mil lans- » quenets ou Wallons,... 3,0-24,000 livres.»

LA CONDITION DES TKOUPES f.IIANCRE DEPUIS 1 G03. 625

soldat. En eihA, depuis ([ue le plat pays avait cessé d'être une proie pour les gens de guerre, la milice n'avait plus pour eux l'attrait puissant du gain, et la misère les attendait. Or, l'Etat ne tirera jamais que de mauvais services de ceux qu'il traite mal. Ecoutons à ce sujet les témoignages réunis de Henri IV et de Sully. « Le roy, dit » Sully, n'estimoit pas que des capitaines mal payez, des » soldats négligez, levez à coups de baston, retenus au » camp et en devoir par la crainte des prevosts, des pri- » sons et des potences, portassent jamais grande amitié » à ceux qui les employeroient, ny combattissent de cœur » et de courage, comme il appartient, et supportassent » gayement les peines, périls et fatigues de la guerre '. » On le voit par ces paroles : jusque-là le métier de soldat avait été le dernier des métiers ; il fallait en faire un état digne par les avantages qu'on y attacherait , et des pénibles services rendus au pays , et des dangers aflt'rontés en le défendant. Ce n'était qu'à ce prix qu'on pouvait avoir une bonne armée : l'intérêt public, autant que la justice et l'humanité, réclamait cette grande réforme.

Henri et son ministre y pourvurent par des mesures qui sont indiquées en détail dans la suite de ce passage. « Le roi se résolut de préparer des moyens pour les soul- )i doyer suffisamment , et leur subvenir en leurs néces- » sitez, playes et maladies ; et pour y parvenir de mesna- » ger tellement ses revenus , et régler de sorte ses des- » penses non absolument nécessaires, qu'il put faire tous » les ans quelque réserve de deniers. )) Ainsi en échange du pillage des campagnes qu'il leur avait ôté, le gouvernement leur donnait des moyens d'existence assurés. Sully nous apprend ensuite que les premières économies faites sur les exercices de 1603 et de 1604, après l'entier

1 Sully, QEcou. roy., ch. 146, t. I, p. C20 B.

fi26 I.IV. VII. CII. VIII. AUGMENT.\T10NDF. SOLDE, PENSIONS

af-quittemeiit des dépenses publiques, furent déposées à la Bastille et non versées à TEpargne ou trésor public, et qu'elles reçurent en grande partie cette noble et utile destination. Il rapporte la déclaration rendue en cette occasion par le roi '. Ainsi le changement complet que Henri avait projeté dans le sort de l'armée commença par une augmentation de solde pour les officiers et pour les simples soldats, qui s'accrut de IfiOl à 1610 avec les économies faites par le gouvernement , et qui leur permit de subvenir désormais à leurs besoins d'une manière suffisante et digne. Une lettre du roi du 27 février 1 (j ! 0 prouve que la solde du fantassin était alors par jour de huit sous du temps , environ trente sous d'aujourd'hui '. Outre leur solde, beaucoup d'officiers recevaient du roi une pension assignée sur divers fonds, comme on le voit par les exemples de Champlain qui avait fait toutes les campagnes de la Ligue dans l'armée de terre, par celui de de .Monts, et de beaucoup d'autres capitaines de l'armée de terre et de la flotte \

Le roi et Sully commencèrent en 1604 , et achevèrent en 1606, une fondation ayant pour effet d'assurer toute une partie de l'existence du soldat, et de donner une preuve publique , une marque éclatante du haut intérêt et de la reconnaissance de la France envers ses défen-

1 Sully, QEcon. roy., ch. 146, t. I, p. G20 B.

-Lettre du roi du 27 février 1610, daus les CEcon. roy., ch. 203, t. II, p. 378. « Ua commis du trésorier de l'extraordinaire des guerres » fera bailler huit sols par jour à chascuu soldat. »

3 Voyages de Champlaiu, I. I, ch. 7, p. 39, 40 : « Je dis au com- » maudeur de Chastes que j'estois sou serviteur : que pour me licen- » cier de moy-mesme à eutrepreudre ce voyage, je ne le pouvois faire » sans le commandement de Sa Majesté, à laquelle j'estois obligé tant » de naissance que d'une pemion de laquelle elle tn'hotioroit pour n avoir moyen de m'entretenir près d'elle, n — Sully, CEcon. roy., ch. 22i, t. II, p. 486, 487. «De Monts a, eu IGOI). une pension de 400 » escus, 1200 livres du temps. »

LA MAISON DE HEFL'GE, LES INVALIDES POUR l'aP.MÉE. G27

seurs. Jusqu'alors le militaire trop mutilé, ou trop vieux et trop faible pour servir plus longtemps, n'avait été traité que comme un membre inutile, rejeté de l'armée, abandonné par le pays , qui allait tendre la main à la charité publique, jusqu'à ce qu'il terminât dans la honte une vie abrégée par la misère. Cette inhumanité révoltante , et dangereuse par le découragement qu'elle jetait dans l'armée , cessa : les blessures et la fatigue furent désormais comptées et payées aux gens de guerre. Adoptés par la patrie au moment où ils ne pouvaient plus la défendre, ils finirent leurs jours à l'abri du besoin, dans un repos honorable. Au mois de juin IfiOG, Henri mit la dernière main à l'institution destinée à opérer ce grand changement « par son édit pour la subsistance , nourri- )) ture , entretien des pauvres gentilshommes , capitaines » et soldats, estropiez , vieux et caducs. « Un vaste bâtiment , sis rue de TOursine , construit sous Henri HI , fut restauré et approprié à leur logement : tous ceux que les dernières guerres ou l'âge avaient réduits à n'être plus que de glorieux débris, y furent admis et reçurent Thospitalité royale : des places furent préparées pour ceux qui deviendraient plus tard les vétérans de l'armée. Leur nourriture et leur entretien furent assignés sur un fonds spécial , lequel fut formé des deniers provenant du reliquat des comptes des divers hospices et hôpitaux du royaume ; des biens considérables enlevés à ces établissements par usurpations et aliénations , dont il serait fait recherche, et du revenu de ces biens ; des deniers enfin qui proviendraient des places et pensions des religieux laïcs, qui eu chaque abbaye et en chaque prieuré du royaume étaient à la nomination du roi, le roi s' abstenant désormais de remplir ces places. L'asile ouvert à nos soldats reçut la sanction d(^ la religion , et fut placé sous le patronage le plus auguste et le plus propre à en assurer

6â8 LlV.VIl. en. VIII. EXEMPTIONS AUX VEUVES ET AUX ORPHELINS.

l'existence. Il fut nommé la Maison de la charité chrétienne. L'édit qui le créa établit en même temps une Chambre de la charité chrétienne^ composée des plus grands seigneurs et autres notables personnages, et présidée par le connétable. La Chambre rendait des décisions souveraines, défendait les intérêts de l'établissement, veillait avec sollicitude à sa conservation et à sa durée '. Ce n'est pas sans attendrissement que l'on voit quelques années plus tard les hôtes de cette maison , les soldats estropiés, vêtus de deuil et les larmes aux yeux, assister aux funérailles du roi, et suivre jusqu'au tombeau les restes de leur bienfaiteur -.

Le roi combla la mesure des rémunérations et des encouragements envers l'armée , en étendant ses bienfaits aux veuves et aux enfants des militaires qui étaient morts, ou qui succomberaient désormais au service de l'Etat. L'un de ses historiens nous dit : « Davantage le roy voulut que les veuves et les enfants orphelins de ceux qui estoient morts en son service aux guerres passées, feussent exemptez de toutes les charges publiques ^))

Les gens de guerre, de brigands et de pillards avaient été transformés par le roi en défenseurs de l'ordre public et du territoire : en cessant d'être passibles de châtiments qui abâtardissent le courage^ le cœur chez eux s'était élevé, et Thonneur avait grandi. L'augmentation da la solde , la distribution des pensions , la fondation de la maison de refuge avaient fait naître en eux l'attache-

1 Diverses parties du texte de cet édit et les détails historiques relatifs à l'édit sont donnés par le Mercure françois, année 1606, t. J, fol. 109 recto et verso; parLegraln, Décade de Henri le Grand, 1. VIII; par Delamarre/rraité de la police, 1. IV', lit. 12, ch. 2, t. I, p. G06. — Anciennes lois franc., t. XV, p. 291.

* Mercure françois, année ICIO, t. I, fol. 475 verso. « Marchoient » après... les soldats estropiez vestus de deuil. »

3 Legrain, Décade, 1. VIII, p. 41G, édit. 1G14.

DKU\ ÉTABLISSEMENTS D'iNSTnUCTlON PUBLIQUE POUR l'aRMÉE. 629

ment aux devoirs de leur état, le dévouement aux intérêts de la France. Le roi développa ces sentiments par la création de divers établissements, entre lesquels plusieurs devaient servir en outre à instruire et à former les officiers , et à leur donner le degré d'habileté qui constitue en partie la supériorité d'une armée.

Il fonda deux établissements d'instruction pour les jeunes gens se destinant h la profession des armes, et il les appropria à l'état de la noblesse et à l'état de l'armée tout ensemble. Après les seigneurs, la plupart riches , venait la classe nombreuse des simples gentilshommes, parmi lesquels beaucoup ne jouissaient que d'une mé- (Uocre fortune, ou étaient même réduits à la pauvreté. Pour ces gentilshommes , l'éducation gratuite accordée à leurs enfants était un bienfait. Si dans l'armée, la plupart des grades étaient occupés par les gentilshommes, il s'en fallait de beaucoup qu'ils le fussent tous : les historiens contemporains signalent, soit au temps de la Ligue, soit après , plusieurs roturiers comme commandant des compagnies et même des régiments, en qualité de capitaines et de colonels ' . Il fallait donc de toute nécessité ([ue le roi fit acception de ces officiers roturiers et de leurs enfants , dans les institutions qu'il fondait : il eut cette attention paternelle.

(Juand il donna aux Jésuites, en 1G04 , le château qui lui appartenait à La Flèche, pour y établir un collège jouissant de tous les privilèges attribués aux universités, il réserva des places dans ce collège pour bon nombre de

' De Tbou et le Discours au vray, etc., inséré dans les Mémoires de Duplessis Mornay, t. V, p. 7, signalent le capitaine Roullet ou Durolet, commandant dans la ville et fort du Pont-de-l' Arche, qui se rendit au roi, comme un soldat de fortune très brave. — P. Cayet, I. I, p. 172, et liv. IV, p. 358-360, nomme comme capitaines commandant des compagnies, Gannay, Perdrier et Jacques, et comme colonel commandant un régiment, Boniface.

630 I.IV. VII. i:il. Vlll. IJKTAILS SUR CES ÉTABLISSEMF-NTS.

fils de gentilshommes, et il leur assura réJucation gratuite en payant leurs pensions. Leur instruction embrassa les connaissances et les exercices qui rlevaient former la plupart d'entre eux à la profession militaire, et quelquesuns à des professions civiles. L'élude des langues en fut la base, parce que le roi savait par sa propre expérience, et disait que les lettres ouvrent l'esprit à tout : celte disposition est d'autant plus remarquable qu'une partie considérable de la noblesse se faisait encore gloire de son ignorance , et que le connétable ne savait pas signer son nom. La prospérité du collège de La Flèche, due aux libéralités du roi, qui en 1606 lui accorda la somme énorme de 300,000 livres du temps, cette prospérité toujours croissante profita aux fils de gentilshommes que la munificence royale y avait placés *.

Henri ne s'en tint pas là. Il établit dans sa cour et sous ses yeux une académie, une école oii il prit soin de faire instruire la jeunesse noble et antre jeunesse , c'est-à-dire nécessairement les enfants a])partenant à la bonne bourgeoisie, qui se destinaient à la carrière des armes. L'éducation qu'il leur donna en fit des officiers pour larmée, très-exercés dans tout ce qui regardait l'infanterie et la cavalerie, et de plus des hommes d'un esprit cultivé et d'une moralité irréprochable. Un contemporain parle dans les termes suivants de cette institution : « Le roy , dit-il, a aussi établi en sa cour une académie pour la

> Sully, (Econ. roy,, ch. 144, 162, t. I, p. 610 A ; t. II, p. IG4 B. — — P. "Cayet, Chron. septen., 1. VI!, année 1604, t. II. p. 276. « Le sieur de la Varenne supplia Sa Majesté de fonder de nouveau un » collège dans La Flèche en Anjou, avec pareil privilège que les » autres universités de ce royaume. Ce que le roy fit de fondation » royale, et leur donna sa propre maison, avec pensions pour l'ins- » traction de bon nombre de jeunes gentilshommes, que Sa Majesté » vouloit y estre nourris et instruits en toutes professions, langues et » exercices. »

LES ANCIENS ORDltES MILITAIRES RÉTABLIS. 631

noblesse et autre jeunesse, ayant ordonné une compagnie de maistres , les uns pour les lettres , les autres pour les armes , les autres pour monter à cheval , les autres pour la musicpie , les instruments et la danse , bref pour tout honneste exercice , afin que la jeune noblesse fut instruite en toute les choses vertueuses , mais surtout en la crainte de Dieu. Car il faisoit chercher ces maistres fort sages, et desquels les jeunes gens ne pouvoient tirer que bon exemple '. ^>

Henri devina l'immense parti qu'un gouvernement pouvait tirer des glorieuses et utiles distinctions attachées aux ordres militaires, pour fortifier et stimuler le sentiment de l'honneur et le courage chez les gens de guerre. Il effectua sous ce rapport des réformes et des créations utiles, et il forma le projet d'une grande institution qui n'avait pas de précédents. Il rendit son lustre à Tordre de Saint-Michel, prodigué et avili sous Charles IX, en n'y admettant plus, sauf de rares exceptions, que des liommes recommandables par leur naissance et leur mérite. Il donna la plus grande importance à l'ordre du Saint- Esprit, dont il fit des promotions en 1592, 1595, 1597 , 1599 et 1608. Il institua, en 1607, le nouvel ordre militaire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel : il l'unit et l'incorpora la même année à l'ordre de Saint-Lazare qui remontait aux croisades ^.

Les perfectionnements et l'extension que réclamaient dans l'intérêt public les ordres militaires , et l'académie

' Legrain, Décade du roy Henri le Grand, 1. VIU, p. 428, in-folio; Paris, 1614. Les détails fournis par Legrain sont confirmés par un autre contemporain. Morisot, dans son livre intitulé : Henricus magniis, cap. 46, p. 151, s'exprime ainsi : « Academias et coUegia instituendae » juventuti ad arma, equos... erexit ornavitque. »

2 Saint-Foix, Histoire de l'ordre du Saint-Esprit, t. I, p. 48-50; f. Il, p. 125 et suiv., 428-441. — Delamarre, Traité de la police, 1. IV, tit. 12, ch. 3, p. 607.

632 I.IV. vil. CII. VIII. UN NOUVEL ORDRE ÉTABLI, UN AUTRE PROJETE.

OU école militaire ébauchée, Toccupèrent jusqu'à sa mort. Les ordres existants , et celui même qu'il avait créé , ne pouvaient le satisfaire. Dans chacun d'eux , le nombre des chevaliers ou des commandeurs était limité à cent : l'ordre du Saint-Esprit, le plus recherché de tous, marque de la plus haute di.stinction , était restreint aux seuls nobles de nom et d'armes , de trois races paternelles au moins. Tous ces ordres s'arrêtaient à la classe des seigneurs, aux officiers supérieurs, à l'aristocratie de l'état militaire de la France : le roi, au contraire, voulait faire pénétrer les distinctions honorifiques dans tous les rangs de l'armée indistinctement, pour y porter le dévouement et l'héroïsme. Aussi conçut-il le projet d'un nouvel ordre de chevalerie française, dans lequel entreraient tous ceux qui , sans distinction de naissance , et sans limites de nombre , quand les dévouements se multiplieraient, présenteraient au prince et à la patrie d'utiles services longuement continués, ou des actions d'éclat sous le drapeau. Il forma également le dessein de développer et de transformer en établissement national l'académie, ou école militaire , instituée pour la jeune noblesse et pour les lils des familles recommandables, en donnant à cette école des bâtiments à part, des fonds assignés sur le trésor, des règlements et des statuts spéciaux. En effet, on voit figurer les deux articles suivants parmi les projets, plans et devis que le roi, en 1609, ordonne à Sully de rassembler et de mettre sous sa main , et qu'il veut exécuter dès que les circonstances le permettront : « Un devis » et description bien particulière des propositions faites » pour former un ordre de chevalerie d'honneur ; et pour » dresser une académie et un collège jmblic pour la no- » blesse seulement : le tout très-utile pour les particuliers » qui pourront y être rcceus, et très-avantageux pour » le roy, d'autant que ce deviendra comme une pépi-

CHOIX ET Discipline des soldats, camp en te.mps de paix. 633

» nière de vrais gens de (jxierrc , vivans par ordre et » police ' . » •

AutanI, Henri avait mis de soin à préparer et à former (les oiliciers expérimentés , autant il s'appliqua à bien choisir les soldats , et à leur donner les qualités qui distinguaient les troupes espagnoles , .suisses et allemandes. Ses préoccupations pour la formation de la nouvelle armée, dès 1603 , se plaçaient partout, perçaient partout : dans une réponse qu'il adressait au premier président de Ilarlay, il parlait des instructions données par lui à ses capitaines pour le choix sévère et intelligent des soldats ^ Il veilla à ce qu'on les astreignît dans les garni.sons aux habitudes de la discipline militaire, et à ce que l'on en fît par des pratiques réfléchies et calculées des troupes résistantes et parfaitement exercées. Il projeta de compléter leur instruction durant la paix, en réunissant successivement les diverses divisions de l'armée, ainsi que les diverses armes, infanterie, cavalerie, artillerie, dans un camp où toutes les manœuvres auraient lieu \

Quelque utiles que fussent ces pratiques, quelque bous résultats qu'elles donnassent , il voyait et désirait plus et mieux encore. Il chercha les moyens les plus propres à faire de la guerre un art soumis à des règles qui embrasseraient les trois grandes parties de la discipline , de la

' Sully, (Ecou. roy., ch. 191, t. il, p. 293 B, 294 A. — Daus un autre état des propositions faites au roi en 1609, et qui suit celui qui vient d'être cité, on trouve un second énoncé plus abrégé de ces deux institutions, p. 29V A : « Académie royale pour la noblesse et les gens (le guerre. — Chevalerie française de nouvel ordre. »

"^ « Quand je fais des troupes de gens de guerre, je veux que l'on » choisisse les meilleurs soldats. » (Seipion Dupleix, Hist. de Henri le Grand, p. 347, § 7, in-folio. 1663).

3 Sully, Œcon. roy., ch. 191, t. II, p. 292. A.— «Plus un devis bien » particulier des propositions qui ont esté faites pour entretenir un » camp ordinaire de six mil hommes de pied, mil chevaux, une bande » d'artillerie de six pièces, bien équipées et servies à poinct. »

63'i L. vil. cil. vm. la guerre réduite en art pour tous les grades.

tactique, de la straté|j;ie , et qui deviendraient des guides sûrs et constants [lour le» soldats, les officiers, et même les généraux. Il ordonna de consulter soit les ouvrages , soit les lois et règlements qui avaient eu la guerre pour objet , chez les nations anciennes et modernes, et d'en tirer un traité complet de l'art militaire, dont le gouvernement devait ensuite prescrire et surveiller l'application dans tous les rangs de l'armée. On le voit occupé de ces soins en 1000. Conformément aux instructions qu'il leur a données, « ses ministres se livrent à une exacte recher- » che de toutes les ordonnances, règlements et ordres, )) qui ont esté faits en divers temps et lieux , pour la pow lice et discipline militaire , afin de faire lai recueil des )) articles plus convenables au temps présent, à la façon » de guerroyer dont on use maintenant , et dont l'exécu- » tion et la pratique seront reconnues plus utiles, tant » pour ce qui regarde les exercices ordinaires et façon de « vivre des soldats, que pour la forme des divers esca- « drons et bataillons , pour se mettre en posture , rangs , )i tileset ordre de l)alaille, marcher, loger, camper, com- « battre , suivre la victoire , faire à propos une retraite , » assiéger et estre assiégé, et autres factions de guerre '.« Les finances ne pouvciient se rétablir que par de grandes économies. Henri fut donc réduit, entre les années 1601 et 1609, à restreindre dans des limites sinon étroites, au moins bornées au strict nécessaire , le personnel de l'armée et l'état militaire du royaume. Mais même durant cette période, il se ménagea les moyens de les porter en peu de temps au point où la dignité et les intérêts de la France pouvaient le. demander. Il garda sous le drapeau un nombre suffisant de soldats, en forma par les mesures dont nous venons de présenter le tableau des

' Sully, (Ecou. roy., cli. 191, t. II, p. 292 A. § 4.

LE r.RAND AnMF.MENT DK 1610. CENT UN MILLE HOMMES. 635

cadres excellents de régiments et de compagnies, et n'eut qu'à compléter ces corps par des recrues , pour avoir une grande et forte armée '. C'est ce que l'on vit (juand les finances étant restaurées et de grandes économies faites , le roi résolut à la fin de son règne d'attaquer corps à corps la maison d'Autriche. Il augmenta déjà d'une manière sensible le nombre des troupes, infanterie et cavalerie , à partir de l'année 1609, comme le prouve le compte de cette année -. Il l'accrut bien davantage dans les premiers mois de l'année 1610. il eut alors 51,00(1 hommes déjà levés et sous les armes, aux frontières de l'Allemagne et de l'Italie : il commença en même temps dans les provinces méridionales de la France une autre levée de 50,000 hommes pour deux armées destinées contre l'Espagne ^ C'était un total de 101 ,000 soldats, la plus grande force militaire, comme armée permanente , que la monarchie eût rassemblée depuis

• Lettre du roi à Sully du 27 février IGIO : «J'ay advisé sur certaines )) occasions qui regardent le bien de mon service de faire faire les » recrues de cinq compagnies du régiment de Piedmont, jusque au w nombre de deux cents hommes pour chascune. »

^ Compte de l'épargne pour l'année 1609, dépense, p. 121. « Extra- » ordinaire des guerres du côté de la Picardie, à M. Jean Cbaron, » trésorier-général 2,124,371 livres

» Extraordinaire des guerres du côté de Picardie, » à M. Pierre Cbaron 14,473

» Extraordinaire des guerres du côté de Pied- » mont, à M. Simon CoUon 873,902

Total 3,012,740

Ainsi, pour Taugmentation de l'armée, une augmentation de plus de trois millions de livres du t'^mps avait eu lieu , en 1609, dans la dépense, alors que la dépense pour tous les services publics ne montait, charges déduites, qu'à seize millions cinq cent mille livres.

3 Les citations de Sully, de La Force, de d'Aubigné, que l'on trouvera au livre suivant dans le chapitre intitulé: « Le grand dessein, » établissent d'une manière irrécusable l'existence de ces quatre armées, et ce nombre de 101,000 soldats.

()3G L.Vll.ClI Mil. VUESDUROISL'RL'AriTII.LEEtlEETLEGÉNIF.MlLlTAlBE.

sa fondation ; supérieure de plus de moitié à celle que possédât aucune puissance de l'Europe, en ce temps où les armées étaient partout peu nombreuses.

Dans le temps même que Henri lY et Sully portaient nos troupes à ce chiffre , et donnaient à notre infanterie et à notre cavalerie les qualités diverses qui en faisaient des troupes d'élite, ils assuraient par d'autres mesures , à nos armées, une supériorité tout à fait décidée. Ces grands esprits s'étaient convaincus par leurs méditations et ])ar leur expérience , que dans la guerre moderne , l'artillerie et le génie militaire étaient destinés à exercer une souveraine influence. Ils travaillèrent vingt ans, et réussirent à les porter chez nous à un tel degré de développement, qu'aucune comparaison, sous ce rapport, n'était plus possible entre la France et les puissances voisines. Ils complétèrent ce nouveau et puissant .système, en faisant d'immenses amas de munitions et d'armes, non-seulemejit pour l'artillerie, mais pour tous les corps sans distinction, et en pourvoyant avec un soin extrême aux subsistances des armées. On peut suivre d'année en année , jusqu'à la mort du roi , les progrès de l'état militaire de la France dans ces diverses parties, et l'on arrive à des résultats (jui étonnent et commandent l'admiration.

Ils reconstituèrent en entier le personnel et le matériel de l'artillerie. Quand Sully, ([ui venait d'être nommé grand-maître, prit possession de sa charge, en 1599, il reconnut avec douleur que la moitié des otiiciers d'artillerie, portés à leur grade par la faveur, et qu'il nomme des valets des gens de justice, des officiers de finances et d'écritoire, it^noraient entièrement leur métier. Il trouva l'Arsenal presque vide de canons , et même incapable d'en recevoii- un grand nombre, par le vice et l'insuffisance des bâtiments. Il destitua quatre ou cinq cents de

DÉVELOPI'EMRNTDONNK Al/AUTILLFJtlR : PEHSONNEI.ETMATÉRIEL. 637

ces ofliciers incapaljles, cl il les remplaça en peu de temps par des hommes dont riiistructioii éj^alait le dévouement. Il fît d'immenses commandes en France pour le train et l'équipage de l'artillerie, et à l'étranger des achats considérables de métaux pour la fonte des canons. Il commença à l'Arsenal de nouveaux bâtiments, destinés à recevoir les armes de toute espèce dès qu'elles seraient confectionnées. Le roi partageait tous ses travaux : il le visita à l'Arsenal, quinze jours après son entrée en fonctions, et en lui intimant ses ordres pour les quatre charges ou départements administratifs qu'il lui avait dès lors coniîés, il lui donna en particulier ses propres idées et ses instructions sur la réforme de l'artillerie qu'ils entreprenaient ensemble '.

Au mois de janvier IGOl, le roi, pour donner une grande impulsion à ce service , et faciliter les travaux de Sully, en augmentant son pouvoir et sa considération, érige la charge de grand-mal tre de l'artillerie en charge de la couronne. En 1602, Sully commence à faire à l'Arsenal un amas d'artillerie, d'armes et d'outils de guerre, de munitions. En 1603, Henri se rend en ce lieu pour s'assurer par lui-même de ce qui a déjà été rassemblé de matériel de guerre, et pour examiner les galeries qui s'élèvent par les ordres et sous la direction du grandmaître ^. En 1604, Sully reçoit une nouvelle visite de Henri. « Le Roy se promenoit lors entre des rangées de cent canons, ayant aux galeries de dessus et ailleurs déjà de quoy armer 13,000 hommes de pied et 3,000 chevaux, deux millions de livre de poudre dans le Temple, et dans la Bastille cent mille boulets ^ » En 1605, toutes ces quantités étaient doublées , les autres arsenaux du

1 Sully, CEcon. roy., cb. 9k, t. I.. p. 322 B, 323 A.

2 Sully, Œcoû. roy., ch. 110 et 114, t. I, p. 402 A et 428 B. » Sully, (JEcon. roy., ch. 138, 1. 1, p. S6Û A.

»»38 !.. VII. en. VIII, CnANDAMASD'ARTILI.ERIEjD'.AnMES.DEML'NITIONS.

royaume étaient garnis en proportion de celui de Paris, et d'après des états authentiques, la France possédait (|uatre cents pièces d'artillerie des quatre calibres, deux cent mille boulets, quatre millions de livres de poudre des trois sortes, une quantité d'armes suffisante pour armer 30,000 fantassins et 8,000 cavaliers. En 1G07, le roi avait consacré 12 millions du temps, plus de 43 millions d'aujourd'hui, à ces achats, qui furent encore augmentés dans les années écoulées entre 1007 et 1610 '. Deux faits montrent quelle révolution Henri IV et Sully firent dans cette partie de notre art militaire, et quelle supériorité ils assurèrent à notre artillerie .sur celle des autres nations de l'Europe. Les historiens du temps signalent l'armée que le duc de Parme conduisit en France en 1590, pour faire lever le siège de Paris, comme mieux pourvue de matériel de guerre qu'aucune de celles qui étaient sorties jusqu'alors des possessions espagnoles : cette armée avait vingt canons. L'armée que le roi conduisit en IGOG pour réduire le duc de Bouillon et Sedan , avait cinquante canons ", et cette entreprise ne pouvait être appelée une guerre.

Henri et Sully obtinrent ces grands résultats dans le présent, et tentèrent en outre de rendre durable cette force nouvelle donnée au pays, en créant en France l'administration de l'artillerie dans ses principes généraux, dans ses règles et dans ses formes capitales et essentielles. Depuis que la royauté, par l'effet des gnierres de religion, avait été jetée dans les embarras financiers, et réduite aux expédients , le gouvernement avait acheté les fournitures

1 Sully, Œcon. roy., cli. 157 et 164, t. II, p. 106, B. 171, A B. — Coaii)te de l'épargne de 1609, dépen3e,p. 121. «.4r/(7/erie, àM.Gastou » Midorge, trésorier, 288.995 livres. » Cette souime du temps correspond à environ 1 million 40,000 francs d'aujourd'hui.

2 Sully, Œcon. roy.,cli. 159, t. II, p. 147 A, à la fin. — Mercure françois, au 1606, t. 1, fol. 104 verso.

ADMlNISTnATlON DE t.'AnTH.LEftlR CItÉÉE. 639

nécessaires à l'artillerie au prix que les fournisseurs avaient voulu y mettre. On lui avait fait payer très-cher ce qu'on lui livrait, et souvent on ne lui avait pas livré à beaucoup près tout ce qu'il payait, les entrepreneurs profitant de la négligence ou de la connivence des commissaires qui recevaient les fournitures, Sully mit fin à ces gains excessifs et à ces friponneries, dès son entrée en fonctions dans la charge de grand-maitre de l'artillerie. En 1599, il conclut avec plusieurs commissaires et divers entrepreneurs des marchés pour les salpêtres, et pour les diverses parties dont se composait l'artillerie ; donnant la préférence à ceux qui offraient le meilleur marché au gouvernement. II acheta directement des étrangers pour la fonte des canons, les métaux dont la France manquait, au lieu de la prendre de la main de marchands français, qui exigeaient un droit de commission et bénéficiaient sur les frais de transport. C'étaient deux économies considérables qu'il ménageait ainsi au gouvernement et au pays : le roi examina et contrôla les marchés, et voulut les signer lui-même '. Le 1" janvier 1601, Sully remit à Henri un état général de l'artillerie. On trouvait dans cet état, un mémoire exact de la dépense qu'entraînait l'artillerie , et des ressources spécialement affectées à couvrir la dépense, c'est-à-dire toute une comptabilité pour ce service ; un inventaire fidèle de tout ce qui fait partie de l'artillerie, comme le nombre et la qualité des canons et

1 Sully, CEcoQ. roy., ch. 94, t. I, p. 322 B, 323 A. «Vous fistes des )) marchez avec des commissaires des salpestrespour une grande four- )) uiture de poudres ; avec des maistres de forges pour une merveil- )) leuse quantité de boulets des six calibres, et diverses sortes de fer » pour ferrures d'affûts; avec les charrons et charpentiers pour bon » nombre de flasques, moyeux, raix, génies, timons et entretoises ; et » avec des marchands estrangers pour fournir quantité de cuivre de » messelle, rosette, potin, culot, estain, mitraille et autres métaux ; » tous lesquels marchez vous listes voir au roy, qui les voulut signer » lui-même. »

640 L.vii.cii. vm. riÉTOURNEMENTS d'armes et désordres réprimés.

autres armes ; la quantité des instruments de guerre, et (•elle des munitions; l'indication des places fortes et des magasins où se trouvait ce matériel '. L'n fait qui se rapporte à l'année 1607, montre quelles dilapidations, quels gaspillages, quelles pertes pour le trésor et pour la défense nationale , entraînait l'absence de pareils inventaires. L'Etal avait confié autrefois une quantité considérable de canons aux capitaines de galères pour armer celles qu'ils commandaient, avec engagement de leur part de les réintégrer dans les arsenaux publics. Ces canons avaient été vendus par eux , ou convertis pour leur usage particulier dans leurs cbàteaux-forts. Le roi et Sully avaient à les faire restituer à ces capitaines ou à leurs héritiers : ils n'en purent faire rentrer qu'une certaine partie , dans les arsenaux, arrêtés qu'ils furent par la crainte de susciter de dangereux mécontentements chez un grand nombre de seigneurs, dont il importait à Henri de conserver l'affection ". Le défaut d'ordre des gouvernements précédents condamnait le gouvernement actuel à subir cette perte, par raison d'État. La réforme opérée par Henri et par Sully fut si exacte qu'il devint désormais impossible aux particuliers de s'approprier une seule pièce d'artillerie, de détourner un seul baril de poudre, ou de fournir à l'Etat la moindre quantité de poudre avariée. On voit, en 1606, le roi et le ministre occupés en commun à punir un

' Sully, QEcon. roy., ch. 100 et 102, t. I, p. 3o9 A, 362 B. « Le » troisième, uu projet d'estat général de la recette et de la despence » de l'artillerie, avec un inventaire de toutes les artilleries, armes et » munitions desquelles le roy se pourroit servir, avec spécification » des lieux où elles estoient. » Dans cette phrase, projet veut dire première rédaction d'un état qu'on peut perfectionner plus tard: c'est ce qu'on voit au chapitre 102 où le roi se sert de ces étals dans leur première rédaction, dans leur première forme.

2 Lettre de Sully au roi eu date du 27 avril 1606, et lettre du roi à Sully du 30 octobre, dans les CEcou. roy., cli. 166, 171, t. II, p. 180 B, 199, B.

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