DÉVELOPPEMENT OU PLUTOT CRÉATION DU GÉNIE MILITAIRE
délit de cette dernière espèce, qu'ils ont découvert au moment même où il a été commis dans l'un des magasins de l'État, et préservant les autres arsenaux de semblables pertes, l'armée et la France de pareils dangers '.
Ils donnèrent au génie militaire de tels développements, le perfectionnèrent au point qu'on peut les considérer comme l'ayant créé dans notre pays. Le génie militaire est l'art d'attaquer ou de défendre une place, un camp, un poste, en temps de guerre ; et l'art de fortifier les villes pendant la paix, pour les éventualités de la guerre. Nous ne considérons ici cet art que sous le rapport des services qu'il rend aux armées en campagne.
Pendant la période des derniers Valois, les divers gouvernements qui s'étaient succédé, les divers partis, ne trouvant personne en France qu'ils pussent charger de l'attaque ou de la défense des places fortes, avaient été contraints de recourir sans cesse à des ingénieurs italiens, dont le concours était toujours incertain, et la foi douteuse. Cela est établi par une multitude de faits dont nous ne rapporterons qu'un seul. Au siège de la Rochelle, entrepris sous Charles IX en 1572 et 1573, les reconnaissances de la place avaient été faites par quatre ingénieurs italiens : tous les travaux avaient été conduits, toutes les attaques, tant qu'elles furent heureuses, avaient été dirigées par l'Italien Scipion Vergano, qui lui-même avait construit les nouvelles fortifications de la Rochelle , mais que la cour avait acheté, et qui était passé du parti calviniste dans le parti royal -.
t Lettre du roi à Sully en date du 10 octobre 1606, daus les Œcon. roy., ch. 162, t. Il, p. 164 A. « Attendant vostre venue, je suis bien » aise que vous fassiez approfondir l'affaire touchant les poudres, et 0 que vous en fassiez faire punition ; car il est à craindre que toutes » les poudres qui sont dans vos magasins soient de mesme. »
2 Ttiuanus, Hist., lib. 53, § M, t. lU, p. 166, édit. Londin. Nous donnerons la traduction de ces divers passages parce qu'il est très
642 L. VII. en. viii. formation d'un corps d'ingknieuhs français.
Henri opéra une complète révolution dans notre génie militaire. Il chercha d'abord dans notre pays, découvrit et employa quelques hommes habiles qu'il put charger d'une partie de ce difficile service : avec le temps , il forma un assez grand nombre de sujets capables pour le remplir entièrement : il parvint ainsi à remplacer complètement les ingénieurs italiens par des ingénieurs français. Par les leçons et les exemples qu'il donna lui-même, et avec le concours de quatre officiers éminents, d'Espinai de Saint-Luc, Sully, l'un des Chastillon , Jean Errard, qu'il appela conjointement et simultanément à le seconder dans cette tâche, il parvint à rendre en France l'art d'attaquer et de défendre les places, supérieur à celui des Italiens, et à bien peu de chose près, égal à celui des Hollandais.
Dès qu'il fut parvenu ù la couronne, il mit une constante application à perfectionner la conduite des sièges, et il en vint à bout dans la période de 1589 à 1600. Au
diCBcile de reconnaître, dans le texte, les noms qui sont latinisés. « Taudis qu'où faisoit les préparatifs pour cette guerre, on envoya » Toslnghi, vieux officier Florentin, gouverneur de Sainct-Jean-d'Ann gely, Fiesque et Greghetto, Génois, et Ramelli de Pezaro, célèbre )) ingénieur, avec deux galères pour reconnaître la situation de la » Rochelle, son port et la profondeur du canal.» — Au liv. LV, §16, De Thou, comme on le verra plus loin, dit que Scipion Vergano était du Frioul. — Au liv. LVI, § 5, t. 111, p. 257, il ajoute : « Le 18 avril, )) Cosseins et Scipion Vergano furent tués dans la tranchée de deux » coups d'arquebuse. La nouvelle de leur mort causa une grande joie )) dans la ville... On fut très aise de la mort de Vergano, parce qu'a- » près avoir été autrefois aux gages de Coudé et de Coligny pourfor- )) tifier la Rochelle, il s'était engagé par une désertion très-infàme à » en conduire le siège, n L'armée royale qui avait fort avancé le siège de la Rochelle du vivant de Vergano, n'éprouva que des revers après sa mort, comme on le voit dans la suite de la narration de de Thou. Ce fait est capital pour l'état du génie militaire en France jusqu'à l'avènement de Henri IV. — Pour les détails militaires du premier siège de la Rochelle eu 1572 et 1573, on consultera avec fruit l'excellente relation de M. Genêt, chef de bataillon du génie, et sur Vergano en particulier, les pages 8 et 77, Paris, iu-8, 1848.
l'art et la conduite des sièges perfectionnés. 643
siège de Chartres (1391j, Chastillon construisit, pour arriver de la contrescarpe à la brèche, un pont de bois couvert, qui détermina les ennemis à capituler. A l'attaque de Dreux (1593), il fut fait un usage nouveau et plus terrible de la sape et de la mine. A l'attaque de Lafère (1596), on commença à lier plus exactement et à perfectionner les tranchées. Au siège d'Amiens (1597), les travaux étant sans cesse interrompus par les terreurs paniques des paysans, toujours prêts à fuir, on les remplaça, avec le plus grand avantage, par des soldats. Saint- Luc introduisit et renouvela alors chez nous l'usage de la grosse artillerie, et parvint à renverser les nouvelles fortifications élevées par les Espagnols, même celles revêtues de terre. Enfin, dans la guerre de Savoie, Sully, secondé par Chastillon, donna aux opérations du génie militaire une puissance inconnue jusqu'alors. Il montra un talent particulier dans les reconnaissances qui déterminent le point d'attaque. Au siège de Charbonnières et de Montmélian, par Thabiletè qu'il déploya dans l'emplacement des batteries, il écrasa de feux plongeants les garnisons et les ouvrages de l'ennemi, et contraignit ces deux places, qui passaient pour imprenables, à capituler promptement. Ailleurs , il substitua les feux d'écharpe et de revers aux feux directs, les seuls qu'on eût employés jusqu'alors. Chastillon partagea avec Sully tous ces travaux et l'honneur de ces combinaisons si nouvelles et si puissantes '. Le roi et Sully travaillèrent sans relâche à
1 Pour le siège de Chartres, voir P. Cayet, liv. III, t. I, p. 269 A, et les Mémoires de Cheveruy. dans la collection des Mémoires de MM. Michaud et Poujoulat, 1" série, t. X, p. 510 B. « Un pout de » bois couvert, fait de l'invention de M. de Chastillon, qui l'entreprit » à ma prière, fut sitost posé par-dessus le fossé pour donner l'aisant. » Ceuxdudedansse voyantainsipressez. furent contrainctsde demander » à capituler. » — Pour le siège de Dreux, Sully, QEcon. roy., ch. 40. t. 1, p. 115, IIG. — Pour le siège d'Amiens, Mémoires de Cheveruy, t. X,
644 L. vil. en. VIII. S'-LUC,SULLY, CHASTILLONjERRAHD.LESCONSEILS.
perfectionner le génie militaire, déjà si développé, et se firent centre d'études approfondies, de travaux incessants dirigés vers ce but. Sully nous apprend que de 1602 à 1610, l'une de ses sollicitudes à lui-même. Tune des grandes occupations des olFiciers employés sous ses ordres fut « d'essayer de subtiliser, par quelques nouvelles in- » ventions, lart d'attaquer et de défendre places et gens » de guerre '. » Toutes les découvertes, ainsi que tous les sages conseils étaient mis à profit pour la prospérité publique. Les ingénieurs étaient appelés aux conseils, où le roi discutait, avec les principaux oCQciers de l'armée, les plans des sièges : leurs avis , si importants pour connaître la force des places ennemies, le meilleur point d'attaque, les travaux à exécuter, étaient examinés et pesés ■'. La prudence et la maturité avec lesquelles toute entreprise était résolue, garantissaient la moitié du succès ; les progrès faits par le génie militaire assuraient l'autre. L'issue du siège de Sedan prouve que souvent l'ennemi n'osait pas attendre l'attaque du roi.
Ainsi que l'artillerie et le génie, les subsistances de l'armée furent l'objet constant delà sollicitude et des travaux administratifs de Henri IV. Il donna la première
p. 553. « Jamais on n'avait vu en France un pareil travail pour les » tranchées, un plus bel ordre à les garder. » — Thuanus, lib. 115, § 9, t. V, p. 680. « Saint-Luc, graud-maitre de l'artillerie, ayant fait n mettre des claies d'osier le long du fossé , fit en même temps bra- » quer sur le chemin couvert huit gros canons qui renversèrent les » fortifications faites de terre, et rendirent inutile une galerie que les )> assiégés avaient faite sous la plus éloignée de ces fortifications. » — Pour les sièges de Charbonnières ,et de Montmélian, Sully, Œcon. roy., eh. 96, 97, t. 1, p. 334-342.
» Sully, Œcon. roy., ch. 102, t. I, p. 362 A.
* Pour les conseils tenus au sujet des sièges où sont appelés les ingénieurs, voir Sully, Œcon. roy., chap. 96, t. I, p. 333 A; ch. 139, t. Il, p. 159 \, B. On trouve sur ce sujet quelques indications importantes dans l'ouvrage de M. Allent, Histoire du corps du génie, ch. 3, p. 18-22.
Onr.ANISATION DES SUBSISTANCES DE L'ARMÉE. 645
organisation régulière à cette partie du service militaire, dont les vices avaient si souvent décimé les armes, et ruiné les desseins des gouvernements précédents. On voit le roi , dès les premières campagnes qui suivent son avènement, veiller avec le plus grand soin aux subsistances de ses troupes, et éloigner ainsi de son camp la désertion et les maladies. Pendant les opérations du siège d'Amiens, en 1 597, il adresse sur le même sujet les ordres les plus réitérés et les plus formels au connétable et au conseil d'Etat et des finances. 11 ne leur laisse ni trêve ni reposj qu'ils n'aient conclu des marchés pour fournir son armée de 20,000 pains par jour pendant sept mois ; qu'ils ne lui aient envoyé des commissaires des vivres, et des munitionnaires ; qu'ils n'aient abondamment pourvu les magasins établis par lui-même à Corbie , Abbeville, Montdidier et Péronne, de tout ce qui est nécessaire aux vivres des soldats et à la nourriture des chevaux ^ Enfin, en 1610, au moment où il achève les préparatifs pour sa grande lutte contre la maison d'Autriche, le soin des subsistances des armées entre en première ligne dans ses préoccupations , et dans les mesures qu'il prend conjointement avec Sullv. Non-seulement le service ordinaire
* Lettres du roi au connétable de Montmorency du 13 au 25 mars, dans le recueil des lettres missives, t. IV. p. 699-720. Voici trois passages où le roi indique principalement quelle importance il attache aux subsistances. P. 704 : « J'ay besoin sur toutes choses des com- » missaires ou munitionnaires des vivres l'our nourrir mes sol- » dais, » — Page 708 : « Vous rn'avés mandé avoir faict un marché » pour faire fournir vingt mil pains par jour, sept mois durant. » — Pages 706,710 : « Je vous prie de conférer avec le sieur d'Incarville )) afin de trouver moyen de pourvoir aux avoines; car si les gens de » cheval n'ont moyen de nourrir leurs chevaux ils ne serviront pas... )) Souvenez-vous de mander partout que Ton face apporter en ce » pays des avoines par la rivière de la Somme et par celle d'Oise, car » je préveoy que nous en aurons grande disette, de sorte qu'il seroit » impossible de nourrir les chevaux, ayant mesme largent à la » main. »
646 LIV. vu. en. VlII. DÉTAILS SUR CET IMPORTANT SERVICE.
est par eux largement assuré, mais l'imprévu même sur cet article est couvert par des fonds faits d'avance, comme l'établissent la correspondance du roi et divers états produits par Sully. Le 14 mars 1610, deux mois avant d'entrer en campagne, Henri écrit à son ministre : « Ne » croyez pas que... rien me divertisse de pourvoir à tout » ce qui est nécessaire pour nostre voyage (expédition) et » la composition de mon armée en ce qui dépend de moy. » Donnez seulement ordre à l'artillerie et à l'argent, pour » que rien n'y manque , 7nais surtout aux vivres. » Sully, après s'être conformé à ces instructions, après avoir pourvu de la manière la plus large aux subsistances de l'infanterie et de la cavalerie, par les allocations portées dans la première partie d'un compte qui nous est resté, ajoute ensuite une somme de 1 million 800 mille livres du temps, 6 millions 500 mille francs d'aujourd'hui, pour « le déchet de fourniture du pain, vin, foin, avoine, « pendant la durée de chaque campagne '. L'importance des résultats, relève ici les détails, car au bout de ces précautions se trouvent la facilité d'exécuter toutes les opérations militaires, la vie, la santé , la vigueur du soldat, l'état prospère des armées, l'un des principaux éléments matériels de la supériorité sur l'ennemi.
Par cette composition et cette constitution de l'armée française, toute nouvelle non-seulement en France mais en Europe, Henri IV et Sully fondèrent et établirent, dans ses principales parties, le système militaire moderne. Dans ce système, l'armée de féodale et d'étrangère qu'elle était par le fond , devint régulière, permanente, arrêtée sous le drapeau aussi longtemps que l'exigeaient les grandes opérations de la guerre et les combinaisons du
' Lettre du roi à Sully du 15 mars 1610. — Estât des armées que le roy veut former et entretenir, dans les (Econ. roy.,ch. 203, 9,17, t. Il, p. 379 A, 438 A.
OBSERVATIONS SUR LE NOUVEAU SYSTÈME MILITAIRE. 6i7
général. Elle devint en outre nationale. Le soldat, traité désormais en serviteur utile et respectable, et non plus en vil esclave, attaché au sol par la communauté des intérêts et des sentiments, connut le dévouement au chef et à la patrie, et le sentiment de Thonneur, de tous les mobiles le plus puissant et le plus fécond en grandes choses. Ce sentiment fut entretenu et développé chez la noblesse incorporée dans l'armée, et chez la haute bourgeoisie, par l'institution de la nouvelle chevalerie, de la chevalerie des ordres militaires. Les ofTiciers commençant leur éducation dans un établissement érigé pour eux, et l'achevant au milieu des camps, portèrent dans le commandement une habileté consommée. Les soldats, par des exercices continus et intelligents, acquirent toutes les qualités des troupes, et particulièrement des infanteries étrangères. Cette armée, si bien composée, fut pourvue d'un immense matériel ; servie par les deux armes de l'artillerie et du génie développées au point d'être devenues méconnaissables ; alimentée par une organisation des subsistances sans précédents, et dont les gens du métier connaissent seuls entièrement les effets et la puissance. Ces résultats partent et découlent tous d'établissements dus à Henri IV, et appelés par les deux siècles qui suivirent, et qui se les approprièrent, du nom d'Ecole militaire, d'ordre royal et militaire de Saint-Louis , d'hôtel des Invalides, de direction de l'artillerie, direction du génie, intendance des subsistances. Au temps de Richelieu et de la guerre de Trente Ans, au temps de Louis XI Y, les armées de la France parurent sur les champs de bataille comme les premières armées de l'Europe ; et cette supériorité, elles la durent incontestablement à la composition et à la constitution nouvelle qu'elles reçurent de Henri IV. Si, quittant le point de vue militaire pour avoir une vue d'ensemble, nous considérons ces réformes par le côté politique,
ri.48 LIV. vil. CH. VIII. LES FORTIFICATIONS. LE POINT DE DÉPART.
nous trouverons que le roi alTrauchit l'armée jusqu'alors levée et conduite au bâton, selon le témoignage de Sully, comme il avait afiFranchi le paysan dans les campagnes, les compagnons et les apprentis dans les corporations de métiers ; et que pour trois classes de la nation ce règne est une ère de délivrance et de liberté.
Revenons aux établissements militaires, et complétons ce qui concerne la défense du territoire, en nous occupant des institutions qui furent fondées, des travaux qui furent exécutés, des dépenses qui furent faites, des projets qui furent arrêtés pour les fortifications et l'approvisionnement des villes frontières. Le plan du roi fut d'élever une ligne continue de places fortes, qui missent toutes les parties du territoire à l'abri des invasions qui pouvaient être tentées soit par terre, soit par mer. Ce plan exigeait qu'il réparât un grand nombre de places de guerre déjà existantes; qu'il changeât et ajoutât aux fortifications de la plupart d'entre elles, en tenant compte des perfectionnements introduits par le génie militaire chez plusieurs nations voisines de la France ; qu'il fit passer enfin près de trente villes de l'état de places ouvertes, à l'état de places fortes.
Avant le règne de Henri IV, le nouvel art de fortifier les places, qui ne consistait plus à élever de hautes murailles et de hautes tours, mais à mettre les remparts à l'abri du canon, de la sape, de la mine, et à empêcher l'approche de l'ennemi, cet art était à peu près nul en France. Sous François I", en lo4i, l'enceinte dont on avait entouré Vitry-le-François avait été construite sur les plans, ou du moins d'après le système de l'Italien San- Micheli. Pendant les guerres de religion, quand le prince de Condé et Coligny avaient voulu soustraire la Rochelle au pouvoir du roi, ils avaient fait élever les nouvelles
NOL'VEAL' SYSTÈME DE FORTIFICATION dV.RRARD. 649
fortifications de cette ville par un autre Italien, Scipion Vergano '.
Henri provoqua, excita nos ingénieurs à rivaliser avec ces étrangers : ils répondirent à cet appel, et bientôt l'art de fortifier les places s'avança et se perfectionna chez nous, en même temps que l'art de les attaquer. L'un de nos ingénieurs, Jean Errard, de Bar-le-Duc, fit une étude approfondie de ce que les Italiens avaient inventé et pratiqué au xvie siècle dans l'art de fortifier les villes : il y ajouta ce que la réflexion et l'expérience lui avaient appris à lui-môme : il réunit et publia par l'ordre exprès (lu roi le résultat de ses travaux pour l'instruction de notre pays. Il soumit à des règles fixes le tracé bastionné, et revêtit les maçonneries d'un glacis ou massif de terre. C'est le premier système de fortifications, dû à un ingénieur français, qui ait été introduit en France. Il publia, en 1594, la première édition de son traité intitulera fortification démons trée et reduicte en art : il en donna, en 1 604, une seconde édition augmentée et perfectionnée-,
' Allas manuscrit des villes de France, appartenant au gouvernement, in-folio, n» 260 bis, tome II, pages 241,242, article de Vitry-le- François. — Thuanus, Hist., lib. LV, § 16, t. Ill, p. 240, éd. Loûd., 1733 : « Industria Scipionis Vergani Forojuliensis, qui Condaeo tune » operam et Colinio, navabat, et postea ad regias partes Iran- » sivit. »
* Préface d'Errard en têie de son traité : La fortification demonstrée et reduicte en art. « // a pieu ait roy m'ordonner par son commande- » ment, et convier par sa libéralité, à réduire en art et à mettre au » jour tout ce qui se practique dans les fortifications, afin de soula- » ger, par ceste instruction, la peine que vous prenez, messieurs (de )) la noblesse), à vous rendre capables de servir dignement Sa Majesté » et vostre patrie, comme vous estes spécialement appelez et destinez » à défendre constamment l'un et l'autre... La practique est autant )) aveugle sans la théorique, que la théorique estmanchotte sans la )) practique. J'ay ose' entreprendre ce que tous les ingénieurs jusques à » présent, n'ont voulu ou osé; au moins n'en paroit-il rien par aucun » escrit traictant de cette science. Il n'est question icy de traits qui » à quelqu'un pourroient réussir à l'adventure; mais de demonslra-
650 I.. VII. en VIII. APPLICATION, DEVELOPPEMENTS SUCCESSIFS
Il fit en grand l'application de la science qu'il avait créée chez nous, dans les augmentations qu'il donna*aux fortifications de Montreuil , dont il bastionna les côtés attaquables ; mais surtout dans la construction de la citadelle d'Amiens que le roi lui ordonna de bâtir aussitôt après la reprise de cette ville, pour la mettre désormais à l'abri des attaques et des surprises des Espagnols '. La citadelle d'Amiens, commencée dès l'année 1597, fut achevée sous ce règne : encore subsistante aujourd'hui, elle offre le type le plus complet du système de fortifications d'Eirard. Les écrivains qui ont fait une étude spéciale du génie militaire, témoignent qu'Errard posa sur l'art de la fortification des principes dont la plupart n'ont pas vieilli '. Son système bastionné, successivement modifié et développé par le chevalier Deville et le comte Pagan sous Louis XflL a été porté sous Louis XIY au dernier degré de perfection par Vauban .
Suscités par l'appel et les sollicitations du roi , formés par l'étude de l'ouvrage d'Errard, soutenus et encouragés par l'intelligente justice du gouvernement qui réserva les
» lions géométi'iques qui dounent à tous asseurance infaillible. » La seconde édition du traité d'Errard est omise dans presque toutes les bibliographies. En voici le titre : La fortification demonstrée et reduicte en art, par J. Errard, de Bar-le-Duc, ingénieur du très chrestieu roi de France et de Navarre, seconde édition, revue et augmentée; Paris, 1604, à la Rose blanche, rue Saint-Jacques, in-folio de 130 pages, avec figures intercalées dans le texte.
' Atlas manuscrit des villes de France, appartenant au gouvernement, in-folio, n" 2G0 bis, tome VI, pages 344, 345. — Mémoires de Cheverny, sous l'an 1397, dans la collection des mémoires, t. X, p. 534, B. « Sa Majesté après cela, ne devant avoir aucun esgard aux » forces particulières et aux privilèges des habitants (d'Amiens) laissa » en ladicte ville une bonne et forte garnison, avec M. de Vie pour » gouverneur d'icelle, et y fit commencer une très grande et forte » citadelle, qui depuis a esté continuée. »
^ M. Allent, Histoire du corps du génie, ch. 30, p. 20. «Errard posa » sur l'art de la fortification des principes dont la plupart n'ont pas » vieilli. »
DE CE SYSTÈME CORI'S P'iNGÉNlEURS FRANÇAIS KORMÉ. 651
places et l'avancement au mérite seul, et qui sut à propos répandre libéralement les distinctions et les récompenses, les ingénieurs se multiplièrent sous ce règne , créèrent une véritable école de l'art de la fortification en France. Parmi les ingénieurs les plus distingués, on cite après Jean Errard et l'un des Cbastillon, La Garde, qui promettait un officier aussi habile dans la défense que dans l'atlaque des places, et qui périt devant Chartres sous les yeux de Henri ; Duanot et Rivault ; Adam du Temps, qui fortifia Fontenay ; les deux fils de Cbastillon qui, de bonne heure, marchèrent sur les traces de leur père ; Bonnefons et le fils d'Errard, qu'un accident arrivé en Provence, l'an 1607, enleva, le premier après de longs services, le second jeune encore, et cependant déjà l'émule de son père par la science et l'habileté. Dans la lettre oii Sully annonce leur mort au roi, et consigne ses regrets, on trouve la preuve du soin scrupuleux avec lequel Henri et Sally faisaient les choix des officiers de cette arme, et de leur respect pour la capacité et pour les droits acquis ^
Henri et Sully créèrent l'administration des fortifications, comme ils avaient fondé celle de 1" artillerie. Ils la constituèrent par deux mesures financières que Sully
' Lettre de Sullj' au roi en date du 23 juillet 1607 dans les Œcon. roy., ch. 169, t. Il, p. 189 B. « Il est arrivé un accident en Provence » qui me cause du desplaisir; c'est la mort de vos deux ingénieurs, a » sçavoir Bonnefons, et le jeune Errard qui n'en sçavoitguères moins » que son père. Plusieurs sont après moy pour supplier Vostre Ma- » jesté, afin d'avoir leurs charges; mais je les ay rerais à eu résoudre )) quand je seray près d'elle, et que l'on aura reconnu la capacité des » prétendaos, vous suppliant de n'engager vostre parole à personne » auparavant. » Dans la liste des ingénieurs célèbres du règne de Henri IV, nous n'avons compris ni Aléaume, ni Crosnier, parce qus nous les voyons uniquement occupés à des travaux du génie civil, et non du génie militaire, et qu'ici nous ne nous occupons que du génie militaire.
652 L.VII.r.II.VIll. ADMINISTRATION DES FOnTIFICATlONS CREEE.
fait connaître; par quelques attributions ajoutées à celles dont le Conseil d'Etat était déjà investi ; enfin par divers règlements administratifs devenus fort rares aujourd'hui, dont nous avons pu nous procurer connaissance, et dont nous reproduirons les dispositions principales.
Ils préparèrent d'abord des ressources , des fonds spéciaux, des voies et moyens, pour la dépense et pour les travaux qu'entraînaient l'entretien des places de guerre et la construction des fortifications nouvelles. A partir de l'an 1599, ils appliquèrent à ce service une portion de la grande crue de la taille : ils y ajoutèrent le produit de quelques impôts indirects, de quelques octrois établis spécialement dans les vill»is frontières pour subvenir à une autre partie de la dépense, et auxquels tous les habitants, même les privilégiés furent soumis indistinctement'. Jusqu'alors les gens sujets à la taille dans les villes et dans les campagnes avaient accompli les travaux nécessités par les fortifications, supportant un labeur immense et une perte de temps inappréciable , exécutant lentement et imparfaitement des travaux auxquels ils n'étaient pas exercés. Dès que les fonds nécessaires furent faits, le roi les en déchargea et les confia à des entrepreneurs et à des ouvriers qui en faisaient leur état.
' État présenté au roi par Sully de l'emploi de la grande crue et du principal de la taille depuis l'année 1399 jusqu'à l'année 1609. dans les CEcon. roy., ch. 187, t. 11, p. 271 B. « Premièrement, en l'année » 1599, 6,433,700 livres, tant pour les armées et garnisons du roy, » fortifications des villes de frontières, etc. » — Arrest de la cour des Aydes du 10 may 1607. « Les officiers domestiques du roy et autres » privilégiez s'efforcent de s'exempter induement de plusieurs contri- » butions, entre autres des octrois qui se lèvent sur les habitants des » villes pour les réparations des chemins, remparemens , réparations » et fortifications des villes ... ce qui est une usurpation contre l'in- » tention du roy, à la foule et oppression du peuple. » La cour des Aides condamne en conséquence les privilégiés à supporter l'impôt comme tous les autres habitants.
OnOrsE ET RÈGLEMENTS POUK LES TRAVAUX DE KORTIE ICATION. G53
Il ré^la que chaque année les projets des travaux pour les fortifications seraient dressés [)ar les ingénieurs de chaque province. Il soumit ces projets à l'examen et à Tapprohation préalahles de son Conseil, fréquemment transformé en conseil des fortilications , et dans lequel il appela pour ces discussions les principaux ingénieurs *. Il arrêta lui-même l'état des travaux cpii devaient être exécutés, avec défense à tous d'y rien ajouter, d'y rien changer, sans une permission expresse émanée de luimême, à moins qu'il ne s'agit d'une réparation si urgente qu'on ne put sans })éril attendre ses ordres.
Les ouvrages ne furent plus faits à la journée par des ouvriers que l'Etat employait directement et salariait, et qui accomplissaient négligemment leur tâche. Les ouvrages furent adjugés à des entrepreneurs ayant intérêt à ce qu'ils fussent exécutés par le moins de monde, et dans le moindre temps possible. Le devis des travaux, dressé par l'ingénieur du roi dans chaque province, soumis au gouverneur, fut affiché d'avance par les soins du contrôleur des fortifications dans les lieux les plus fréquentés. Les adjudications furent faites publiquement et au rabais, par devant le gouverneur ou son lieutenant, et le prix fut arrêté d'avance. Des précautions préventives furent prises, pour que les matériaux fussent de bonne qualité. Les ouvrages terminés furent toisés et reçus, non plus comme autrefois par les maires et échevins des villes , mais par les contrôleurs généraux des fortifications nouvellement
1 Sully, (Econ. roy., chap. 170. t. H, p. 195 A B. En 1607, le roi fait veuir chez Sully, à l'Arsenal, le gouverneur de Vie, et l'ingénieur Errard, pour informer de Vie de ce que le roi résout relativement aux fortifications de Calais. Il est évident que l'affaire a été agitée quelques jours auparavant dans le conseil d'Etat où Errard a été appelé, et que ce jour là le roi prend une résolution définitive avec Sully, surintendant des fortifications, détermination qu'il fait connaître ensuite à de Vie.
654 L. vil. CH. VIII. DKVIS KT ADJUDICATIO.NS. MESURES FINANCIÈRES.
créés, et par l'ingénieur de la province, en présence du gouverneur ou de son lieutenant ; l'Etat ne paya que les travaux conformes au devis et solidement exécutés. Tous les ouvrages ne furent pas faits par les entrepreneurs et par leurs ouvriers : on essaya des économies , en employant dans certaines circonstances les soldats aux travaux des fortifications.
Deux mesures financières assujettirent les rouages de ce service à une marche régulière, en assurèrent la continuité, en accélérèrent le mouvement. Le roi ordonna qu'il ne serait exécuté de travaux chaque année, dans chacune des places fortes, que jusquà concurrence des crédits qu'il aurait ouverts pour l'exercice. Les entrepreneurs s'étant plaints des retards apportés au solde de ce qui leur était dû par l'Etat, surtout pendant le dernier trimestre de chaque époque où les trésoriers généraux des fortifications se succédaient les uns aux autres . selon la coutume de ce temps, le roi, par arrêt rendu en Conseil, réforma cet abus, et pourvut à ce que les entrepreneurs fussent désormais payés avec ponctualité et promptitude ' .
^ Pour l'organisation et l'établissement de l'administration des fortifications, voir le « Règlement que le roy veut estre doresnavant ob- » serve pour les fortifications qui seront faictes en cliascune province » de ce royaume le 26 may 1604. » (Collection des ordonnances militaires, tome XII, A i, 6-16, pièce n" 83.) « Art. 1". Que les estais des » fortifications arreslez par le roy, au commencement de chascune n année, seront suivis, sans qu'il soit permis à personne que ce soit » de rien changer ny innover, sinon par permission et ordonnance » de Sa Majesté, sur peine d'en répondre à leurs propres et privez » noms, sinon qu'il se trouvast quelque réparation si pressée qu'elle ne » peust attendre le délay, pour recevoir sur icelle le commandement » de Sa Majesté. — Art. 2. Que sur tous les ouvrages ordonnez par » lesdils estais du roy,serontba!llez,sifairesepeut, à /;>(x/aîc/, suivant » les formes et solennitez accoutumées, et ne sera baillée à journée, » ny par ordonnance particulière que lorsqu'il ne s'y pourra autrement » faire. — Art. 3. L'ordonnance (.l'ordre) qui se tiendra et l'adjudica- » tivn desdits ouvrages seront que les contreroûleurs généraux des for-
H1ÉF4ARCH1E POUR l.E COhPS DES OFFICIERS. 655
Une comptabilité nouvelle se trouvait ainsi établie poulies travaux du génie militaire. Ces règlements montrent quel esprit d'ordre et de sagesse présidait aux délibérations du Conseil et aux décisions du roi. Encore observés de nos jours, ils composent le fond même de l'administration des fortifications, et lui donnent, comme on en a fait la remarque, ce caractère de clarté , de simplicité, de parfaite exactitude qui la distingue.
Le roi compléta l'organisation de l'administration nouvelle qu'il fondait, en établissant une hiérarchie pour les
» tificaiions feront proclamer et a/ficher en tel lieu qu'il sera requis » la description du travail qui sera ordonné suivant le devis qui sera n dresse' par l'ingénieur de Sa Majesté, leqoel au préalable lesditscon- » trerooleurs et iugéuieurs communiquerout au gouverneur de la » province, gouverneurs de places ou leurs lieutenants, pardevant les- » quels se feront les adjudications des ouvrages. — Art. 7. Comme » aussi ne pourront les gouverneurs et contrerooleurs bailler aux >■ entrepreneurs à faire plus de travail que ne monte l'argent que n Sa Majesté aura particulièrement ordonné en chascune place, de » sorte que les choses soient faictes et exécutées des deniers qu'il faut » employer et non autrement : s'il survient quelque nécessité pressée, )) ils en advertiront Sa Majesté. — Art. 8. Lorsque le travail sera faict » et parfaict, le contrerooleur général avec l'ingénieur de la province » se transporteront sur les places pour toiser et recevoir tous les ou- » vrages, en présence du gouverneur ou intendant général de la pro- » vince, et en leur absence du gouverneur de la place, ou de sou » lieutenant, selon la teneur des prix faits, suivant' lesquels et les » clauses des marchez sera ordonné du parfaict payement desdits » ouvrages.» Ce règlement est signé du roi et de Neufville (Villeroy) comme secrétaire d'Etat de la guerre, en même temps que des affaires étrangères, et en cette qualité le supérieur de Sully. — Voir eu outre l'arrêt pris par le roi en conseil d'Etat pour le prompt payement des entrepreneurs, en date du 7 avril 1607. (Même collection, t. XII, pièce n° 97.) — M. Allentj Hist. du corps du génie, ch. 3, p 19, donne quelques bons renseignements sur l'établissement de l'administration des fortifications. Mais l'auteur qui n'a eu probablement connaissance de cet élablissemenl, que par un auteur de seconde main, cite, sans rien préciser, les ordonnances de Henri IV, et il n'y a jamais eu d'ordonnance de ce prince sur la matière; c'est un règlement où se trouvent les dispositions qu'on vient de lire, et nous ne l'avons retrouvé qu'après de longues recherches.
656 I.IV. vu. CII. VIII. SURVEILLANCE ET FORTE DIRECTION.
officiers du corps du J^énie, et une active surveillance, une forte direction pour toutes les parties du service. Comme les gouverneurs et les lieutenants du roi, les ingénieurs conservèrent dans leur emploi leurs grades militaires : ils dirigeaient les ouvrages. Au-dessus d'eux étaient placés les contrôleurs généraux , qui eux-mêmes avaient pour chefs les directeurs des fortitications, dont l'autorité s'étendait sur tout un département du territoire. Les charges de contrôleurs et de directeurs étaient de création nouvelle. On sait que le titre de directeur commença dans Chastillon , et que sa direction comprenait les provinces de Champagne et de Brie et celle des Trois -Evêchés. Au-dessus d'eux tous dominait avec une autorité supérieure, le surintendant des fortifications, charge dont Sully avait été pourv\i par le roi, en 1599, après la mort de d'Incarville, et qui lui permettait d'imprimer à tout ce service une direction et un mouvement d'ensemble '.
Nous allons présenter maintenant le tableau des villes qui furent fortifiées pendant le règne de Henri IV. Nous prendrons pour base de ce travail, qui n'a pas encore été essayé, un ouvrage de statistique exécuté pour le gouvernement et resté inédit, dont nous avons pu avoir communication. Nous compléterons les renseignements qu'il fournit par les indications qui se trouvent dans la correspondance du roi, dans celle des secrétaires d'Etat, dans les actes publics du temps. Ces indications sont indisjiensables pour un certain nombre de détails, pour l'ordre des temps dans lequel ces travaux furent exécutés, pour les idées et les desseins qui y présidèrent.
Nous nous occuperons d'abord de la frontière du nord.
1 Sully, ŒcûD. roy., ch. 94, p. 323 A.— M. Alleiit, Hist. du corps du géuie, ch. 3, p. 25, 26.
VILLES FORTIFIÉES SLK LA FnONTIEHE DU NORD. 657
Quatre invasions parties des Pays-Bas , conduites par le comte d'Egmont, par le duc de Parme, par Mansfeld, favorisées par la dépendance dans laquelle la Ligue était tombée à l'égard de Philippe II, avaient amené les armées de ce [)rince jusqu'au cœur du royaume, et converti plusieurs villes du nord en étapes et en places de guerre des Espagnols. Au fur et à mesure que Henri les enleva à la Ligue et aux Espagnols, il les convertit en remparts contre l'étranger. Dès qu'il fut maître de Laon, il se hâta, en 1595, d'ajouter aux fortiiications une citadelle, et un front bastionné ou rempart intérieur'. Entré dans Lafère en 1596, il ordonna d'ouvrir aussitôt les travaux propres à améliorer les ouvrages de défense de cette villf^ ^ Les fautes des généraux, l'aveugle opiniâtreté et l'incurie des populations livrèrent aux Espagnols dans les campagnes de 1596 et de 1597,leCastelet, laCapelle, Calais, Ardres, Amiens, et abaissèrent la fortune de la France. Henri la releva autant par la haute intelligence de la défense que par la vigueur de l'attaque. Malgré les nouvelles charges que le siège d'Amiens imposait au trésor déjà obérée dès le mois de mars et de juillet 1597, il fit travailler sur-lechamp à réparer et à augmenter les fortifications de Beauvais, de Ham, d'Abbeville, de Boulogne, de Montreuil ^
' Atlas des places de France, manuscrit appartenant au gouvernement, six volumes in-folio sous le n° 260 bis. Les détails relatifs à Laon se trouvent au tome II, p. 219,
* Atlas des villes de France, t. Il, p. 208.
3 Lettre du roi à l'évèque de Beauvais du 16 mars 1597, dans les Lettres missives, t. IV, p. 702. « Monsieur de Beauvais, ayant recogneu » à mon arrivée en ceste ville, qu'il estoit nécessaire, pour la Eeurelé )) d'icelle, d'abattre la tour de Groux, qui fait l'un des coinijs des n jariJius de voitre evesché, j'ay advisé de le faire, et en em[iloyer » les démolitions aux réparations de ladicte ville. » — Lettre du roi au connétable du 3 avril 1597, dans les Lettres missives, t. IV, p. 730, « Il est très nécessaire de faire travailler aux fortifications de la ville » et chasteau de Han, pour les inconvénients qui peuvent arriver à
658 L. VII. en. VIII. villfs fortifiées slk la frontière du nord.
Au mois de septembre de la même année, il arracha Amiens aux Espagnols, et il ordonna de jeter aussitôt les fondements de la citadelle qui s'éleva rapidement '. Ces ouvrages entrepris au milieu de la guerre pour arrêter les progrès de l'ennemi et conjurer un danger présent, furent continués plus tard pour couvrir et défendre le territoire, et assurèrent à ces six villes des moyens de défense entièrement nouveau.x , dont nous indiquerons tout à l'heure le caractère. La paix de Yervinsremlit à la France les places momentanément occupées par les Espagnols, le Castelet, la Capelle, Ardres, Calais, et l'un des premiers soins de Henri, comme l'indique sa correspondance, fut de leur étendre le système appliqué aux six villes qui viennent d'être mentionnées. Nous ne relaterons que les détails les plus intéressants, ceux qui concernent Calais. Le roi en confia le commandement à Dominique de Vie, et trouva chez cet officier déjà éprouvé l'actif concours qu'il pouvait attendre de ses plus dévoués et zélés serviteurs. Dans les dix années écoulées de 1599
» mou service, par faulîe d'y pourveoir. » — Lettre à Rosny du 2 juillet 1597, page 794. « C'est le moius que je puis employer aux » fortifications des villes frontières de Picardie et de Champagne que » vingt-quatre mille escus ; mais il est besoing que j'en reçoive comp- » tant présentement la moitié, afin de pourveoir à Montreuil, à Bou- » logne et à Abbeville que l'ennemy menace d'assiéger, cependant que n je suis engagé icy (au siège d'Amiens). » — Voici ce que dit l'Atlas des places de France, t. VI, p. 344, 345, au sujet des travaux exécutés alors et dans les années suivantes à Montreuil. « L'attaque des phces » qui s'était beaucoup perfectionnée ne permettait plus de se confier » à une simple muraille. Errard chercha à tirer parti de la vieille en- » ceinte qu'il agrandit. Il bastionna les côtés attaquables, jeta quelques » ouvrages extérieurs, et mit la place dans un état de défense assez n imposant pour ce temps-là. » — En ce qui concerne Abbeville, l'Atlas ajoute, pages 3-29 et 52-56. « En 1599, on travailla à la porte » Mercadé et à des ouvrages eu avant; en 1G09, on revêtit une partie » de la courtine. »
1 Voir les Mémoires de Cheverny sous l'an 1597 dans la collection