‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 151 sur 199 · VILLES FORTIFIÉES SUR LA FRONTIÈRE DE L'EST · texte numérisé non relu

VILLES FORTIFIÉES SUR LA FRONTIÈRE DE L'EST

de la Bresse, et particulièrement de Bourg; des places du Dauphiné , Grenoble , Embrun , le fort Barrault ; d'Exilles, près du Pas-de-Suse, petite et forte ville, alors appartenant à la France; de Sisteron, d'Antibes, de Saint-Tropez en Provence *. Antibes et Saint- Tropez qui forment l'extrême limite de la frontière de l'Est, commencent la frontière du Midi. Les ouvrages exécutés à Grenoble méritent (ju'on leur accorde quelques détails circonstanciés et précis. En 1600, Henri crut nécessaire de se rendre lui-même dans cette ville, à l'occasion de la guerre qu'il soutenait alors contre le duc de Savoie. Il trouva que l'ancienne enceinte à tourelles dé Grenoble, d'une part était infiniment trop resserrée, et d'une autre n'était plus en rapport avec les progrès que l'art de l'attaque et de la défense des places avait faits depuis un demi-siècle. La juste importance qu'il attachait à cette ville frontière le détermina, deux ans après, à lui donner de nouvelles fortifications qui furent exécutées sous le gouvernement et sous la direction de Lesdiguières. On commença par abattre les anciennes murailles avec

* Lettre de Villeroy à Rosny en date du 7 mars 1601^ dans les Œcon. roy., ch. 103, t. I, p. 377 A, B. « Je n'ay reçu l'ordonnance » pour faire recevoir et enjployer aux fortifications de Snnct-Tropés » et d^ Antibes, les 6,000 escus de Paris que vous m'aviez escrit, par » vostre dicte lettre, d'avoir ordonnez : il faut qu'elle (l'ordonnance) » ayt esté oubliée. » — Lettre du roi du 'i.t mai à Rosny. « Mon cou- » sin, vous sçaurez combien il importe à mon service que la forti- » fication de ma ville d'Antibes soit achevée... Les 2,000 escus que » nous avons depuis affectez aux fortifications de ladicle ville de » Saiuct-Tropés n'ont esté payez, ayant esté divertis à autres effets » contre ma volonté. «Lettre du roi du 20 mars 1601 à Rosny. « Quant » à Bourg, voyez sur Testât des fortifications que je vous ay renvoyé, )) où l'on peut prendre encore 2,000 escus pour travailler aux fortifi- » calions dudict lieu, car je ne suis pas d'advis que l'on touche à ce » que j'ay ordonné pour Barrault ni pour Exilles. » — Pour Embrun, voir les détails donnés par l'Atlas des places de France, t. IV, p. 87, "et pour Sisteron, p. 117. « Le front bastionné au nord estd'Errard de n Bar-le-Duc. »

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tourelles, situées sur la rive gauche de l'Isère, et on les remplaça par Tenceinte nouvelle. On éleva ensuite l'enceinte de la rive droite , avec un fortin à l'emplacement nommé Bastille. On fit partir de chaque côté un mur crénelé qui vint, en contournant les crêtes des rochers et les pentes du terrain , se rattacher aux deux extrémités du faubourg. On construisit en même temps la citadelle à l'entrée et sur le bord de l'Isère. Tous ces ouvrages furent exécutés d'après le système d'Errard, qui fournissait à la défense des ressources inconnues jusqu'alors '.

Les travaux exécutés par le roi sur la frontière de la Méditerranée et des Pyrénées avaient un intérêt égal sous le rapport de la défense du territoire, et un intérêt particulier en ce qui concernait la protection et l'extension du commerce, le développement de la marine nationale.

Son règne est le point de départ du développement et de la force actuelle de Toulon. En 1594, il voulut à la fois s'assurer de cette ville contre les entreprises du d«c d'Epernon et y commencer un grand étabhssement maritime. Il en élargit l'enceinte, fit bâtir les bastions des-

1 Le séjour du roi à Grenoble, du 13 au 27 septembre^ est établi par ses lettres, t. V, p. 305-313. Pour les travaux faits aux fortifications de Grenoble, voir l'Atlas des places de France, t. IV, p. 23, 24. Parmi les excellents détails techniques fournis par l'Atlas, se sont glissées deux erreurs qu'il importe de relever. 1" Des travaux de fortifications entrepris du temps de Henri IV, mort en 1610, ont été exécutés sans doute sous le gouvernement de I.esdiguières, mais non pas sous le gouvernement du connétable de Lesdiguières : Lesdiguières ne fut connétable que du temps de Louis XIII, en 1622. 2" Des travaux exécutés sous le gouvernement de Lesdiguières, mort le 28 septembre 1626, ne peuvent avoir été faits d'après le système de Deville. Deville, attaché jusqu'alors au service de la Savoie, ne fut employé par le gouvernement de France qu'à partir de 1036. Cet ingénieur, chargé par Louis XIII, en 1640, d'agrandir l'enceinte de Grenoble, a pu introduire quelques changements daus les fortifications construites avant lui; mais il ne faut pas confondre ces nouveaux travaux avec les anciens.

VILLES FORTIFIÉES A LA FllONTIEfiE DU MIDI. 663

tinés à la défendre , élever les forts Sainte-Catherine et Saint- Antonin , construire les deux grands môles qui enveloppent la darse vieille et flanquent le port '. Tout était préparé dès-lors pour faire de Toulon l'un des ports militaires les plus grands et les plus forts de l'Europe, et le premier arsenal maritime de la France.

Marseille ne fut guère moins redevable à Henri que Toulon. A la fin du règne de Henri HI, et plus tard, en 1591, au milieu des plus grands troubles suscités par la Ligue en Provence, quand la France était en proie à tous ses voisins, et que chacun d'eux en emportait une pièce, le grand-duc de Toscane avait pris pour sa part l'Ile de Pomègue, l'île et le château d'If, qui commandaient le port de Marseille. Malgré l'engagement solennel qu'il avait pris avec les habitants de laisser le passage libre à leurs navires marchands, il avait envoyé en 1597 une flotte nombreuse destinée à achever l'envahissement commencé. Les Marseillais dès lors n'auraient plus trafiqué que sous son bon plaisir, et en lui payant contribution, si toutefois il n'avait trouvé un plus grand intérêt à anéantir leur commerce pour le transporter aux Florentins. Mais le roi avait deviné ses projets, et ordonné au nouveau gouverneur de Provence, le duc de Guise, de bâtir le fort Ratonneau dans l'île de ce nom. Jj'érection de ce fort, dont le grand-duc tenta vainement de s'emparer, renversa tous ses desseins, et par un accord signé le 4 août 1598, exécuté en ICOl , il fut contraint de restituer à la France, l'île de Pomègue, l'île et le château d'If -. C'était

' Atlas des places de France, t. V, p. 25. — Darse, partie intérieure du port.

2 Lettres du roi à de Brèves, du 8 juillet; à Libertat, du 21 juillet; à de Brèves et au duc de Piuey-Luxembourg, du 6 septembre, dans le tome IV des Lettres missives, p. 806, 811, 840-842 : « Le fort de Rotonneau (sic), que mon cousin le duc de Guise a fait construire.

66i i-iv. VII. cii. viii. vili.es fortifiées a la frontière du midi.

une seconde délivrance de Marseille. Les états de finances de l'époque établissent qu'en divers temps sous ce règne, on répara ou l'on agrandit les fortifications des villes de Languedoc. Mais nous ne nous arrêterons pas à ces travaux qui ne paraissent pas avoir eu le caractère de ceux qui viennent d'être décrits, et nous nous hâterons de passer aux villes de la frontière des Pyrénées où on les retrouve.

On a vu au chapitre des colonies qu'au xvi* siècle et au commencement du xvii% la France avait de très-grands intérêts d'industrie et de commerce à Saint-Jean-de-Luz. Les habitants de cette ville, alors marins très-renommés, s'étaient les premiers livrés à la pêche de la baleine : on leur devait également la préparation des premières morues apportées en Europe. Une commission envoyée par Henri pour examiner la côte depuis la Rochelle jusqu'à la frontière d'Espagne, ne trouva aucun lieu plus convenable [lour l'établissement d'un port que le lieu nommé Socoa ou Soccova. Le bassin y fut en effet construit ([uelque temps après, avec un fort pour la garde des vaisseaux et la défense de la baie de Saint- Jean-de-Luz. Ces travaux protégèrent et développèrent l'active industrie des habitants pour plus d'un siècle : en effet, en 1730, ils armaient jusqu'à soixante-dix gros bâtiments pour la pêche de la baleine et de la morue '.

La frontière de l'Ouest ou d-e l'Océan et de la Manche, depuis Bayonne jusqu'à Abbeville, devait, dans les plans

» vis-à-vis du dict chasteau, nous aidera pour recouvrer cette place.... » Le grand-duc, et don Juan de Médicis, qui commande à ses galères, )) veulent que je croye que, pour le chasteau d'If, tout ce qu'ils font » est pour mon service ; et toutes fois je vous déclare que je ne les » en ay jamais requis, et que le'tout s'est faict à mon desceu. Je ne » cognois que trop le dessein dudict duc : il veut profiter de la ruine » et confusion de la France, comme les aultres, mais sous prétexte » d'amitié et d'assistance. » — Sully, Œcon. roy., ch. 107, t. I, p. 386, 388, 389. — Bouche, Hist. de Provence, 1. X, p. 753. * Atlas des places de France, t. V, p. 337.

PROJETS DE FORTIFICATIONS POUR lA FRONTIÈRE DE I.'OUEST. G65

de Henri IV , comme nous l'exposerons tout-à-l'heure , recevoir des moyens de défense et de développement commercial au moins égaux à ceux des trois autres frontières de la France. Mais le roi avait sagement réserve ces travaux pour les derniers. En effet, les trois frontières du Nord, de l'Est, du Midi, avoisinées par les possessions de TEspagne, de la Savoie alors étroitement unie à l'Espagne, de la Toscane disposée à nous faire tout le mal que permettaient les circonstaiict^s , demandaient à être garanties sans retard des invasions qu'elles avaient souffertes au temps de la Ligue et de Philippe II , et que les dispositions hostiles de son successeur Philippe III pouvaient renouveler d'un moment à l'autre. La frontière de l'Ouest, au contraire, était à l'abri des incursions, parce que d'une part la marine espagnole dans sa guerre contre la Hollande prolongée jusqu'en 1609, éprouva presque d'année en année des revers qui ne lui laissèrent aucun moyen de menacer nos cotes; parce que d'un autre côté, depuis l'avènement de Jacques I", l'Angleterre vécut dans une paix profonde avec la France.

Dans les deux dernières années de son règne, Henri arrêta de recommencer la lutte contre la branche espagnole et la branche allemande de la maison d'Autriche, et de consommer l'abaissement de cette maison. Ce dessein exigeait qu'il mît dans un état de défense complet les points du territoire qui pouvaient être encore vulnérables sur les frontières du Nord, de l'Est, du Midi, avoisinant les Etats du roi d'Espagne et de l'empereur. Aussi l'approche de la guerre fut-elle le signal d'un redoublement de travaux ayant cette destination. Les actes publics témoignent que dans le cours de l'année 1609 et pendant les premiers mois de l'année 1610, d'immenses ouvrages de fortification furent exécutés dans les villes de Picardie, dans les villes de Champagne , dans celles de Bourgogne

666 L VII.cn. VIII. SOMMESEMPLOYÉES AUX FORTIFICATIONSDE 1595 AlG 10

et de Bresse , dans celles de Dauphiné , dans celles de Languedoc, dans celles de Guienne '.

Ainsi l'entretien et la réparation des anciennes fortifications, la construction des nouvelles, furent poursuivis sans discontinuité par le gouvernement depuis l'année 1595, peu après la prise de Laon , jusqu'aux derniers jours de ce règne. Si l'on recherche quelle partie des deniers puhlics il appliqua à ces travaux, on voit par les états de finances que jus(|u'à l'année 1 607, il y avait consacré une somme de 5 millions 785 mille livres du temps ; et par le compte de 1609, qu'il y employa une autre somme d'environ 2 millions, depuis le commencement de l'année 1607 jusqu'au mois de mai 1610 ^ : c'est une somme totale de 7 millions 785 mille livres du temps, représentant plus de 28 millions d'aujourd'hui. Une lettre du roi du 24 mai 1601, et l'arrêt de la cour des Aides cité plus haut, qui astreignait tous les habitants, même

' Voir les preuves textuelles dans la note ci-après.

2 « Estai de payement des debtes présenté au roy jusques à l'année » courante (1607). Plus, pour toute la despense faicte aux réparations » et fortifications des villes et places où le roy a faict travailler » 5,785,000 livres (CEcon. roy., ch. 164,1. II. p. 171 B). » — Dépensedu présent compte (ie09). « Fortifications de Picardie, à M. Claude Char- » lot, commis, 322,444 livres. Fortifications de la ville d'Amiens, à » M.Jacques Colas, payeur, 4,350 livres. Fortifications de Champagne, )) à M.Pierre Veillart, trésorier, 104,000 livres. Fortifications deBour- » gogne, à M. Jean Collot, trésorier, 14,000 livres. Fortifications du » Dauphiné et Bresse, à M. Raymond Espeante, trésorier, 96,000 li- » vres. Fortifications de Guyenne et Languedoc, à M. Joacliim Mar- » chand, Irédorier, 29,800 livres (pages 121, 122).» Tout cela fait un total de 570,594 livres du temps pour la seule année 1609. Si pareille somme a été consacrée aux fortifications pendant les années 1607, 1608, 1609 et les six premiers mois de l'année 1610, on arrive pour ces trois ans et demi à un total partiel de 1,997,679 livres, ou près do deux millions du temps. Ajoutez ces 2 millions aux .'5,785,000 livres défiensées jusqu'en 1007, et vous aurez un total de 7,785,000 livres du temps, plus de 28 millions d'aujourd'hui. Il faut y joindre, comme nous le disons dans le texte, le produit de l'impôt spécial établi sur tous les habitants des villes dans les pays de frontière.

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