L VII. CII. VIII. CONSTRUCTIONS NAVALES DE 1598 A
fait sur le niveau de l'Espagne, de l'Angleterre, de la Hollande.
On voit par d'Aubigné, que lors des combats d'Oléron livrés en 1586, trois ans avant la mort de Henri HI, la France possédait encore une marine militaire '. Mais elle la perdit pendant les douze années suivantes, au milieu des guerres civiles et étrangères qui se succédèrent. A la fin de cette période, le roi trouva notre force navale à peu près anéantie. Dès qu'il fut assuré que la guerre avec l'Espagne et avec la Ligue allait prendre fin, il fit un premier effort pour relever notre marine militaire, en annonçant quel but il prétendait atteindre. A la date du 3 janvier 1598, il écrit à son ambassadeur à Constantinople : « Je suis après à faire construire quelques galleres )) pour la seureté de ma coste, et pouvoir favoriser mieux )) mes amis tant en Italie qu'ailleurs... Dites leur (au » sultan et à ses ministres) que je fais construire des gal- » leres avec les quelles j'espère à l'advenir avoir meil- » leuré correspondance avec eux que je n'ay faict, et pa- » reillement remédier aux attentats des Anglois » -.Durant les six années qui suivent, ces premières constructions s'achèvent, et nos ports de la Méditerranée sont garnis d'un certain nombre de bâtiments de guerre, à Teatretien desquels le gouvernement afi"ecte des allocations financières spéciales. En effet, dans une lettre du 13 septembre 160i, Sully se plaignant au roi des empêchements mis par le Parlement de Toulouse au transport des grains à l'étranger et de la diminution menaçante des traites foraines et domaniales, annonce que si cette usurpation du Parlement n'est promptement réprimée, il se trouvera hors d'état de faire face aux dépenses qu'en-
* D'Aubigné, Histoire universelle, t. III, 1. I, ch. 3.
* Lettres missives, t. IV, p. 893, 905.
CONSTRUCTIONS, PROJETS, MESURES d'eXÉCUTION DE 1605 A 1610. 071
traîne l'entretien des galères*. En 1605, on voit les constructions navales continuer, et le nombre des galères dans les ports de la Méditerranée s'accroître ^. Deux ans plus tard , Sully s'occupa à faire rentrer dans les arsenaux de l'I'^tat tous les canons qui avaient été confiés autrefois aux capitaines de vaisseaux , et détournés de leur usage : son but était d'en former un équipage entier pour un armement de galères dans le besoin \ En 1608, le roi et Sully recoururent à une grande et décisive mesure pour augmenter d'une manière considérable le nombre des galères et des vaisseaux ronds, sur la Méditerranée et sur l'Océan, donner à la France une force navale en rapport avec ses forces de terre, assigner à sa marine un rang honorable parmi les marines de l'Europe. Le clergé fournissait déjà à l'Etat un subside de 1.300,000 livres par an : le roi, en 1608, lui demanda 300,000 livres de plus, pour l'établissement des galères à Marseille : les fonds en furent faits en rétablissant les oilices de receveurs des décimes. Ces fonds augmentaient de plus d'un tiers chaque année les sommes consacrées en même temps par l'Etat à ce service \ Aussi entre l'année 1608 et l'année 1610, d'une part l'effectif des navires lancés à la mer s'accrut d'une manière sensible, et l'on en mit une quantité plus considérable encore sur les chantiers; d'une
' Lettre de Sully au roi du 13 septembre 1604, dans les Œcon.roy., ch. 144, t. I, p. 598 A. « De sorte que je prévois que vos fortificatioDs » et vos galères demeureront sans payement. »
* Sully, CEcon. roy., ch. 130, t. II, p. 17 B, 18 A. «Laquelle des- » pense n'empeschoit pas que l'on continuast... à fabriquer et eulre- » tenir nombre de galères sur la mer du Levant. »
^ Lettre de Sully au roi en date dn 27 avril 1607, et du roi à Sully eu date du 30 octobre 1607, dans les CEcon. roy., ch. 166, 171, t. Il, p. 180 13, 199 B.
* Compte de l'épargne de 1609, Dépense, p. 121. «Marine du Levant, » à M. Aimé Ciron, trésorier, 420,500 livres. Marine du Ponant, à u M. Guillaume Arthier, trésorier, 38.673 livres. »
672 LIV. Vll.CII. Vlll. HESULTATS. ASSERTION DE RICHELIEU RÉFUTÉE.
autre, on commença des constructions navales dans les ports de l'Océan; d'une autre enfin, le roi et Sully conçurent l'espoir de voir réalisé dans un avenir rapproché ce que leur juste ambition avait projeté pour la marine du pays. Les deux faits sont établis par les documents que le ministre nous a conservés. Dans un mémoire relatif à la taille , il range parmi les principaux établissements du règne de Henri IV , Yarmement d'un bon nombj'e de c/olères. Dans un autre mémoire, placé sons les yeux du roi, où les desseins dont l'exécution est prochaine sont distingués par la circonstance que les devis en sont déjà dressés, l'on trouve les deux articles suivants : une flotte de vingt-quatre navires, dont douze galères et douze vaisseaux ronds, toujours armés et toujours prêts à se porter à la défense des côtes ou de la marine marchande; trois flottes à la fois sur mer, parties des ports du royaume de six en six mois, et devant se rendre dans les parages de l'Inde '. La mort chi roi rompit ces généreux desseins et arrêta le développement qu'il allait donner à notre puissance navale ; mais il reste à son gouvernement l'honneur d'avoir jeté les fondements d'une marine en France, et d'avoir laissé aux règnes suivants de grandes idées et de grands exemples. Le corps des faits qui viennent d'être exposés, ou détruit ou mo-
> Sully, CEcon. roy., eh. 186, t. II, p. 2G6 A. A la suite de la lettre ou mémoire au roi sur la taille : « Le roi Henry le Grand, quatrième » du nom, après avoir... garni ses magazins de toutes sortes d'armes, )) d'artilleries et munitions, arw^ bon 7i077ibrede galères. » — Chap.191, t. II, p. 292, 293. « Article sur les ouvertures faites et mémoires bail- » lez à M. le duc de Sully. — Plus, un devis bien particulier des pro- » positions qui ont esté faictes pour entretenir... rfouie vaisseaux ronds » et douze galères a/'we'ey,fournies et bien esquipées de soldats, mate- » lots, forçats, vivres et munitions de guerre, le tout toujours prest à » 5e;-yû-. — Plus,un état et discours bien particulier des quatre grands » desseins proposez. Le premier pour les trois flottes sur mer, en suite » l'une^de l'autre, de six en six mois pour les Indes. »
PHECAUTIONS CONTRE l'abus DELA FORCE PUBLIQUE : EDlTDEi6ûl. 673
difie essentiellement ce que dit le cardinal de Richelieu sur l'état de notre marine du temps de Henri IV ',
Le roi fui aussi attentif à régler et à contenir la force publique dans l'intérêt du maintien de l'ordre , qu'à l'augmenter pour la défense du territoire. Nos longues guerres civiles n'avaient que trop prouvé que les diverses parties de la force pul)lique disséminées sur l'étendue de la France pouvaient tomber en de telles mains , (ju'au lieu de servir à la protéger contre l'étranger, elles fussent employées à la ruiner et à la détruire. Henri s'efforça par diverses mesures de prévenir autant que pos-sible le retour de ces désastreux désordres.
Parl'éditdu mois de décembre 1601 sur le fait de l'artillerie, et sur les poudres et salpêtres, il ordonna qu'un inventaire général serait fait de toutes les pièces d'artillerie et autres armes que les gouverneurs ou les parlicu liers pouvaient détenir dans leurs villes ou châteaux : nul désormais ne pouvait en conserver qu'après en avoir obtenu une autorisation spéciale du roi : toutes les armes gardées sans autorisation étaient confisquées. Par deux autres dispositions de l'édit, défense était faite à tous d'introduire des armes en France, d'en vendre et transporter hors du royaume, sans une permission expresse du gouvernement : à l'avenir il n'était plus fabriqué de poudre que dans les arsenaux de l'Etat ". Le gouvernement tint la main à l'exécution de l'édit dans toutes ses parties, et l'on vient de voir qu'en 1607 il était encore occupé à réintégrer dans les arsenaux les pièces d'artillerie qui en avaient été détournées par les particuliers.
De 1601 à 1609, le roi et Sully furent occupés de
1 Richelieu, Succincte uarr., à la suite des Mémoires, t. III, p. 333 B, coll. Michaud.
- FoQtaaou, t. IV, p. 843. — Recueil des Ane. lois franc., t. XV, p. 263-266.