DÉPENDANCE DANS LAQUELLE SONT TENUS LES PBLN'CES
mairie privé des rois de Navarre au domaine de la couronne , et l'acquisition des domaines de la maison de I*en(hièvre eurent donc ces résultats. Désormais, aucun seigneur en France n'eut plus par lui-même les moyens de tenir tèt(; à la royauté. Ouand désormais les gouverneurs de province et les princes du sang s'insurgèrent, ils s'en prirent à des régentes dont le pouvoir était contesté, au lieu de s'en prendre à des rois, ce (|ui était fort différent : de plus ils empruntèrent à la couronne pour les retourner contre elle les pouvoirs, les soldats, les deniers dont ils firent usage ; et cette force d'emprunt, qui était un contre-sens en même temps (juuu monstrueux abus, n'était pas de nature à durer, et ne dura (pi'un moment.
Un vaste domaine privé réuni à la couronne, le dernier héritage princier assuré à la branche bâtarde de la famille royale, sont les deux mesures décisives par lesquelles Henri assura à la royauté une force et une puissance dont elle avait besoin dans l'intérêt du pays. Mais ces mesures ne furent pas les seules : il en est plusieurs autres qui, bien que secondaires, prêtèrent aux premières un utile appui. Les princes de la maison de Lorraine et les princes du sang avaient servi de chefs aux factieux des deux partis catholique et protestant , pendant toute la durée des guerres de religion, et sous ce règne depuis la naissance du tiers-parti. Henri les tint dans un état d'abaissement redatif, que commandait le maintien de la paix publique. Quand il leur accorda des gouvernements, il prit à leur égard des mesures si exactes qu'ils ne pouvaient ni disposer arbitrairement, ni abuser contre l'autorité du roi, des forces militaires et des finances de la province où ils comm-andaient. Il traversa et empêcha tous les mariages honorables et riches qui se présentèrent pour les princes de la maison de Lorraine, notamment pour le duc d'Aiguillon et pour le duc de Guise. L"n m 4
50 L. vil. cil. 1. PRÉCAUTIONS CONTRE LES GOUVERNEURS DE PROVINCES.
homme d'Etat contemporain dit à ce sujet : « Il falloit » que leur race iînist en eux, ou, s'ils se marioient, que » ce fust avec tant de désavanta{j;e, que se trouvant après » sans biens et fort déchus de réputation, ils ne peussent » pas soutenir leurs prétentions, ni résister à ce qu'il » voudroit '. » Il donna aux princes du sang, notamment au comte de Soissons et au prince de Coudé, ce qui était nécessaire pour soutenir leur rang , mais il leur refusa avec calcul ce dont ils pouvaient abuser pour troubler l'Etat, les apanages et la disposition de grands revenus. Il s'opposa constamment au mariage de sa sœur, la princesse Catherine, avec le comte de Soissons, et à l'ajjport qu'elle lui aurait fait de ses domaines -. Il n'accorda au comte le gouvernement de Normandie que très tard, et quand sa propre autorité fut bien affermie : il conféra le gouvernement de Guyenne au prince de Condé, mais le prince était à peine sorti de la première jeunesse. A coté des princes gouverneurs de ces pays, il plaça deux lieutenauls-géuéraux, dont il était parfaitement sur, Fervaques en Normandie, lioquelaure en Guienne, et les lieutenantsgénéraux avaient en main ce qui était nécessaire pour arrêter toute tentative insurrectionnelle de la part des princes ^ Ils n'eurent guère d'argent que celui qu'ils tiraient de leurs charges de gouverneurs, qui étaient révocables, et des pensions qu'il leur avait assignées sur son Epargne. Ainsi par tous les côtés il les tenait dans la dépendance et dans la soumission. Quant aux autres grands
' Fouteuay-Mareuil, l. V, 2« série de la collection Michaud, p. 25 13, & la fiu, 26 A. Ce uumérolage e»t maiuliîuaut chaugé, et les Mémdires de Fonteuay-Mareuil porteut li; u" 19.
* Sully, (Ecou. roy. , cli. 36, t. 1 , p. 101, — Energique billet de Ht^nri à M. de Raviguan, président du Conseil souverain de Pau, eu date du 23 mars 139-2, pour s'opposer au mariage de sa sœur avec le comte de Soissons, dans les Lettres miss., t. 111, p. 588.
^ Mémoires du maréchal d'Eslrées, dans la collection Micbaud, p. 381 B; 386 A. § 2, tome XX du nouveau numérotage.
PRKCAUTIONS CONTRE LES GOL'VEFtNEL'HS DE PROVINCES, SUITE. 51
seigneurs chargés du gouvernement des provinces, il tempéra ce que leurs pouvoirs avaient eu jusqu'alors d'excessif et de dangereux pour l'autorité royale et pour la tranquillité publique. A côté du gouverneur de la province, il mit un lieutenant de roi sur la fidélité duquel il pouvait compter. Il donna au gouverneur de la province des rivaux d'autorité, d'une part, dans les gouverneurs des grandes villes et dans les gouverneurs des citadelles, d'une autre, dans les Parlements. Il priva les gouverneurs de province des impôts arbitraires qu'ils avaient levés jusqu'alors sur les populations, et au moyen desxjuels ils s'étaient constitué, avec d'immenses revenus, des moyens d'indépendance et de révolte. On pourrait établir par des faits nombreux la condition nouvelle et la juste dépendance à l'égard de la couronne dans laquelle furent placés les gouverneurs. 11 suffira de rapporter les détails relatifs à l'un d'eux, au duc d'Epernon. En 1598, Henri et Rosny enlevèrent au duc, malgré ses réclamations et ses menaces, un revenu de 180,000 livres du temps, 658,000 francs d'aujourd'hui, qu'il se faisait au moyen de taxes arbitraires dont il frappait les populations de son gouvernement d'Angoumois et de Saintonge '. En 1603, le roi parvint à soustraire à sa puissance la ville et la citadelle de Metz, dont il avait le gouvernement, et auxquelles il avait donné pour sous-gouverneur le sieur de Sobolles. Metz couvrait dès lors toute la frontière de la France au nord-est. Le roi en connaissait l'importance et la signalait dans ses lettres à Sully -. Il sentait aussi que le seul moyen sur de s'en assurer
1 Sully, (E> ou. roy., c. 86, t. I, p. 298 A.
* Lettre du roi à Rosny, du 15 mars ItiOS. « Geste ville est des plus » belles et des mieux assises, et trois fois plus grande que celle d'Or- » léans : la citadelle ne vaut rien. Je voudrois que vous eussiez faict M icy uu tour, et que vous eussiez veu ceste fionlière pour juger de » l'importance qu'elle m'est. » (Lett. miss., t. VI, p. 48).
52 LIV. vil. cil. I. FOH.MK. [iF. .\I0N.\RCII1K ÉTABLIE PAR HENRI IV.
la propriété était d'en conserver la possession, « Metz )) estant ville de l'Kmpire, disait-il, si je venois à la » perdre, je n'aurois jamais droicl de la redemander '. » D'Épernon, qui avait traité avec les Espagnols pour leui' livrer Marseille et la Provence, pouvait parfaitement traiter avec l'empereur ou les princes de l'Empire pour leur livrer Metz. La tyrannie et les exactions du frère du sieur de Sobolles étaient très-propres à inspirer aux habitants la résolution désespérée de se séparer de la France, et de se réunir à l'Empire auquel ils avaient si longtemps appartenu. En 1603, Henri lit tout exprès un voyage à Metz, pour conjurer ces dangers et faire tout rentrer dans l'ordre. Il contraignit Sobolles à lui livrer sans condition la citadelle de Metz (16 mars 1603^, 11 établit pour lieutenant du roi dans le pays Montigny, et pour gouverneur particulier de la ville et de la citadelle de Metz d'Arquien, frère de Montigny , tous deux serviteurs d'une fidélité éprouvée, le duc d'Epernon conservant le gouvernement nominal. La politique de Henri, à l'égard de tous les gouverneurs de provinces et de villes, est révélée par la conduite qu'il tint à l'égard de ceux de Metz, et renfermée dans la remarquable observation de Sully : « Le roy fist » le voyage qui donna ordre à tout, s'asseurant de la » place en laissant au duc d'Epernon le simple titre, et » la puissance au sieur de Montigny -. »
Par les diverses mesures adoptées à l'égard des gouverneurs et des princes, par les réunions de domaines à la couronne, Henri compléta la puissance royale et organisa le véritable régime monarchique. On y trouvait, avec la royauté, un pouvoir central très-fort, très-
' Discours du roi n Sully, OEcoii. roy., c. H4, t. I, p. 423 A.
* Lettres iciss. de Henri iV, du 16 mars 1G03, t. Vi, p. 49. — Sully, QEcon. roy., c. 113, il 4. t. I, p. 420 A, 424 A. — Mém. de Riche lieu, 1. 1, p. 27, 28, t. XXI, collcct. Micl)aud, nou%'eau numérotage. — Thuanus, 1. CXXIX, t. XIV, p. 130, 131, do la Iraductiou.