‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 17 sur 199 · SOUTIENS QUE DEVAIENT AVOIR SES INSTITUTIONS · texte numérisé non relu

SOUTIENS QUE DEVAIENT AVOIR SES INSTITUTIONS

capable d'enchaîner les factions, de préserver la France des calamités des trois derniers règnes, d'assurer l'ordre public d'une manient inébranlable, de favoriser le développement des fortunes particulières et de la prospérité publique. A tous ces titres, le pouvoir était très-aimé, très-respecté, très-populaire. A coté de cette royauté forte on trouvait une lil^'rlé contenue , dont la royauté souffrait non-SL'iilementle voisinage, mais le concours et l'action puissante, pour entretenir la vie et la dignité au sein de la nation.

Nous ne pouvons quitter ce sujet sans résumer ce qui vient d'être exposé et sans jeter un regard sur l'avenir. (Jn a vu, au commencement de ce chapitre, que l'une des maximes favorites de Henri était la suivante : « La pre- » mière loi des dominations légitimes est l'obéissance vo- » lontaire des sujets à leurs rois; comme aussi l'absolue » déférence des rois aux statuts et lois des Etats, qu'ils ont >) juré d'observer en prenant possession de ces Etats eux- » mêmes. » Le chapitre entier a démontré que les actes avaient constamment répondu à ces principes. Tout le règne de Henri lY fut donc employé à établir un juste équilibre entre le pouvoir et les libertés publiques, à fonder une monarchie modérée. En 1 6 i 0, le peuple des campagnes et des villes, les trois ordres de la bourgeoisie, du clergé , de la noblesse en masse , avaient déjà donné à cette forme de gouvernement leur assentiment et le concours national : c'est ce que prouvent des faits nombreux et éclatants. Quelques hommes puissants protestaient seuls encore en secret. Les princes du sang, écartés du trône par la naissance de deux héritiers légitimes de Henri, et quelques grands seigneurs, après avoir vu périr leur projet de ressusciter la féodalité, conserv^aient l'ambitieux espoir de ruiner le nouvel ordre de choses établi par la sagesse du roi, et, en profitant d'accidents imprévus, en

5i I.IV. vu. CII. I. ce QUE DEVIENNENT APRES LUI SES INSTITUTIONS.

unissant alor-s leurs efforts, de dominer à la fois la royauté et la nation. Il s'agissait de mettre rinstitutioti à l'abri de leurs attaques. Dans les lois de la nature, quinze ou vingt ans de règne devaient s'ajouter aux vingt années durant lesquelles Henri avait régi la France. Si la Providence l'eût conservé ce laps de temps à ses peuples, on ne peut * douter qu'il ne fût parvenu à établir sa grande œuvre sur des bases solides. Fortifiée par le temps, passée désormais dans la pratique du gouvernement comme dans les idées et les usages de la nation, soutenue par tous les agents du pouvoir, depuis les ministres jusqu'aux collecteurs des tailles, elle se serait imposée au prince son successeur, en même temps qu'elle aurait bravé victorieusement les assauts des ambitieux.

Le coup fatal qui frappa le roi encore dans la force de l'âge, ôta à l'institutiou la protection (ju'il lui aurait donnée, et imposa à la nation le devoir de la défendre et de la maintenir. Les trois ordres en trouvèrent l'occasion favorable dans les troubles qui agitèrent la régence de Marie de Médicis et dans la convocation des Etats- Généraux de Ifili. Les intrigues et la prise d'armes des princes, qui avaient suivi immédiatement la mort inattendue du roi, montraient ce que son œuvre, dans la fragilité des choses humaines, conservait de précaire, tant que des garanties politiques n'en assureraient pas la durée. Il fallait lui donner pour appui la convocation périodique des Etats-(iénéraux, en évitant les excès et les empiétements des Notables réunis à Rouen, et imposer cette convocation à la couronne, en réservant aux assemblées nationales le vote annuel de l'impôt, à commencer par l'impôt de cette année. Si deux hommes de la valeur de ceux qui avaient paru aux Etats de Tours de 1483 à 1484, si deux députés de l'intelligence et du caractère de Jean Masselin et de Philippot Pot, seigneur de

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