PLUS GRANDE ABONDANCE DES EAUX . LA SAMAKITAINE CONSTRUITE
avait suhi forcément les variations de l'état financier de la ville, tantôt prospère, tantôt gêné , ou même momentanément ruiné. Henri entendit que ce qu'il avait eu jusqu'alors de précaire et d'irrégulier cessât. En 1609, il se chargea de la dépense de l'entretien du pavé , et ordonna que la dépense fût prise sur les fermes de son domaine \ Si ce service retomba dans la confusion après Henri IV et Sully, c'est que les gouvernements qui suivirent jusqu'à la belle période du règne de Louis XIV , se départirent de ces règles 2.
L'un des premiers besoins d'une grande cité est l'abondance des eaux pures, qui servant à la fois à une alimentation saine, et à la propreté des habitations, des rues, des places, importent scmverainement à la santé publique. Dirigé et soutenu par le roi, qui lui accorda spécialement pour cet effet la moitié d'un nouvel impôt de quinze sous sur chaque muid de vin, Miron doubla la quantité d'eau dont Paris avait disposé jusqu'alors. Il donna à la ville la première machine à faire monter l'eau qu'elle ait eue, en construisant la maison de Xsi Samaritaine , attenante au Pont-Neuf et placée dans sa partie septentrionale : l'eau élevée par cette pompe fut distribuée à la fois dans le Louvre, dans les Tuileries, et dans les quartiers voisins de ces édifices 3. Il bâtit, répara, ou fournit d'eau qui
' Delamarre, Traité de la police, 1. I, tit. XI, ch. 7 . t. I, p. 206. « Autrefois le prévost de Paris connaissoit seul da pavé de Paris. En » ce temps, les commissaires avoient le soin qu'il fust entretenu. » Depuis \Q<)^, que le roy a bien voulu que la dépense de Ventretien du » pavé fust prise sur les fermes de son domaine, ce sont les trésoriers » de France qui font des baux à ces entrepreneurs, et qui en ont la » jurisdiction. »
^ Les énoncés généraux, relatifs au règne de Louis XIV, qu'on trouve dans divers ouvrages, deviendraient très faux, si l'on n'y ajoutait pour commentaire que Louis XIV et Colbert se bornèrent à recommencer après une longue interruption ce qu'avaient déjà fait Henri IV et Sully.
3 « Le roi a dit de plus... qu'il avoit destiné les dix sous pour muid
696 i.iv. vn.CH. viii. multiplication des fontmnes.
leur avait manqué jusqu'alors, neuf fontaines, et il les plaça avec intelligence dans les quartiers et dans les lieux les plus populeux. Ces ouvrages exécutés pendant la prévôté de Miron de 1604 à 1606, furent continués dans les années qui suivirent, et avant la fin du règne, Paris posséda une multitude de fontaines '. Au mois de mai 1606, quel(jues retards avaient été apportés aux constructions • le roi qui voit à tout, qui s'occupe de tout, écrit à ce sujet à Sully : « Mon amy, ayant commandé au prévost des » marchands de ma bonne ville de Paris de me mander » quand les fontaines de devant le Palais et la croix du » Tirouër seroient parachevées, et si ce ne seroit pas à la » Saint-Jean prochaine, comme il m'avoit asseuré, il m'a » escrit que, à cause d'un arrest qui a esté donné en mon » Conseil... cela ne pourroit estre si tost. Et pour ce que » je désire que les dites fontaines se parachèvent au plus » tost, je vous fais ce mot et vous envoyé ce laquais ex-
» de vin, qu'on proposoit pour réparer les fontaines, à la construction » dudit pont (le Pout-Neuf), et ordonné qu'on cherebast un autre )> fonds pour les fontaines, et avoit envoyé ses lettres-patentes pour » cet effect. Sur quoy on a arresté qu'au lieurfe dix sous, il s'en mettra » quinze, moitié pour le pont et moitié pour les fontaines, et que l'im- » post cessera quand les ouvrages cesseront. » (Extrait des registres des ordonnances, tome IIF, p. 483 des Preuves de Félibien.) — « Du- » rantles deux annéesde la prévosté du lieutenant Mirou (1604-1606),.. » la maison de la Samaritaine commencée et parachevée. » (Mercure françois, année 1606, t. I, fol. 11 i verso.) Le Mprcure françois est la chronique du temps : il est impossible qu'il se trompe sur un pareil fait. C'cit donc par erreur que le Dictionnaire des monuments de Paris et plusieurs autres ouvrages placent l'érection de la Samaritaine sous le règne de Henri 111.
1 « Geste belle fontaine que vous avez levée devant le portail du » palais de Thémis (le Palais de Justice), toutes ces autres fontaines )) du Ponceau, des Halles, de la Royno, de Saimjt-Lazare, de la Croix- » du-Tiroir, dd Sainte-Catherine, des Filles-Pénitentes, des Filles- » Dieu, n Remerciement fait par les Parisiens à M. Miron; Paris, 1606. — « Il (le roi) a fait faire infinies belles fontaines. » (Legrain, Décade, ]. VIll, p. 423, 424.)
LES IIOPITAI'X. ÉTABLISSEMENT DE I.'llOPlTAL DE LA CHARITE. 697
» près ', ^) Par ses lettres-patentes du 19 décembre 1608, le roi ordonna la suppression des fontaines et concessions particulières d'eaux à Paris, et les rendit aux besoins et à l'usage publics-.
En même temps que Henri et son gouvernement prenaient ces nombreuses mesures de salubrité, ils multipliaient les maisons destinées à recevoir le pauvre et l'artisan dans leurs maladies : en prodiguant ces secours aux infortunes particulières^ ils donnaient en même temps de nouvelles et capitales garanties à la santé publique. En 1602, l'intervention de la reine, les lettres-patentes et les largesses du roi, les libéralités de quelques citoyens bienfaisants, fournirent aux frères Saint-Jenn-de-Dieii les moyens de s'établir à Paris. Ils fondèrent au faubourg Saint-Germain un nouvel hôpital , placé d'abord rue des Petits- Augustins, transféré en 1606 dans une belle maison avec un vaste jardin , situé rue des Saints-Pères. C'est l'hôpital de la Charité d'aujourd'hui. Le premier historien qui parle des frères de Saint-Jean ou frères de la Charité, et de leurs œuvres, s'exprime en ces termes : «Ils sont très savants es remèdes de toutes maladies... » ils sont hospitaliers non-seulement pour héberger les )) passants, mais aussi les malades, mesme de maladies ^) dangereuses, les panser eux-mesmes de leurs mains, » leur fournir des médicaments et les nourrir. Ilsvac- » quent aussi à leurs réconciliations (avec Dieu). Si les » malades meurent, ils leur font le dernier office de )) sépulture chrestienne, priant Dieu pour eux , par un )> catalogue exprès qu'ils gardent en leur église ^ » Paris eut donc ses frères comme ses sœurs de charité.
' Lettre du roi à Sully du 18 mai 1606, dans les CEcon. roy., ch. 161, t. II, p. 159 B, IGO; dans le recueil des Lettres missives, t. VI, p. 612.
^ Recueil des anciennes lois franc., t. XV, p. 346-348.
3 P. Cayet, Chrorf. sept., 1. VII, p. 288 B. — Sauvai, Antiquités de Paris, 1. V, t. 1, p. 560.