‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 165 sur 199 · ÉLOGES SUCCESSIFS DONNÉS A CETTE PLACE · texte numérisé non relu

ÉLOGES SUCCESSIFS DONNÉS A CETTE PLACE

aux habitants, nialsaineiiient entassés et emprisonnés dans leurs maisons, comme le disent ses lettres-patentes ', La place Royale a cinq mille cent quatre-vingt-quatre toises en superficie. L'architecture des pavillons et des arcades-est parfaitement appropriée à l'usage, et a un style et un caractère à elle. Au dehors, c'est une sorte de noblesse résultant du vaste développement des constructions, de leur régularité , de la continuité des arcades et des pilastres; c'est encore la propreté et la gaieté résultant de la nature des matières employées. Au dedans, les habitations sont spacieuses, aérées, saines, commodes. La solidité des maisons est à toute épreuve : bâties depuis deux cent cinquante ans, aucune d'elles n'a demandé encore ni grosse réparation, ni reconstruction. Au commencement du xvn'' siècle., et longtemps encore après, la place Royale, par sa grandeur et par son ordonnance, a été la phis belle place de la France et de l'Europe. Les contemporains réclamaient avec un juste orgueil cet honneur pour leur temps et pour le règne de Henri IV ; ils disaient : « Les bastiments du Parc royal n'ont aucun » lieu dans toute la chrestienté qui leur puisse être com- » paré. « Les hommes de la génération suivante confirmaient cet éloge, et terminaient l'appréciation raisonnée et la comparaison qu'ils en faisaient avec les autres monuments de ce genre par les paroles suivantes : « Tous » conviennent que c'est la plus grande et la plus régu- » Hère place du monde, et que ni les Grecs ni les Romains » n'en ont jamais eu de semblable. » La place Royale était une magnificence pour Paris, un honneur pour la

1 Lettres-patentes de Henri IV, du mois de juillet 1605. « Laquelle » grande place bastye des quatre cotez.... par mesme moyen puisse » servir de proumenoir aux habitants de noslre ville, lesquels sont fort » pressez en leurs maisons, à cause de la multitude du peuple qui y » afflue de tous cotez. »

710 L. VII. cil. VIII. CRÉATION D'UNE PARTIE DE QUARTIER NOUVEAU.

France; elle était, en outre, le palais du tiers-état, le Louvre de la bourgeoisie, élevé par un prince qui comprenait que cet ordre était l'une des grandes forces du pays. Au rez-de-chaussée, au fond des arcades, se trouvaient, pour le commerce, des boutiques spacieuses, placées dans les conditions à peu près pareilles à celles où se trouvent aujourd'hui celles du Palais-Royal et de la rue de Rivoli. Au dessus plusieurs étages destinés à recevoir la magistrature, la bonne bourgeoisie, la finance.

Tl faut remarquer avec soin que le roi avait construit par le fait, dans l'intérieur de la place Royale, quatre rues bordées de maisons d'un côté. Tl fit percer en même temps les cinq rues, garnies de maisons de deux côtés, qui conduisent à cette place et qui en donnent l'entrée ; toutes, hormis la première, furent dans le principe appelées royales du nom de leur fondateur. C'étaient, depuis la rue Culture-Sainte-Catherine jusqu'à la place, la continuation de la rue des Francs-Bourgeois; et depuis la place jusqu'à la rue des Tournelles, la première moitié de la rue du Pas-de-la-Mule : c'étaient encore la rue allant à celle des Égouts, la rue de la Chaussée des Minimes, la rue Royale, toutes alignées, et ces deux dernières larges de quarante pieds ' . Ces rues se trouvaient

• Pour les trois paragraphes relatifs à la place Royale, voir les Lettres-patentes de Henri IV du mois de juillet 1605, confirtpant les contrats faits avec divers pour les terrains de la place Royale (Archives, section judiciaire, Ordonnances de Henri IV, 3* volume, XX, fol. 284. — Mercure françois, année 1607, et année ICIO, t. I, feuillets 227 verso, 228, 485 recto. — Legrain, décade, liv. VIII, p. 422. — Sauvai, liv. I, t. I, p. 23; liv. VI, t. I, p. 625, 620. — Pour les cinq rues donnant entrée à la place Royale, voir : Delamarre, 1. I, tit. VI, ch. 7, t. I, p. 82. — Jaillot, quartier Saint-Antoine, t. III, p. 92. M. Lazare, p. 527. — Les Lettres de Henri IV montrent avec quelle ardeur il suivait les constniclions de la Place Royale, quelle attention il apportait à tous les détails, et notamment à la symétrie, pour les pavillons de cette place. Il écrit à Sully, le 27 avril 1007 « Je » vous recommande la Place Royale. J'ai apris par le controlleur

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