CONSTRUCTION DE LA PLACE DAUPHINE
à quelque distance de celles de l'Egout-Sainte -Catherine, du roi de Sicile, des rues Percée et du Figuier, et de vingt autres pareilles, tortueuses, fangeuses, et si étroites, si embarrassées, que les unes étaient même impraticables aux chevaux, et que dans les autres deux voitures ne pouvaient passer de front '. Toute la pensée de Henri IV se trouve dans ce contraste. Par la splendide addition de la place Royale et des rues attenantes , faite au quartier Saint-Antoine, le roi rendit pour longtemps ce quartier le plus beau et le plus recherché de Paris.
Il appliqua ces plans, étendit ces constructions à deux autres quartiers de la capitale. Au commencement du xvi^ siècle, deux îlots avaient été ajoutés à File où la Cité est assise, et en avaient formé la pointe occidentale, entre la sortie du Palais de Justice et le Pont-Neuf; c'était encore un emplacement vague du temps de Henri IV. Au mois de mai 16U7, il y fît commencer la Place Daiiphine et les constructions attenantes, sur une superficie de 3.120 toises et demie d'ensemble, ainsi que le portent ses lettres-patentes ^ Le premier président, Achille de Harlay, auquel la concession du terrain à titre de propriété
» Donon qu'il se trouvoit quelque difficulté avec les entrepreneurs » des manufactures, pour ce qu'ils vouloient abattre tout le logis : ce » n'est pas mou advis, et me semble que ce seroit assez qu'ils fissent » une forme de galerie devant, qui aurait la face de mesme le reste. » Nous dirions aujourd'hui façade. (Sully, CEcoo. roy. , ch. 168, p. 186, A).
1 Voir les lettres-patentes du 14 mai 1777, relatives à la rue de 1 Egout-Sainte Catherine, nommé maintenant rue du Val-Sainte- Catherine.
' Lettres-patentes de Henri IV du 28 mai 1607. « Toutes les dictes » places contenant ensemble 3,120 toises 1/2, pour en jouir » par le dict premier président, ses hoirs et ayant cause, aux charges )> et conditions exprimées au contracl d'adjudication du 10 mars 1607, » par MM. les commissaires du Roy. » — Par une lettre écrite à Sully en date du 13 mai 1608, Henri presse les travaux de construction à exécuter à la Place Daupliine : voir ses lettres dans les CEcon. roy., ch. 182, t. H, p. 241 B,
7 I 2 L VII .CH .VU! .RUES NOUVELLES PERCÉES ETBATIES DANS LE VOISINAGE .
avait été faite, moyennant une redevance annuelle et perpétuelle d'un sou pour chaque toise, et sous la condition de se conformer aux dessins fournis par le roi pour les constructions, se chargea de ce grand ouvrage. La place Dauphine prit la forme triangulaire du terrain même sur lequel elle était établie : ce triangle eut pour base la rue de Harlay, rue large de vingt-sept pieds, alignée, bordé»^ des deux côtés de maisons. La place eut 61 toises de longueur, avec deux ouvertures, l'une vers le Palais de Justice qui recevait une nouvelle entrée, l'autre vers le Pont- Neuf. Elle fut garnie de maisons des trois côtés : cette observation est loin d'être inutile , puisque plusieurs places, même des plus magnifiques, n'ont des édifices que d'un seul côté , et que du temps de Henri lY le nombre des maisons nouvelles, des habitations plus saines et plus commodes, avait la plus grande importance. A la place Dauphine comme à la place Royale , toutes les maisons furent bâties d'après une exacte symétrie, et avec les mêmes matières, c'est-à-dire en briques avec des cordons de pierre de taille : elles furent supportées et décorées par des arcades que de mesquines et inintelligentes appropriations ultérieures ont fait à moitié disparaître, mais qui sont encore fort reconnaissables dans la plupart de ces maisons. L'établissement de la place Dauphine devint le point de départ de vastes constructions nouvelles. A la rue de Harlay , s'ajoutèrent la rue Sainte-Anne projetée et tracée dès lors, exécutée quelques années plus tard ; la rue Saint-Louis ouverte et bâtie en partie sous ce règne, achevée sous le règne suivant. La rue Saint- Louis partant de la rue de Jérusalem, aboutissant à la rue de Barillerie, continuait le quai des Orfèvres, et établissait la communication entre le Pont-Saint-Michel et le Pont-Neuf '. La
• Jaillot, Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris; Paris, 1775, iQ-S", t. I, p. 73. « Rue Saint-Louis. Elle