RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR CL. CHASTILLON
place et à la rue Daiiphine, s'efiFaçail ici et faisait place au pays. Toutes les provinces, toutes les parties du territoire comparaissaient, étaient représentées clans cette sorte de Panthéon national : un grand monument, en frappant les imaginations et les yeux, en donnant un corps aux idées purement morales et politiques, était employée les répandre, à les propager parmi le peuple, dans ce qu'elles avaient de plus utile et de plus élevé.
Au point de vue économique et administratif, la légende et le plan gravé dellhastillon fournissent quelques précieux renseignements qui ne se trouvent pas dans l'analyse de Sauvai. L'un des motifs déterminants du roi, dans son projet de la porte et Place de France, fut le désir de fournir pour une longue suite d'années dans les immenses constructions qu'entraînaient, et la place ellemême, et les vingt-quatre rues qu'elle ouvrait, des moyens de travail et d'existence aux nombreuses classes d'ouvriers qu'occupe le bâtiment '. Son second motif et son second but fut la santé et le bien-être d'une partie de la population de Paris. Comme à la place Dauphine, comme à la place RoyalC; les maisons élevées à la Place de France et dans les rues adjacentes offrirent des logements vastes, sains, commodes : comme à la place Royale, des jardins publics s'ouvrirent aux habitants ; ils furent dessinés et plantés derrière la seconde ligne demi-circulaire des maisons -.
' Légende de Chastillon, colonne 1 : « Ce grand monarque Henri IV » s'affectionna exlresmement à l'arcliilecture, la faisant revivre et » prendre plus de lustre qu'elle n'avoit faict es siècles passés, poussé » d'un juste désir de faire bien à tous, et de faire travailler et gai- » gner le menu peuple. »
* Légende, colonnes 1, 2 : « 11 prémédita en sa fantaisie de faire travail- » 1er en plusieurs endroits de sou royaume à des ouvrages dignes de luy, » et tellement utiles à son peuple qu'il lui en donne journellemenl une n grande louange... 11 fit de sou vivant commencer une partie du des- » sin des rues allans du centre de la porte dans les vingt-cinq arpens n du Temple. » Voir de plus dans l'Atlas la planche de C. Chastillon. iJi 46
722 L VII. CH. VIII. LES HUIT GRANDES RUES PAraANT DE LA PLACE
Mais ce n'étaient là que les moindres effets que devait avoir, les moindres conséquences que devait entraîner l'établissement de la Place de France et de ses dépendances. Sans doute dans ses plans de salutaires innovations pour Paris, le roi ne perdait pas de vue qu'il ne devait compromettre ni les finances de l'J'^tat ni celles de la ville : il ne voulait pas que d'un bien naquît un mal, et il remettait à l'avenir une partie des changements à opérer. Aussi les huit larges et belles rues partant de la Place de France, les unes plus longues, les autres moins, s'arrêtaient toutes au point où l'on trouvait des constructions déjà existantes, des rues déjà percées et bâties, qu'on respectait temporairement dans leur forme actuelle, et dont on se servait comme de tronçons, pour ajouter aux rues artères qu'on ouvrait , et pour en continuer la voie publique'. Mais cette réserve, dictée par la prudence, n'ôtait rien à ce que les constructions et percements^ dépendantsdel'établissementdelaPlacedeFrance, avaient d'admirablement efficace. Les huit rues ouvertes au premier demi-cercle de cette place, et se déployant en éventail devant elle, partaient toutes des remparts de la ville, de l'extrémité de la ville au nord, de la place du Calvaire. L'une de ces voies à droite, gagnait les parties anciennes de Paris, l'extrémité de la rue Saint-Denis, le Pont-au- Change, le Palais : là trouvant les deux quais, le Pont- Neuf, la rue Dauphine nouvellement bâtis, elle atteignait la porte de Bussy et l'extrémité méridionale de la capitale en l'un de ses points. Une autre voie, au centre de la Place de France, se dirigeait vers les Blancs-Manteaux, traver-
1 Légende, colonne 3. « Ces rues ainsi dressées et qui liroient en » long en divers lieux de ceste ville de Paris, qu'on peut appeler un » petit monde, se confinoieut en ligne directe es endroits de rencontre » des rues habitées, les unes plus longues, les autres moins, selon la ') rencontre qui en fut recherchée exactement avant la trace (le tracé) » de ce dessin. »