‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 170 sur 199 · DE FRANCE DOIVENT TBANSFORMER PARIS. CE QUE DEVINT CE PLAN · texte numérisé non relu

DE FRANCE DOIVENT TBANSFORMER PARIS. CE QUE DEVINT CE PLAN

sait le quartier de la Grève, longeait l'Hôtel-de-Ville et débouchait à la Seine. L'ne troisième voie, à gauche, suivait larue Saint-Louis, atteignaitlaplaceRoyale,larue Royale qui s'achevaient en ce moment : là, prenant pourprolongement trois anciennes rues, elle franchissait la rivière au moyen des travaux déjà commandés à l'ile Saint-Louis, dépassait la Tournelle, sillonnait le quartier de la place Maubert et ne s'arrêtait qu'à la porte lîordel ou Saint-Marcel, autre extrémité méridionale de Paris. Il en était de même des cinq autres voies partant de la Place de France * . Toutes ensemble, soit par elles-mêmes , soit par les anciennes rues auxquelles elles se reliaient, traversaient Paris d'un bout à l'autre, atteignaient et perçaient ses vieux quartiers, devaient dans un temps donné, les changer forcément par le voisinage et le contact , les assimiler à ellesmêmes : elles avaient donc pour destination de transformer la capitale.

Ce projet, dans .son vaste et majestueux ensemble, périt avec Henri IV. Quand Richelieu, devenu maître des affaires, y mit la main en 1626, il n'en prit que les petites parties. La Place de France fut abandonnée, et des vingt-quatre rues dont Henri IV l'avait percée, ou qu'il avait tracées aux environs, le ministre n'en fit ouvrir que onze, les rues de Poitou, Bretagne, Beauce, Saintonge, la Marche, Touraine, le Perche, Berri, Orléans, Beaujolais, Anjou.

L'établissement de nouveaux quais et de nouveaux ponts entre pour une large part dans les travaux d'utilité publique et dans les embellissements que Henri IV pro-

* Voir pour le développemeut et la direction des voies nouvelles, le plan de la Place de France, dessiné par Chastillon, quelque temps après la mort de Henri IV, gravé soit pour la première, soit pour la seconde fois par Poinsart en 1640 et édité en 1641. On trouve le plan dans l'Atlas composé pour les nouvelles éditions de celte histoire.

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digua à la ville de Paris. On ne peut mesurer l'étendue de ce bienfait que quand on a vu dans Sauvai le tableau des maux causés par les débordements de la Seine, dans la seule et courte période de 1564 à 1595 : les citoyens exposés à périr au moment de linvasion des eaux, et atteints dans leur santé après leur retraite ; une prodigieuse quantité de denrées et de marchandises perdue ; les communications interrompues pour le commerce'. En 1604, le roi préserva des inondations les quartiers Saint-Antoine et de l'Hôtel-de-Ville , en ordonnant à Sully délever un long quai depuis l'Arsenal jusqu'à la place de Grève'. En 1599 et en 1603, même avant la construction de la place Dauphine, il fit reprendre les travaux commencés en 1580, mais abandonnés, au quai de l'Horloge ou des Lunettes, et au quai des Orfèvres. Tous deux étaient très avancés en 1608. comme nous l'apprend la correspondance de Malherbe : le premier fut achevé l'année qui suivit sa mort , le second plus tard ^ L'établissement du Pont-^'euf entraîna dans les parties aboutissantes plusieurs changements heureux. A l'extrémité septentrionale de ce pont, on reconstruisit en grande partie les quais de l'Ecole et de la Mégisserie; on élargit et on régularisa la place des Trois-Maries. A l'extrémité méridionale, on reconstruisit le quai des Augustins et le quai de Nesle, nommé plus

' Sauva], 1. IIl,t. I,p. 203, 204.

2 P. Cayet, Chron. septen., 1. VIT, p. 282 B « En ce mesme temps )) (au commencement de l'année 1604) il commanda à M. de Rosny de » faire faire le quay nouveau qui se faict encore à présent depuis » l'Arsenal jusqu'à la place de Grève. » L'auteur écrit quelque temps après 1604.

3 Sauvai, 1. III, t. I, p. 243, 245. — Lettre de Malherbe à Peiresc du 3 octobre 1608, p. 61. « Le plus grand changement est en l'île du I Palais, où l'on a fait un quai qui va du Pont-Neuf au pont aux » Meuniers, comme l'autre va du Pont-Neuf au bout du pont Saint- » Michel. »

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tard quai Conti '. C'est encore à Henri IV qu'on doit reporter, pour le projet et pour l'impulsion donnée , les quatre quais qui bordèrent l'île Saint-Louis, les quais d'Anjou, de Bourbon, de Béthune, d'Orléans, comme toutes les autres bâtisses exécutées dans cette île.

On peut dire avec les contemporains que tout l'bonneur de la construction du Pont-Neuf lui revient, et l'on appréciera l'importance de l'érection de ce monument ((uand on songera que Paris n'avait encore que le Petit-Pont et le pont INotre-Dame qui fussent bâtis en pierre, et sur lesquels pussent passer les voitures, sans les él)ranler; quand on se rappellera que ces ponts avaient été dix fois emportés par les inondations avec les maisons qui les surmontaient; que tout récemment, en 1596, la cbute du Pont-aux-Meuniers, établi un peu au-dessous du Pontau-Change, avait coûté la vie à cent-soixante habitants et ruiné les autres - ; quand on remarquera d'un autre côté que le nouveau pont établissait la communication entre le faubourg Saint-Germain et le quartier du Louvre, entre l'Université, la Cité et la Ville. En 1578, Henri IH avait fait commencer le Pont-Neuf, non par Jacques du Cerceau le père ou l'ancien, comme on l'a répété si souvent, en se trompant, mais par jean-Ba])tiste du Cerceau le jeune, fils de Jacques, ainsi que nous l'établirons bientôt. Toutes les piles avaient été élevéesjusqu'à fleur d'eau et deux arches construites. Mais le travail avait été discontinué pendant les troubles de la Ligue, et presque toutes les piles étaient éboulées ^ Henri IV ordonna en

» Dulaure, Hist. de Paris, t. V, p. 173, 174 ; Paris, Ledentu, 1834.

- Lestoile, reg. -journal de Henri IV, Suppl., an 22 décembre 1596, p. 279 B. « Le dimanche 22 décembre, à six heures un quart du soir, » le pont aux Musniers de Paris tomba, qui entraîna avec soi une » grande ruine de maisons, biens et liommes! Huit vingts personnes >) // périrent, »

3 P. Gayet, Ghron. septen., liv. VII, p. 282 B. Relativement au

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1601 (|u'on se remît à l'œuvre. Les meilleures idées et les meilleures intentions ne sont rien sans les moyens d'exécution, ainsi que le prouvait l'exemple de Henri III. Le roi trouva des obstacles comme son prédécesseur en avait rencontrés ; mais il les vainquit par la force de sa volonté, la fécondité et la sûreté de ses vues en matière financière. Le prévôt des marchands et les échevins de Paris lui remontraient que les ressources qu'il leur avait précédemment fournies pour les embellissements de leur ville étaient épuisées parles dépenses auxquellesles entraînaient la restauration des anciennes fontaines et la construction de nouvelles. Henri leva ces difficultés en accordant à Paris un octroi de quinze sous au lieu de dix sur chaque muid de vin, et en ordonnant que le produit de cet impôt indirect, levé d'une manière à peu près insensible sur les masses, serait partagé par moitié entre la construction des fontaines, et celle du Pont-Neuf qu'il prescrivit de commencer sur-le-champ. Les lettres-patentes relatives à ce subside sont du 21 novembre 1601 et du 12 février 1602 '. Les travaux du pont furent conduits par l'architecte Guillaume Marchand, qui put le livrer à la circulation dès le commencement de l'année 1604^. Le Pont-Neuf, à peine ouvert, devint la voie

nombre de ponts donnant passage aux voitures, Cayet dit : « La ville » de Paris n'avoit encore que le seul pont Nostre-Dame par où pou- » voient passer les carrosses et charrettes. » Cayet comprend dans le pont Notre-Dame le Petit-Pont qui, sur l'autre bras de la Seine, faisait la continuation du pont Notre-Dame. Le pont au Change était alors construit en bois, et fut incendié en 1621.

1 Voir ces lettres-patentes imprimées dans les Preuves justificatives de l'histoire de Paris, par D. Félibieu, t. III, p. 483, 484.

2 P. Cayet, Chron. septen., liv. VII, p. 282 B. Sauvai, liv. III, t. I, p, 233. Il ne faut pas confoudre Guillaume Marchand, architecte et constructeur du Pont-Neuf, avec Charles Marchand, capitaine des arbalétriers et archers de la ville, qui, avec l'aide du roi, rebâtit en bois le Pont-aux-Meuniers ou le Pont-Marchand, de 1598 à 1608. Ce pont.

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