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LE ROI SANS CESSE ET PARÏOLT OCCUPE DU GOUVERNEMENT

La Roche, avaient siégé dans les Etats-généraux de 1 6 1 4 , ce grand changement, et ce changement pacifique dans nos institutions, se serait, selon foute apparence , opéré. Les Etats de 1 6 1 4. en proposant des réformes utiles, manquèrent tout-à-fait de l'esprit politique, restèrent au-dessous des circoiislaiices et des besoins de la Erarice, laissèrent déplorable ment échapper l'occasion. Dès lors, et pendant le cours des deux règnes qui suivirent celui de Henri IV. tout le travail des rois et de leurs ministres fut de ruiner à la fois les libertés publiques et le système de la monarchie tempérée, pour y substituer la monarchie absolue. On eut la monarchie absolue, mais avec ses erreurs, ses excès, ses désastres, ses hontes; avec la révolution de 1789, le renversement de la dynastie et le supplice d'un roi, le sanglant et ignoble despotisme de la Terreur.

§ IV. Excellence pratique du gouvernement de Henri IV.

Nous venons de voir ce qui constituait la force morale et la force matérielle de la monarchie de Henri IV : nous allons examiner rapidement ce qui faisait l'excellence pratique de ce gouvernement.

Le roi s'occupait du gouvernement, non pas seulement avec ses ministres et avec son Conseil, mais partout, tous les jours, à toute heure. « Quand il alloit par pays, dit » Matthieu, il s'arrestoit pour parler au peuple, s'infor- » moit des passans d'où ils venoient, oii ils alloient, quelle » denrée ils portoient. quel estoit le prix de chaque chose, » et autres particularitez. « C'était le grand moyen de connaître les nécessités du peuple, de s'instruire des désordres, auxquels il remédiait sur-le-chamy> et avec le plus grand soin '. C'était aussi le moyen de faire faire de

1 p. Mallliieu, Hiit. de Henri IV, l. IV, p. 832. — Péréfixe, p. 273, édit. iu-S" de 1823.

56 Liv. VII (II. I. CHOIX km-ellent des ministres.

continuels progrès à l'économie politique. Même dans ses expéditions, même dans ses voyages ayant pour but de prévenir ou de réprimer des séditions, il se faisait accompagner de plusieurs de ses secrétaires d'Etat, les ministres d'alors, et examinait avec pux, mais par lui-même, toutes les affaires importantes. La correspondance de ses secrétaires d'Etat et le témoignage des historiens contemporains établit ce fait juscju'à l'évidence. Pour ne citer ici que deux ou trois détails , nous rappellerons que Henri recevait les requêtes des calvinistes, au sujet de leurs intérêts, dans la ville de Lyon , au sortir de la conquête de la Bourgogne, du combat de Fontaine-Française, et qu'il rendait à Nantes l'édit qui régla leur sort, à la fin de son expédition contre le duc de Mercœur ; que durant son voyage à Metz, en 1603, il était accompagné de Villeroy et de quelques autres de ses secrétaires d'Etat, etqnetouten poursuivant le changement de gouverneur de cette ville et de la citadelle, il continuait d'importantes négociations avec la Hollande et les [)rinces d'Allemagne '. Pendant la paix, le roi tenait et présidait chaque jour le Conseil, et faisait débattre en sa présence toutes les (questions où l'intérêt de l'Etat était engagé, appliquant à toutes son expérience, ses lumières naturelles, les lumières quil avait tirées des autres, dans seç rapports et ses perpétuels entretiens avec toutes les classes de citovens. Après la discussion, il prenait une résolution invariable et la faisait exécuter sans retard. Ses secrétaires d'Etat lui rend;iieut également compte chaque jour desati'aires de leur département -. L'œil du maître était donc partout et toujours, entretenant chez ceux (ju'il employait le travail, le zèle.

» Tlmauus, 1. CXIIl ,A C\X. traduction, t. XII, p. iil. HS, et t. XIII, p. 208, de la traduction. — Lettre de Villeroy àRosny, du 4 raar= 1603, daus les CEcon. roy., c. 112, t. \, p. 414 H, ila A.

* Fontenay-Marr'uil, t. V, 2« série, p. 18 .\, 19 A, collection Miiliaud.

CHOIX ItKMAHQUAI'.I.K DE TOUS LES FONCTIONNAIRES l'UBI.ICS. 5/

la probité; donnant au service une exactitade et une [)romptitude qui font souvent plus de la moitié du succès des entreprises.

Le choix de ses conseillers et de ses secrétaires d'Etat fui adiuirablc. 11 ne consulta ni la ([ualilé ni la faveur : il ne se décida qu»i par la capacité, (pie par les talents (jui j»ouvaient être utiles à la chose publique, employant indifféremment Bellièvre, Sillery, Rosny, qui avaient toujours suivi son parti; Villeroy et Jearmin, ([ui avaient servi la Ligue. Il se détermina à employer ces deux derniers sur cette considération qu'ils étaient consommés dans la connaissance des affaires, fertiles en ressources et en expédients, et que dans les conseils de la Ligue ils s'étaient montrés bons Français, s'opposant constamment au démembrement de la couronne et aux prétentions des Espagnols '. Line preuve que ces deux hommes, malgré leur grande habileté, étaient très-inférieurs au roi dans le maniement des grandes affaires, c'est que la Ligue qu'ils soutenaient fut vaincue par lui, et qu'après sa mort, le ministère dont ils tirent partie ne se signala que par une timide et insuttisante adresse, et ne vint à bout d'aucune des difîicultés du temps. La main puissante qui les faisait valoir s'était retirée, et il ne restait plus dès lors que des hommes d'Etat incomplets. Il y a lieu de s'étonner que cette remarque n'ait jamais été faite, et cpie l'on n'en ait pas tiré la conséquence légitime que Henri était le plus grand politique de son (iOnseil.

Préoccupé de l'idée que la force et la grandeur d'un Etat dépendent de la perfection de chacun des services publics, il ne tint compte pareillement (pin du mérite éprouvé, dans tous les choix où l'intérêt général se trouvait engagé. Quand il s'agissait de quel(|ue charge ou ofïic(^ de sa m^.iison, il prenait ceux qu'il aimait le plus et

1 Fonteiiay-Mareuil, t. V, j>. 18 B. • ..

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qui lui agréaient davantage; dès qu'il était question des grandes affaires intérieures ou de la guerre, il ne songeait qu'aux plus capables. La présence et les instances des demandeurs, la haute position de leurs patrons ne serv'aient de rien. Il écartait ces sollicitations et ces brigues pour aller chercher le mérite, et pour lui remettre le pouvoir et les dignités. Il éleva très-souvent aux charges les plus importantes des hommes absents ou qui ne demandaient rien. Entre cent autres on citait de Vie, qu'il fit gouverneur de Calais ; Lesdiguières, maréchal de France ; d'Ossat et Larochefoucauld , cardinaux '. Une pareille monarchie valait . sous ce rapport . les meilleures républiques.

Après avoir choisi les sujets avec justice et discernement, pour hs [)lus grands comme pour les plus humbles emplois, Henri les y maintenait inébranlablement tant qu'ils n'avaient pas démérité. Voici à cet égard le témoignage d'un contem})orain : « Ajoutez à tout ceci une » chose qui devroit être absolument pratiquée par tous » les rois et potentats : c'est que nonobstant toute la grande » faveur, crédit et emploi de Sully près du roi. cependant » n'estoit-il pas en sa puissance, ni de nul autre, de faire » prendre à ce prince ni oster aucun serviteur à sa fan- )) taisie. Le roy vouloit estre informé de tout au vrai , en » sorte que nul mauvais oitice . par haine ou par malice, » ne pouvoit nuire à aucun -. « On le voit , Henri était pénétré de l'idée que l'on ne doit attendre ni attachement {)Ourlegouvernement, ni dévouement pourleurs fonctions, ni même ordinairement probité, des hommes cpii ne peuvent considérer leur charge que comme un passage, et leur pouvoir que comme un accident qu'il faut se hâter d'exploiter.

» Fonteuay-Mareuil, p. 22 B.

* Sully, CEcou. roy., c. 137, o^ section, t. il, p. 100 A.

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