‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 177 sur 199 · CONFÉRENCE ENTRE DU PLESSIS ET DUPERRON · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE ENTRE DU PLESSIS ET DUPERRON

seulement à Tétat de l'un d'eux. Les catholiques conservèrent , pour la défense de leurs dogmes et de leur discipline, les avantages que leur avait assurés la conférence de Fontainebleau, avec sa grande pul)licité et son éclat. De son côté, la majorité des Calvinistes resta ferme dans sa croyance sur cette considération : Que le livre qu'on attaquait étant l'ouvrage d'un simple particulier, et que, la doctrine quil contenait n'ayant pas même été condamnée , puisque dans cette assemblée on ne s'était pas mis en devoir de l'examiner, cette dispute ne pouvait fonder aucun préjugé contre une confession de foi reçue par toutes les églises protestantes du royaume. La conduite du roi dans toute cette afifaire obtint un plein succès : il atteignit tout ce qu'il avait poursuivi. Au dehors, son entente devint plus intime, son union plus étroite avec la cour de Rome et avec les autres puissances catholiques d'Italie, ennemies de l'Espagne. En France, il s'assura auprès du parti catholique le plus avancé, un degré de confiance et de faveur qu'il n'avait pu jusqu'alors obtenir. Peu après, au mois de juin de cette année, pendant les préparatifs de la guerre de Savoie, le maréchal de Biron écrivait : « Vous ne sçauriez croire la bienveillance que le » roi acquiert pour ce qui s'est passé entre l'évèque d'E- » vreux et le Plessis-Mornay *. » Au point de vue religieux, il sauva le catholicisme de deux dangers^ des défections chez quelques-uns, et chez le grand nombre, du doute et de l'indifférence en matière de religion, cette grande plaie des sociétés.

Nous venons de voir le roi raffermir les croyances du

1 Recueil de» lettres missives, billet du 5 mai au duc d'Épernon, t. V, p. 230. « Mou amy, le diocèse d'Evreux a gagné celuy de Sau- » mur, etc. » — Mémoires de d'Aubigné, édit. de M. Lalaune, p. 100, 101. — Tbuanus, 1. CXXUI, § 13, t. V, p. 844, avec l'addilion portée dans les manuscrils de de Thou. — Lettre de Biron du 28 juin 1600 rapportée dans les Œcon. roy., eh. 97, t. I, p. 343 B.

742 L vil CH.VIII. LE CATHOLICISME RÉTABLI DANS TROIS CENTS VILLES.

catholicisme. Nous allons le voir maintenant lui rendre sa puissance, en relevant ses autels partout où ils avaient été abattus; en délivrant le clergé des oppressions et vexations sous lesquelles il gémissait ; en le réintégrant dans ses biens et dans ses privilèges légitimes ; en remplissant tous les sièges vacants dans le haut et le bas clergé, et en pourvoyant à un bon enseignement religieux; enfin et pardessus tout, en rendant à l'Eglise sa pureté et sa dignité, soit en donnant aux prélatures et aux abbayes un personnel chaque jour plus épuré, soit en contribuant au rétablissement de la discipline ecclésiastique par les fréquentes et puissantes exhortations qu'il adressait au haut clergé, à l'effet de l'amener à opérer par lui-même et sur lui-même les réformes nécessaires. A la suite de ses assemblées tenues à Paris, le clergé envoya au roi trois députations chargées de ses remontrances, au mois de janvier 1596, dans le cours de l'année 1598, au mois de décembre 1605. Ses doléances et ses aveux montrent dans quelle profonde décadence 1" Eglise de France était tombée '. Henri l'en releva, et répara tout. En dehors des pays et des cités oiî le protestantisme s'était établi, et dont il avait pris définitivement possession par ledit de Nantes, le catholicisme avait péri dans une multitude de localités par la fureur des guerres civiles. Aux termes des lettres-patentes et de l'édit vérifiés au grand Conseil, le 20 mai 1596, Henri ordonna « que la religion catholique, apostolique et romaine, et le libre exercice d'icelle, seroient remis en tous lieux et endroits du royaume , » et il tint la main à ce que l'effet suivit les prescriptions. De 1596 à 1610, sans jamais recourir à la force, il rétablit la messe et l'exercice du culte catholique

'P. Gayet, Chron. nov., 1. VIll, p. 722-724; Chron. sept., 1. I, t. Il, p. 36, 37. — Thuanus, 1. CXX, § M, t. V, p. 732, 733; 1. CXXXIV, § 14, t. VI, p. 326.

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