‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 178 sur 199 · LK CLEROR REMIS EN POSSESSION DE SES MAISONS ET DE SES RIENS · texte numérisé non relu

LK CLEROR REMIS EN POSSESSION DE SES MAISONS ET DE SES RIENS

dans plus de trois cents villes, dont ils avaient été bannis l'espace de quarante ans. En même temps, il délivra les églises des profanations, les archevêchés, évêchés, presbytères, des envahissements qu'ils avaient sans cesse subis, et qui avaient eu pour conséquences de troubler et de suspendre sans cesse l'administration des diocèses, la célébration des ollices, la prédication, l'administration des sacrements. Défenses, sous les peines les plus graves, furent faites aux gens de guerre de loger désormais leurs troupes dans les églises et dans les maisons des ecclésiastiques, tant à la ville qu'à la campagne, d'y établir des corps de garde, de les transformer en écuries pour leurs chevaux, de spolier les membres du clergé, de vivre à leurs dépens '.

Dans un temps où l'Eglise, au lieu de recevoir des traitements de la société civile, lui payait un fort impôt, il était à la fois de l'intérêt de l'Etat et de l'intérêt de la religion, que ses propriétés fussent respectées. En elfet, d'une part, le clergé fournissait chaque année une subvention de treize cent mille livres, pour le paiement et l'acquit des plus anciennes rentes constituées sur l'Hôtelde-Ville de Paris ; d'un autre côté, la pauvreté ou la gêne ne pouvaient atteindre le haut et le bas clergé, sans que le service religieux, dont il supportait tous les frais, en souffrît. Or, en 1596, d'après la déclaration de l'évêque du -Alans, orateur de son ordre, les ressources du clergé, depuis trente ans, étaient diminuées de plus des trois quarts. Henri lui en rendit une portion considérable par les dispositions des mêmes lettres-patentes et du même édit de mai 1596. Il ordonna que les biens appartenant aux ecclésiastiques leur seraient restitués sans délai, par

' Lettres-patentes, et édit en 13 articles du 20 mai 1596 dans P. Cayet, Chron. nov., 1. VIII, 1. 1, p. 725. — Mercure françois, année 1610, t. I, fol. 484 recto.

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tous ceux qui s'en étaient emparés à main armée durant les derniers troubles. Il défendit aux trésoriers généraux, aux maires et consuls des villes, de taxer et imposer désormais les ecclésiastiques dans les emprunts qui seraient contractés ; de les faire contribuer aux munitions, fortifications, subsides et aides des villes '.

Telle est l'im})ortance de la bonne et régulière admitration des diocèses, qu'elle ce peut périr sans menacer dans leur existence le culte et la religion même. L'évêque du Mans signalait ce danger au roi, et lui exposait le triste état de l'Eglise en 1596. De quatorze arcbevêchés, six ou sept étaient entièrement sans pasteurs, et dans le nombre, on en remarquait tel qui n'en avait pas eu depuis quarante ou cinquante ans. D'environ cent évêcbés, on estimait que trente ou quarante étaient dépourvus de titulaires. Des gouvernements aux abois, des courtisans avides avaient perpétué la vacance des sièges, pour s'appliquer les revenus qui étaient considérables. L'évêque du Mans demandait à Henri de remédier à ces abus, et de pourvoir tous les diocèses de chefs spirituels, en rendant à l'Eglise les nominations suivant les anciens usages, et en faisant publier en France le concile de Trente. Il le pressait en outre de détruire les économats spirituels établis pendant la querelle entre la France et la papauté, qui perpétuaient la scission avec la cour de Rome, et qui sous le rapport de l'administration avaient laissé à désirer. Parles lettres-patentes du mois de mai, Henri supprima les économats spirituels, et pendant la vacance des sièges, rétablit les chapitres des églises cathédrales dans l'administration du spirituel à laquelle ils avaient droit. A partir de 1596, il pourvut successivement tous les diocèses d'archevêques et d'évêques, institués conformément

* Discours de l'évêque du Mans, dispositions des Lettres-patentes et de ledit du mois de mai 1396, dans P. Gayet, ibid., p. 7-23, 726.

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au concordat, le roi ayant la nomination, le pape Tapprobation et la confirmation '. Mais en remplissant les sièges, le roi écartait deux des demandes du clergé : la nomination des prélats par les Eglises , laquelle elle aussi avait présenté les plus graves inconvénients : la publication dans le rovaume du concile de Trente ., à laquelle le Parlement et le Conseil d'Etat s'opposaient.

L'un des grands maux et l'une des grandes faiblesses de l'ordre religieux pendant le xvi^ siècle avait été le défaut de savoir, de régularité de mœurs, de sévérité de conduite , de ponctualité dans l'accomplissement des devoirs, chez la plus grande partie des hauts dignitaires ecclésiastiques : ils avaient mal édifié les fidèles et mal administré les diocèses. La faute en était par moitié au gouvernement des derniers Valois, par moitié au clergé lui-même. D'un côté, les rois avaient pris les archevêques et les évêques parmi des sujets peu faits pour ces fonctions, et dans quelques cas, parmi des enfants^. Aucun de ces choix vicieux n'était imputable à Henri IV : c'est ce dont il protestait publiquement sans crainte d'être contredit : « Je ne suis point auteur des nominations, les » maux estoient introduits avant que j'y feusse venu 3, » Mais le mal n'en existait pas moins. D'un autre côté, l'évêque du Mans supputait que les prélats qui avaient acquis leurs sièges par les simonies et par les confidences *, et ceux qui négligeaient de s'acquitter de leurs

1 Discours de l'évêque du Mans et Lettres-patentes du 20 mai 1596, dans P, Cayet, ibid., p. 722 B, 723 A, 725 B. Plus ci-après, la réponse du roi aux députés du clergé en 1G06.

2 Discours de l'évêque du Mans, p. 724 B.

3 P. Cayet, Gliron. sept., 1. I, t. II, p. 37 A. « Avant que j'y feusse » venu, n Avant que je fusse venu aux nominations, avant que j'en fusse chargé comme roi.

* Simonie, convention illicite par laquelle on donne ou on reçoit une récompense temporelle, une rétribution pécuniaire, pour quelque

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charge?, formaient les trois quarts du iiaiil cleri^é, chez lesquels la discipline avait entièrement péri. H dénonçait ces désordres au roi, et réclamait instamment Tinlervcntion de son autorité pour y mettre uu terme '. Henri v travailla avec le plus faraud zèle et avec la plus grande suite. Ilrappela sans cesse et dans lestermesles plus énergiques, le haut clergé à raccomplissement de ses devoirs dans les réponses qu'il fit aux diverses députations de cet ordre. En 1 598, il lui disait : « Faictes par vos bons exemples que » le peuple soit autant exhorté à bien faire, comme il a » esté cy-devant destourné. Yous m'a vés exhorté démon » devoir, je vous exhorte du vostre. » Au mois de décembre 1605, il ajoutait : « Pour ce qui est des simonies et » confidences, commencés à vous guérir vous-mêmes, et » excitez les autres par vos bons exemples à bien faire... w Je vous veux maintenant dire un mot en père. Je suis )) offensé de la longueur de vostre assemblée et du grand » nombre de vos députez. On assemble ainsy un grand » nombre de personnes quand on a envie de ne rien faire » qui vaille. Je suis estonné des brigues qui se font » parmy vous autres; vous réjouissez par vos divisions « ceux qui ne vous aiment point. Je veux à l'advenir » qu'on ne face point un si grand nombre de députez ; et

chose de saint et de spirituel. — Ccnfidence, conveution secrète et illicite par laquelle une personne donne ou fait donner un bénéûce à une autre, à la charge que le titulaire lui en donnera ou lui en laissera la disposition ou le revenu (Diction.de l'Académie).

• Discours de l'évêque du Mans au roi en 1596 : c II nous desplaist » beaucoup de descouvrir la honte et vergogne de nostre estât, mais » il est nécessaire que le mal se cognoisse pour y chercher et appor- )) ter remède. Il se trouvera /e* t7'ois quarts des. bergeries et troupeaux » dépourveus de légitimesetvrays pasteurs, etc.... Ce dont nous avons » charge de faire plus grande instance à Vostre Majesté, est le resta- » blissement de l'honneur de Dieu presque descheu par tout le royaume, » et de lu discipline tant nécessaire en nostre ordre. Pour cela nous » implorons votre authorite' et puissanceroyale.y)^.Cayel,ChTon.no\., 1. VllI, t. I, p. 1-23 A, 725 B.

RÉFORMES OPÉRÉES PAR HFNRl DANS LE PERSONNE!, DU HAUT CLERGÉ. 7 17

« pour le présent, regardés d'abréirer, ou aiitremenljevous » retrancheray. Il y en a qui font bonne chère en cesle » ville aux despens des pauvres curez, et qui font mes- )) nage pour trouver plus grande espargne à leur retour. . . » Vous mettes par vos longueurs les pauvres curez à la .» faim et au désespoir ^ »

Ces sévères et utiles avis, partis du trône, l'avancement dans les prélalures réservé désormais aux seuls sujets dignes, contribuèrent à la révolution, que le roi poussa tJ'ès loin par une suite d'actes tous dirigés vers un même but, l'épuration de l'épiscopat. A partir de 1596, il porta ses choix, pour les archevêchés et les évêchés, sur des hommes instruits, éclairés, d'une vie irréprochable, comme le prouvent les exemples de Benoist, de Fenoillet, et de beaucoup d'autres. En 1605, il pouvait dire au clergé assemblé, avec rassentiment de ce corps : « Quant aux eslections, vous voyez comme j'y procedde. » Je suis glorieux de voir ceux que j'ay establis biendif- » férents de ceux du passé. Le récit que vous en avés » faict, me double encore le courage de mieux faire à » l'advenir -. » Ce qui était déjà un fait, devint une loi, et l'excellente pratique du gouvernement se transforma en un point de notre droit public , lorsqu'intervint ledit de 1606, qu'on doit considérer comme la base, comme le solide fondement, sur lequel le roi assit la réforme , et la restauration de la discipline dans l'Eglise de France. L'article I" de cet édit prescrivit que les sages règles, contenues dans l'ordonnance'de Blois , présideraient désormais d'une manière constante au choix desarchevêques

> p. Gayet, Chroa. sept., 1. I, t. Il, p. 37 A. — Lettres missives^ t. YI, p. 565, 566.

2 Réponse orale du roi aux députés du clergé de France le 5 décembre 1605, dans les Lettres missives, t. VI, p. 565, et dans le Mercure françois, t. I, fol. 98 recto.

748 I,. VII. CH.VIll. L\ JOUISSANCE DES BÉNÉFICES RENDUE AU CLERGÉ.

et des évêques, et seraient étendues au choix des abhés et autres bénéficiers, choix qui avaient beaucoup souflfert jusqu'alors comme nous allons le voir '.

Vainement les prélatures auraient été remplies par des sujets dignes, si les prélats n'avaient trouvé de bons ouvriers pour accomplir sous leur direction le travail évangélique. Or, ils ue pouvaient recruter le corps du clergé inférieur de curés et de prédicateurs qui fussent à la hauteur de leur tâche par suite d'abus invétérés. Au moyen de ce que l'on nommait les induits et les contidences, presque tous les bénéfices ecclésiastiques étaient envahis par les laïcs : les princes, les seigneurs et leurs protégés possédaient des abbayes, des prieurés, dont ils touchaient les revenus, dont ils disposaient comme de biens de famille. L'orateur du clergé en 1596 dit : « Qu'ils les vendoient à beaux deniers comptans, les bail- » loient en mariage , en troc et en eschange des choses » temporelles. » Les détenteurs de ces bénéfices les faisaient desservir par des prêtres pau\Tes et ignorants, auxquels ils donnaient de faibles gages, ecclésiastiques aussi inutiles au service de l'Eglise que les laïcs eux-mêmes. Henri , dans les premières années de son règne , avait laissé subsister cet usage, existant bien longtemps avant lui, et les choses en étaient arrivées au point que souvent les bénéfices étaient tombés en partage à des protestants, sous le nom d'ecclésiastiques désignés par eux : Sully

1 Édit du mois de décembre 1606, dans le Recueil des anc. lois franc., t. XV, p. 304 : « Article I^'. Que noslre intention et vouloir a >) toujours esté et est encores, avenant vacation de prélatures, ab- » bayes et autres bénéfices consistoriaux qui sont de nostre nomina- » tion, de les pourveoir de persoiines de mérite, qualité et suffisance )> requise pour se bien et dignement acquitter de leurs charges. Vou- » Ions à ceste fin les articles 1, 2, 5 de nos ordonnances des Estats )) tenus en la ville de Blois en 1579, et celles faictes sur les remons- » Irances du clergé en 1580, estre exactement entretenus et ob- )) servez. »

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