‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 180 sur 199 · RÉTABLISSEMENT OU FONDATION DE DIVERS ORDRES RELIGIEUX. 75 I · texte numérisé non relu

RÉTABLISSEMENT OU FONDATION DE DIVERS ORDRES RELIGIEUX. 75 I

tiques depuis le curé de campagne jusqu'à l'archevêque ; il avait pris des mesures pour qu'ils donnassent à la religion l'appui du talent et d'une vie irréprochable ; il avait fait entrer la règle et la décence dans l'Eglise gallicane. Si une nouvelle réforme devint nécessaire pendant le cours du xvii'^ siècle, c'est que les gouvernements qui succédèrent immédiatement à celui de Henri IV se départirent de la conduite qu'il avait suivie, des lois qu'il avait portées.

Dans l'opinion populaire, les ordres monastiques faisaient partie intégrante et nécessaire de la religion , et la plupart des anciens ligueurs n'auraient pas cru le roi sincèrement converti et bon catholique, sils ne lui en avaient pas vu fonder. Pour dissiper leurs doutes, Henri établit ou restaura plusieurs maisons religieuses d'hommes et de femmes. Parmi ces ordres religieux, les uns, tels que les Capucins et les Feuillants, placés par lui près des Tuileries, n'étaient destinés qu'à édifier les fidèles; les autres devaient, en outre, servir la société, les Jésuites dans l'éducation de la jeunesse à la Flèche , Moulins, Rennes, Poitiers, Amiens, Eu, Caen et en Béarn ; les frères de la Charité dans les maladies des pauvres ; les Récollels dans les missions de l'Amérique septentrionale où ils portaient la foi chrétienne, l'agriculture, la civilisation \

La protection accordée par le roi aux intérêts de la religion s'étendit au dehors aussi bien qu'au dedans du

1 L'auteur des Épilogues, dans le Mercure françoi?, année 1610, t. I, fol. 484 recto. — P. Cajet, Ghron. sept., année 1604, 1. VII, t. II, p. 288 B. — Legrain, Décade, 1. Vlll. L'établissement des Récollels date de 1596 ; celui des Frères de la Charité ou Saint- Jean -de- Dieu, de l'année 1602. Voir sur ces religieux ci-dessus, paizes 603, 606, 697, 698. On cite encore comme établis ou restaurés par Henri IV, les Augustins réformés, les Barnabites, les Capucins, les Feuillants, les Minimes, les Capucines, les Carmélites.

752 L.vii cii.vm. les saints lieux sauvés de la destruction.

royaume. Le sultan Achmet avait ordonné qu'on ruinât le Saiut-Sépulcre, qu'on consacrât les vases sacrés à des usages profanes, qu'on livrât l'église aux musulmans, qu'on enchaînât et réduisît en esclavage les religieux établis à Jérusalem. Henri, comme roi très-chrétien, comme prince visiblement destiné à devenir chef du parti catliolique en Occident depuis rabaissement des monarques espagnols, avait un double intérêt à empêcher la profanation commandée par le sultan. Il intervint à temps par son ambassadeur de Brèves , obtint la rétractation de l'ordre émané de la Porte Ottomane, sauva les Lieux saints de la destruction, les reliiijieux du cruel traitement qui leur était destiné, et remit en plus grand honneur que jamais le berceau du christianisme '.

En épurant le culte et en le protégeant partout, en prêtant à la religion le concours de son pouvoir et de ses lumières, Henri avait satisfait aux plus nobles et aux plus purs sentiments de l'âme humaine. Après la religion, le développement de l'intelligence, la culture des esprits en France se recommandaient à sa sollicitude. Dans l'ordre de ses préoccupations ils tinrent évidemment un rang trèsélevé, et devinrent l'objet de réformes et d'institutions de la plus haute importance. Les assertions contraires contenues dans quelques ouvrages modernes, sont dénuées de tout fondement, et trouvent leur réfutation dans le témoignage unanime des historiens contemporains et dans les faits. Le degré de protection qu'un gouvernement accorde à l'instruction publique, aux lettres et aux sciences, est ordinairement en rapport avec le degré de connaissances que le prince possède personnellement, ou au moins avec son goût plus ou moins vif pour les choses de

*L'.iuteur des Épilogues, dans le Mercure françois, l. I, fol. 484 verso. Voir de plus dans ce volume l'article iv du traité conclu en 1604 entre la Frauie et la Turquie, p. 488-490.

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