‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 182 sur 199 · MATIÈRES D'ENSE[GNEMENT DANS L'INSTRUCTION SECONDAIRE · texte numérisé non relu

MATIÈRES D'ENSE[GNEMENT DANS L'INSTRUCTION SECONDAIRE

connus tendent à établir que l'étude du grec fut bien plus étendue et plus forte sous le règne de Henri IV, et dans les temps qui suivirent, qu'elle ne le fut à la fin du règne de Louis XIV et dans le dix-huitième siècle. Dans toutes les classes des lettres, le soin, tant recommandé aux professeurs, de développer le germe des vertus chez leurs élèves et de former d'honnêles gens, préoccupe autant les auteurs des statuts que les méthodes pour cultiver leurs esprits : c'est ce que prouve l'explication prolongée dans les classes d'humanités et de rhétorique des ouvrages de philosophie morale de Cicéron . Le cours des études classiques était terminé par deux années données à l'étude des sciences, comprenant la philosophie, non plus morale mais dogmatique, les mathématiques, la physique. Pour celte partie des connaissances attribuées à l'enseignement secondaire, les auteurs des statuts avaient attendu que Tàge eût développé chez les élèves les qualités d'esprit nécessaires à ce genre d'études, l'habitude de réfléchir, la force d'attention, la perspicacité*.

Les élèves des collèges n'apprenaient le français qu'au moyen de la traduction des auteurs anciens. Les statuts n3 prescrivent aucun exercice régulier et systématique pour l'étude de la grammaire, de la langue, de la littérature française. En outre, les professeurs donnaient tous leurs préceptes en latin, et les élèves, soit avec leurs

' Statiita Facultatis artium, artic. xxin, p. 5, 6. Cet article contient la liste des auteurs prescrits pour l'enseignement secondaire. Ce sont, dans les classes des lettres : 1° Pour le latin. César. Salluste, Cicéron presque entier et à l'exception seulement d'une partie de sa correspondance et de ses premiers ouvrages de rliétorique, Quintilien ; des fragments de Térence, de Plante, dOvide ; Virgile presque entier, Horace, Catulle, Tibulle, Properce, Perse, Juvénal; -ioPour le grec, quelquesuns des discours d'Isocrate et de Déuioslhènes, quelques-uns des dialogues de Platon, Homère, Hésiode, Piudare, Tlieocrite, et quelques autres auteurs choisis par les professeurs d'après la force et l'intelligence des élèves.

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maîtres, soit entre eux, ne devaient parler que latin. Cette disposition, qui aujourd'hui provoque au moins notre étonnement, s'explique plus facilement qu'on ne l'imagine d'abord. La langue commune de tous les hommes instruits sans exception, en France et dans tous les autres Etats voisins, était alors le latin : de cette coutume il résultait l'immense avantage qu'il ne fallait posséder qu'une seule langue, le latin, pour s'instruire surle-champ de tout ce que les lettres et les sciences produisaient d'important dans l'Europe entière. On ne voit pas que cet usage exclusif du latin , pendant le séjour des jeunes gens au collège, ait beaucoup nui à l'admirable langue de Molière et de Boileau, élevés tous deux dans les collèges de Paris. Bien qu'en 1600, le génie français eût produit déjà des ouvrages du premier ordre en plusieurs genres, cependant, même dans ces ouvrages, la langue n'était pas encore fixée, et dans plusieurs genres capitaux, tels que la poésie lyrique, l'épopée, la tragédie, la comédie, l'histoire, l'éloquence de la chaire, l'éloquence du barreau, elle ne présentait encore que des essais plus ou moins informes. Ce n'est que quand elle eut produit dans presque tous les genres des modèles comparables à ceux de l'antiquité, que Port-Royal et RoUin eurent raison de placer dans l'enseignement secondaire l'étude du français à côté de celle du latin et du grec, et de lui accorder une importance égale. Des hommes d'un esprit aussi élevé que de Thou et ses collègues auraient été les premiers à introduire ces modifications dans les lois qu'ils donnaient à l'enseignement, s'ils eussent vécu un siècle plus tard. Mais il faut que l'économie générale de leurs statuts ait été inspirée par une sagesse bien grande, par une connaissance bien approfondie de ce qui était le plus propre à développer l'esprit humain, puisque, d'une part, l'on ne peut méconnaître l'heureuse in-

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fluence qu'ils ont exercée sur les progrès de notre littérature du temps de Louis XIII et de Louis XIV ; puisque, d'un autre coté, malgré les branches nouvelles de l'enseignement dont Texpérience a nécessité l'introduction, malsfré les chanajements d'auteurs à consulter sur certaines matières, changements ordonnés par les progrès de la science, les statuts ont indiqué en très-grande majorité les matières d'enseignement, et que depuis deux cent cinquante ans, ils règlent, au moins dans son ensemble, la marche des études en France.

La réforme introduite par les statuts dans l'enseignement supérieur fut dictée par le même esprit de sagesse et de haute raison qui avait présidé à celle de l'enseignement secondaire : bien qu'elle fût moins profonde, et qu'elle s'étendit à un bien moins grand nombre d'objets, elle en embrassa encore de très-importants. De même que l'enseignement profane avait été ramené exclusivement à l'étude des auteurs anciens, au principe du beau et du grand dans les matières littéraires, l'enseignement sacré fut rappelé à l'étude delà parole divine, à la source même de toute vérité, aux sublimes préceptes de la loi mosaïque et de la morale évangélique. Les statuts prescrivirent aux professeurs de la Faculté de théologie de faire porter la presque totalité de leurs leçons sur l'explication de l'Ancien et du Nouveau Testament, avec les commentaires et les interprétations des anciens Pères de FEglise : l'usage d'un seul des scholastiques, de Pierre Lombard, fut toléré, comme pouvant servir utilement à compléter les cours, et à éclaircir certaines questions théologiques. Après l'enseignement, la collation des grades dans cette Faculté est l'objet des prescriptions des statuts. Ils défendent que plus de quinze grades de licenciés soient accordés aux membres des divers ordres religieux, avec l'intention évidente d'empêcher que, soit dans l'enseignement, soit dans les

775 L. VII. CH. Vlll. STATUTS DES FACULTÉS DE THÉOLOGIE ,

hautes dignités de l'Eglise, le clergé séculier et gallican ne soit supplanté par le clergé régulier, par les moines beaucoup plus dépendants de la cour de Rome '.

L'enseignement de la Faculté de décret ou de droit se bornait alors au droit canonique. Le 19 juin 1568, une tentative avait été faite pour Tagrandir, et la Faculté avait obtenu de Charles IX l'autorisation d'enseigner le droit civil. Mais la permission avait été retirée en 1572, parce que le gouvernement avait craint de nuire à la prospérité de Bourges et de quelques autres villes, où le droit civil était professé, et qui ne vivaient guère que de la présence des étudiants dans leurs murs. Les statuts de 1600, sans abolir cet état de choses, où l'intérêt local se trouvait en opposition avec Tintérèt public, y portèrent une première et salutaire atteinte : ils exigèrent des professeurs en décret la connaissance des deux législations, et permirent ainsi tacitement l'étude du droit civil dans cette Faculté'.

La révolution qui devait détruire l'empire de la médecine du moyen âge, de la médecine conjecturale, avait commencé dans la Faculté de médecine dès le règne de François I". Mais cette vieille doctrine conservait encore des partisans à la tin du x\f siècle, et il fallait en finir avec ce système suranné et dangereux. Il fallait aussi extirper les graves abus dont la Faculté avait été affligée et énervée pendant le règne de la Ligue à Paris. Durant

' Slatuta Facultatis sacrée theologiae, artic. vi. « Fiant autem eju3 » raodi prselectioues ex Veieri et Novo Testamento, additis antiquorura » Ecclesiae Patrum scholiis et interpretatiouibus, tum etiain ex Petro » Lombardo, Parisiensi episcopo, magistro sententiarum. » (Recueil, t. I, p. 42).

2 Staluta Facultatis juris canonici, artic. v, dans le Recueil, t. 1, p. 34. « Prolyta à lectione, et auditione institutionum, et canonici et civilis » juris studium exordiatur, et sedulam operam in eo coUocet ut » utriusque juris titulos meinoriter teneat. » — Grevier, Hist. de l'Univers., liv. XI, t. VI, p. 229, 256. — M. Dubarle, Hist. de l'Univers., t. II, p. 176.

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