LIV. VII. CII VIII. LE NOMBRE DES CHAIRES PORTÉ A TRENTE
nouveau et plus vaste plan. Voici dans quels termes en parlent les contemporains :
« Auprès du collège de Cambray, dit le premier, le Roy avait desjà fait jeter les fondements de celuy que l'on y bastit maintenant. Auquel il avoit destiné faire une Académie complète de toutes sciences, qui seroient enseignées gratuitement par des professeurs publics, auxquels seroient assignés gages suffisans. Il avoit desjà donné charge da faire provision d'hommes savants, qu'il eust fait venir de toutes paris et les eust fort bien appointez. »
On trouve dans un autre auteur du temps les curieux détails qui suivent :
« Le 23 décembre (1609) le cardinal Duperron, le duc de Sully, le président de Thou, le conseiller Gillot *, par le commandement de Sa Majesté, vinrent recognoistre les lieux des anciens collèges de ïriquet (Tréguier) et de Catnbray, pour y faire édifier de nouveau un Collège royal, sur trente toises de long et vingt de large.
1) Aux deux bouts de la longueur on devoit bastir quatre grandes salles pour faire les leçons publiques.
» Au dessus de ces salles, on devoit mettre la bibliothèque de Sa Majesté, la plus belle qui soit au monde pour les manuscrits.
» La face de ce collège devoit estre sans aucune demeure : sur le derrière on devoit faire des logements pour les lecteurs, le tout regardant sur une cour de dix-huit toises de long et douze de large, avec une belle fontaine au milieu.
» Bref ce devoit estre un beau bastiment et rente de dix mille escus pour Fenlretenement des lecteurs^. »
Les 10.000 écus ou 30,000 livres du temps, environ 110,000 francs d'à-présent , affectés aux appointements des professeurs royaux, prouvent d'une manière certaine que, dans le plan de ce grand homme, le nombre des professeurs devait être porté à trente , et embrasser toutes
1 L'un des auteurs de la Satire Ménippée.
^ Legrain, Décade, liv. VIII, p. 428. —Mercure françois, années 1609, 1610, t. I, fol. 407.
CONSTRUCTION D'UNÉDIFICE NOUVEAU. TUAITEMENT DES PROFESSEURS. 783
les branches de la science sans exception. En effet, nous venons de voir que le roi avait augmenté le traitement des professeurs jusqu'à 900 livres, et l'on a la preuve qu'il avait eu la pensée constante de l'accroître encore. Ce projet bienveillant, il l'accomplissait en fixant les appointements à 1,000 livres, et les 30,000 livres affectées au collège royal emportaient nécessairement l'existence de trente chaires. Les 1,000 livres du temps correspondent à 3,600 francs au moins d'aujourd'hui, et l'avantage d'un logement dans l'intérieur du Collège venait s'y joindre. Plusieurs professeurs cumulaient une pension faite par le roi avec leur traitement. Les fonctions de professeur royal s'alliaient en outre très bien à des fonctions analogues, et avec la publication de nombreux ouvrages, comme on le voit par l'exemple de presque tous les professeurs. Un sort digne et favorable aux progrès de la science, était donc fait à ses plus illustres représentants.
Le large et beau projet de Henri relatif au Collège royal ou Collège de France, auquel on donna d'abord un commencement d'exécution, ne tarda pas à être abandonné, comme tous ses autres desseins, par les gouverments venus ensuite. Il avait arrêté la construction du Collège royal sur un plan magnifique que son topographe Claude Chastillon, nous a conservé en Tune de ses planches'. Il avait décidé l'acquisition des trois collèges de Léon, de Trèguier, de Cambrai, sur l'emplacement desquels devait s'élever le Collège royal : il avait réalisé, selon toute apparence, l'achat du collège de Léon , puisque les contemporains témoignent qu'il avait fait ouvrir les travaux préliminaires de fondation-. Après sa mort,
' On trouvera cette plaache reproduite dans notre atlas. ■^ Dans la première plirase du passage cité ci-dessus, page 782, Legrain dit : « Auprès du collège de Gambray, le roy avoit déjà fait jeter les
78i L. Vil. CH. VIII. SOUT DU PROJET DANS LE PRÉSENT ET PLUS TARD.
Marie de Médicis, par respect pour l'opinion publique, et dans le but de donner de la popularité à sa régence et au pouvoir du jeune roi son fils, ordonna d'abord la continuation des acquisitions et des travaux. Le collège de Tréguier fut acheté le 28 juin 1610, et Louis XIII posa la première pierre du Collège royal le 28 août de la même année : le collège de Cambrai fut encore acquis le 18 avril 1612 '. Une partie du Collège royal fut promptement construite, et sur ce qui avait été élevé, Pasquier disait : « Sous la conduite du cardinal Duperron , il a esté com- » mencé d'un si superbe arroy, qu'estant parachevé, il » ne trouvera son pareil dans toute ^Kurope^ » Mais tout s'arrêta bientôt. L'édifice resta inachevé , et tout ce que l'on en avait bâti fut détruit plus tard pour faire place à celui que l'on voit aujourd'hui. Les chaires dont Henri avait projeté la fondation ne furent pas créées. Son plan, en ce qui concerne l'érection de bâtiments spécialement affectés à l'établissement et d'une dimension suffisante, le traitement des fonctionnaires, l'éminence des professeurs, le développement et l'universalité de l'en- 'seignement a été ajourné pour plus de cent soixante ans. Il n'a été exécuté que dans la période comprise entre l'arrêt du conseil de Louis XV du 20 juin 1773, qui donna à l'enseionement une extension et une variété
» fondements de celui qu'on y bastit maintenant. » La légende en tête du plan donné par Claude Chastillon porte : « Le grand Collège royal » basti à Paris du règne de Henry le Grand, IV* du nom.» Tout cela suppose des travaux de fondation commencés.
* La copie des actes dans les Archives du Collège de France. — Le Mercure françois, année IGIO, tome 1, folio 510. «J'y vis mettre la » première pierre par le roy le 28 aoust (1610), dans laquelle sont » engravez ces mots : « En l'an premier du règne de Louys treizième, » roy de France et de Navarre, aagé de neuf ans, et de la régence de » la royne Marie de Médicis, sa mère, 1610. »
* Pasquier, Recherches, hv. IX, ch. 18, tome 1, p. 928.
FONDATION DE l'aCADÈMIE DE ClIIRCnGlE. 78.'»
toutes nouvelles, les commencements du règne de Louis XVI et le milieu du xix' siècle *.
Si le temps manqua à Henri IV pour exécuter ce qu'il avait commencé en faveur du Collège de France, il lui fut donné d'élever plusieurs autres établissements , dont l'idée et la fondation lui appartiennent exclusivement. Il laissa en outre des projets et des plans arrêtés pour beaucoup d'autres. 11 institua une Ai'adéniie de chirurgie dans laquelle les élèves, sous la conduite des praticiens les plus habiles, gagés par lui, devaient s'exercer aux opérations les plus difficiles et les moins usitées, telles que les amputations et la taille de la pierre; soit aux études et aux pratiques anatoraiques nécessaires à la perfection de cet art". Plusieurs hommes éminents de l'époque, entre autres Florent Chrétien, ancien précepteur du roi, avaient succombé sous ses yeux à l'affection de la pierre, qu'on ne savait pas habilement extraire
> Voir l'arrêt du Conseil de Louis XV du 20 juin 1773, et l'extrait de l'arrêt dans Jaillot, Recherches sur Paris, édit. de 1775, t. IV, p. 182. Par cet arrêt dix-neuf enseignements sont établis, et un professeur institué pour chacun d'eux.
On trouve : 1° Pour les lettres : un professeur d'hébreu et de syriaque, un d'arabe, un de turc et de persan, un de langue grecque, un de philosophie grecque, un d'éloquence latine, un de poésie latine, un de littérature française. — 2° Pour les sciences : un professeur de géométrie, un d'astronomie, un de mécanique, un de physique expérimentale, uu d'histoire naturelle, un de chimie, un d'analomie, un de médecine pratique. — 3° Pour le droit et l'histoire : un professeur de droit canon, un de droit de la nature et des gens, un d'histoire.
2 Legrain, Décade, 1. VIII, p. 428. « Le roy a ordonné et gagé uu » certain nombre des chirurgiens des plus expérimentez, pour avoir » des apprentis, et tenir comme une Académie de chirurgie, à laquelle » la jeunesse stroit instruite et dressée aux opérations, sections, ana- » tomies et autres choses nécessaires à la perfection de cet art. » — Morisot, Henncus magnus, cap. 44, p. 151. « Academias et coUegia » instituendae juvenluti ad... chiruryiam, mediiiuam, et alias artes, » auuuis reditibus dotata.... erexit oruavitque. »
786 I.. vil. ClI. VIII. JAHDIN DES PLANTES ÉTABLI A MONTPELLlEIt .
à cette époque. Il est probable qu'un souvenir pieux entra dans cette création si éminemment utile de Henri. Instruit que les étudiants étaient obligés de se rendre en Italie pour apprendre la botanique , qui y était devenue très florissante depuis la fondation des jardins de Padoue, de Pise, de Bologne, il résolut de leur fournir dans notre pays les ressources scientifiques qu'ils étaient contraints d'aller mendier chez l'étranger : il établit à Montpellier un jardin royal des plantes, le premier que l'on eût encore vu en France , et qui a servi de modèle a tous les autres. Il en confia la direction à Richer de Belleval, créa pour lui dans la Faculté de médecine de Montpellier une cinquième chaire, avec l'obligation de professer i'anatomie en hiver, la botanique en été, et créa ainsi en France l'enseignement de la botanique (1593, 1595 ) '. Il projeta le jardin des plantes de Paris sur un vaste plan et une donnée remarquable. En efl'et, parmi les desseins du roi dont l'exécution est prochaine et pour lesquels il y a déjà des devis dressés, Sully mentionne le suivant : « Plus un plan, devisetdésignationd'unlieupropre » pour y eslever et entretenir toutes sortes de plantes, ar- » bustes, herbes et autres simples, avec les hommes et les » choses nécessaires pour y faire toutes sortes d'espreuves, » expériences et de médecine et d aijricÀilture'- .y) Le gouvernement de Louis XIII établit ce jardin en se servant des idées de Henri, mais eu en retranchant la moitié. Le
1 « Le Jardin du roi fut construit en 1598, à la sollicitation d'André )) du Laurent, chancelier de la Faculté de médecine de Montpellier, » et alors premier médecin du roi Henri IV, qui en donna la direction » à P. Richer, vice-chancelier de cette Faculté. Il a six grandes allées » principales, dont quelques-unes sont eu amphithéâtre. Celles des » plantes médicinales sont élevées et revêtues de pierres.... Ce jardin » contient un nombre infini de plantes, même des plus rares. » (Expilly, Dict. géogr., hist. et polit., t. IV, p. 875 S., B. — Uorthes, Eloge hist. de Belleval, iu-4o, 1788.
« Sully, Œcon. roy., ch. 191, t. II, p. 292 A.
UN AUTRE PROJETÉ A PAniS. CONSERVATOIRE DES ARTS ET .METIERS. 787
plan (le Henri embrassait tout le règne végétal, visait au développement de l'agriculture au moyen des expériences, en même temps qu'aux progrès de la partie botanique qui devait servir à la médecine , il comportait de plus la création de. tout un corps de professeurs et de démonstrateurs. Celui de Louis XIII se borna à la culture des plantes médicinales, et à un seul professeur pour cette branche de la science.
Une idée non moins belle et non moins utile de Henri fut de donner à la France les moyens défaire chaque jour de nouveaux progrès dans les arts de la paix et dans ceux de la guerre, au moyen d'études réfléchies. Il voulut qu'elle eût un Conservatoire des arts et métiers, où seraient rassemblés et conservés les modèles de toutes lès machines, l'historique de toutes les inventions et découvertes, de manière à ce que les découvertes ne fussent plus exposées à se perdre, comme il était arrivé dans l'antiquité et le mo} en âge ; et de manière aussi que le génie de l'invention, en partant de l'examen de ce qui existait déjà, put faire faire de nouveaux pas à la mécanique. Il voulut également que la France eût une sorte de jMusée géographique et hydrographique, pourvu de six cartes, d'une dimension colossale, dessinées sur des terrains préparés exprès, et représentant la France, les quatre parties de la terre , la mappemonde, toutes les mers, rendues dans les moindres détails et avec tous les accidentsqu'elles présentaient. Ces cartes devaient servir au commerce pour sa navigation et pour les routes qu'il avait à suivre ; à la guerre, pour les expéditions de terre et de mer, pour l'étude du territoire ou des parages ennemis '.
» Sully, CEcon. roy., ch. 191, t. II, p. 293 A. « Plus un plan et devis » de l'ordre qu'il faut observer pour accommoder, d-ins la grande gale- » rie du Louvre, une grande salle basse, et un grand galletas (grande » salle du haut) pour y tirer et mettre toutes sortes de modelles, d'ar-
78Sl.vii.ch VIII. projetdemoséegéographiqueet hydrographique.
Tout se lie et s'enchaîne dans les idées d'un grand homme. Henri attachait la supériorité de la nation dans tous les genres aux lumières puisées dans l'instruction : il avait développé l'instruction, au moyen de l'enseignement répandu à profusion; il fallait qu'il donnât, et il donna en effet à l'enseignement les moyens de se perfectionner et de s'élever sans cesse. Le complément pour ainsi dire forcé, la conséquence nécessaire de la régénération et de la création de tant d'établissements d'instruction était la salutaire et capitale transformation qu'il fit subir à la Bibliothèque royale.
La Librairie ou Bibliothèque formée par nos rois depuis Charles V, placée d'abord au vieux Louvre , ensuite à Blois, avait été transportée par François ï" à Fontainebleau. Elle y resta jusqu'au règne de Charles IX, qui la lit transférer à Paris '. La garde en était confiée à un di-
)) tifices, machines et inventions pour toutes sortes d'arts, métiers, exern cices, charges et fonctions, mettant les lourdes et pesantes en bas, » et les légères en haut. » — Page 292 B : « Plus un devis de six )) cartes géographiques et hydrographiques, en plan sur terre ferme, » avec la désignation des six lieux capables et propres à cet effet ; » l'uue pour la France, l'autre pour les quatre parties du monde, et )) une pour tout le globe d'iceluy, par le moyeu desquelles estant sur » les lieux, se pourront distinguer tous les royaumes, pais, mers et » rivières du monde, etsurtout de la France. » — Dans les deux paragraphes de la page 291 B commençant par les mots : « Plus un estât » de toutes les villes frontières du royaume... Plus un estât de tous les » vaisseaux ronds et galères estans en France. » On pourrait voir l'idée d'un dépôt des plans et d'un musée naval ; mais cette idée n'est pas assez clairement exprimée pour que l'on puisse avoir la certitude de ces projets.
" Une retuonstrance touchant la garde de la librairie du roy, par Jean Gosselin, garde dicelle librairie, dans les Variétés historiques et littéraires publiées par M. Edouard Fournier, 1. 1, p. 1, 2. « Il y a trente- » quatre ans et plus que j'ay charge de garder la librairie du roy, qui » est un des plus beaux thrésors de ce royaume. Durant lequel temps » je l'ay gardée plusieurs années dans le chasteau de Fontainebleau, et » puis, par le commandement du roy Charles IX, je la f'eis apporter » en ceste ville de Paris. » Ce passage de la remontrance de Gosselin
ETAT DE I.A BTP.I.IOTHÈQUE ROYALE EN 1594. DE TIIOi;. 789
recteur, nomme maître de la librairie du roi , et à un garde sous ses ordres. Amyot, maître de la librairie sous Charles IX et sous Henri III, en avait ouvert l'entrée aux savants; mais ce n'était pas une règle, c'était une concession, une tolérance libérale de sa part et de la part du gouvernement, limitée d'ailleurs à un très petit nombre d'érudits. Le dépôt, accru parLouisXII et par Charles VIII, enrichi sous François \^' de manuscrits d'une valeur inestimable, ne comptait cependant qu'un nombre assez limité de volumes , à l'extinction des Valois, et il faillit périr pendant les saturnales de la Ligue. Pigenat, Rose et de Nully ne se trouvaient pas assez payés de leur zèle pour la cause religieuse par l'obtention, le premier, d'une cure à Paris; le second, de l'évêché de Sentis; le troisième, d'une charge de président au Parlement de Paris. Ils avaient imaginé de s'appliquer comme sup})lément les livres et les manuscrits de la bibliothèque du roi. Les deux premiers, traversés par l'opposition du président Brisson, avaient échoué dans leur vol ; mais après l'assassinat de ce magistrat, de Nully avait mis la main sur les précieux ouvrages, et il les retint jusqu'à la iin du mois de mars 1594, quelques jours après l'entrée de Henri IV dans Paris ' . Tel était l'état de ce dépôt littéraire, lorsque
réfute l'erreur contenue dans le Discours sur l'histoire de la Bibliothèque du roi, placé en tète du l*' volume du catalogue imprimé. Les auteurs de ce Discours, d'ailleurs très bien fait, avancent que la Bibliothèque du roi fut transférée de Fontainebleau à Paris sous le règne de Henri IV, eu 1595.
1 Ce fait, doublement curieux, est consigné par Gosselin, qui fut garde de la Librairie depuis la mort de Mathieu Labisse jusqu'à l'année 1603 : 1° dans la Remontrance de Gosselin, pages 2-5 ; 2° sur le côté intérieur d'un manuscrit intitulé : Les Marguerites histot'ia/es par Jean Massue. Gosselin ajoute comme détail, relativement à la conduite et aux procédés de Nully, pendant le temps où il resta détenteur des livres volés par lui à la Bibliothèque du roi : « Durant lequel temps» » on a coupé et emporté le premier cahier du présent livre, auquel » cahier estoit contenu choses remarquables. »
790 I . VII. Cft VIII. L.\ BIBLIOTHÈQUE ACCRUE DES LIVRES ETMANUSCRITS
Henri en devint maître, et lorsque l'historien de Thou en prit la direction effective, après en avoir reçu la direction nominale dès 1593, par les provisions que le roi lui avait données à la mort d'Aniyot.
De iSuUy fut contraint de restituer ce qu'il avait impudemment détourné, et l'ancien fonds de la Bibliothèque du roi se trouva ainsi rétabli, au moins dans sa plus grande partie. Dès ce moment se succédèrent des mesures qui honoreront à jamais le règne de Henri IV et la direction de de Thou. De Thou signala son entrée dans l'exercice des fonctions de maître de la librairie, en proposant à Henri d'unir à sa Bibliothèque celle de Catherine de Médicis. La Bibliothèque de Catherine provenant de la succession du maréchal Strozzi contenait , outre un certain nombre de livres français, italiens, arabes, plus de 800 manuscrits grecs, les uns rares, les autres uniques, et destinés à répandre les plus vives lumières sur les diverses matières qui s'y trouvaient traitées. F. Pithou, l'un des commissaires chargés de les examiner, disait dans son rapport : « Ces manuscrits ne peuvent assez « s'estimer, tant pour la rareté et bonté desdits livres, » qui ne se pourroient trouver ailleurs, que pour estre » une bonne partie d'iceux non imprimez, et lesdits livres » originaux et non copies ; dignes d'estre réservez en » France pour la postérité, conservation des bonnes » lettres, et pour l'honneur du royaume, et impossibilité ï> de pouvoir colliger et assembler à présent une telle » bibliothèque à quelque prix et en quelque pais que ce » fust. » Aux termes des lettres-patentes que de Thou fit dresser par P. Pithou, son ami, et qui furent expédiées le 14 juin 1594, le roi ordonna que tous^les ouvrages composant la bibliothèque de Catherine de Médicis seraient unis à la sienne. Mais les nombreux créanciers de cette reine s'opposèrent à l'exécution des lettres-patentes,