‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 191 sur 199 · AUX HOMMES DE LETTUES ET AUX SAVANTS · texte numérisé non relu

AUX HOMMES DE LETTUES ET AUX SAVANTS

rendons plein hommage; ont dit qu'aucun gouvernement ne suscite et ne crée une littérature, comme il réforme une législation , règle un article de budget , établit une industrie; que toute littérature, en prenant ce mot dans son sens le plus large, était le produit des opinions et des passions religieuses d'un peuple, de ses intérêts et de ses sentiments politiques ; de l'état général de la société. Telles sont bien les causes j)remières de toutes les idées, de toutes les inspirations. iMais ces idées et ces inspirations ne sont que des principes, et il faut les employer ; que des matériaux intellectuels, si Ton peut s'exprimer ainsi, et il faut les mettre en œuvre et les disposer avec art pour en faire un édifice. Elles émanent et sortent de la religion, de la politique, de l'état social; mais vagues et incertaines dans le principe, elles ont besoin d'être fixées d'abord , rendues et exprimées ensuite , par les hommes de lettres et les savants. Elles n'acquièrent cette consistance, ne reçoivent l'ordre le plus méthodique, la disposition la plus rationnelle, ne prennent la forme la plus propre à les rendre intelligibles , saisissantes, puissantes sur les esprits, qu'à la suite d'une élaboration lente et difficile, que par l'effort prolongé des hommes d'étude et des penseurs. C'est dans ce travail, qui préside à la formation des littératures, que le concours des gouvernements nous parait d'une souveraine utilité, si ce n'est même d'une nécessité indispensable. Les poètes, les orateurs, les savants, ne peuvent accomplir la tâche délicate et difficile à laquelle ils sont appelés, que sous la condition d'être réservés et appliqués exclusivement aux œuvres de l'intelligence ; de recevoir cette destination, et de tenir cette facilité de la libéralité du prince, ou de la générosité de la nation en corps, devenue assez fa\ orable au savoir pour s'empresser de la leur offrir ; d'être attirés par le souverain dans des centres de lumières , dans des

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