‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 43 sur 199 · BESOINS PUBLICS AUXOCELS CES ÉDITS SATISFONT · texte numérisé non relu

BESOINS PUBLICS AUXOCELS CES ÉDITS SATISFONT

La guerre civile ayant détruit toute loi, tout ordre et toute police dans le royaume, la chasse s'était établie et maintenue jusqu'en 1601 dans une liberté ou plutôt une licence effrénée. En tout temps et à tout propos, tout le monde indistinctement allait chercher dans les forêts royales et dans les forets appartenant aux citoyens, un plaisir, un gain , souvent même des aliments, à la place de ceux qu'on ne trouvait plus dans les champs ravagés. De ces abus de la chasse avaient découlé comme consé- (piences la dévastation des forets de la -couronne et des forets particulières, notamment des taillis, parcourus incessamment, foulés, déracinés par les chasseurs et par leurs chiens ; la destruction pres([ue complète du gros et du menu gibier, particulièrement des chevreuils, des cailles, des perdrix, ce qui privait les possesseurs de bois d'une partie de leur propriété et de leurs revenus, et l'alimentation publique de iunede ses principales ressources ; enhn pour la noblesse la privation de l'un de ses droits par une pure usurpation des particuliers, et la privation d'un exercice qui lui servait de préparation à la guerre, alors que dans nos armées elle occupait encore tous les commandements et plus de la moitié des rangs de la cavalerie. Tels sont les désordres attentatoires à la propriété et à l'utilité publique et particulière, dont les édits sur la chasse et les ordonnances sur les forêts accusent l'existence en termes exprès, et dont ils poursuivirent et atteignirent la répression '. Par ces réformes, le domaine, les finances, la marine, l'alimentation publique, recouvrèrent ce que l'anarchie de la Ligue leur avait ôté pour en faire la proie des particuliers.

1 L'art. 12 de l'édit de 1601, p. 230 , accuse la destruction presque complète des cerfs, biches, faons, sangliers, chevreuils. — L'article 6 de l'édit de 1607, p. 332, porte : « El d'autant que la chasse du chien » couchant fait qu'il ne se trouve presque plus de perdrix et de cailles. »

220 LIV. VII. en. IV. PROJETS DE DÉVELOPPEMENT DE LA FORTUNE PUBLIQ.

Eii politique el en adaiinistratioii, comme dans toutes les choses sur lesquelles peut s'exercer l'esprit humain, le caractère du génie est la fécondité, la plénitude, la perfection. Tandis que Henri IV et Sully s'occupaient des finances, de l'agriculture, des forêts du domaine, ils portaient, comme nous allons le voir, leur inteUi2:ente activite sur toutes les autres parties soumises à l'administration publique. De plus, ils ne se bornaient pas à rendre au pays ses anciennes ressources, ils travaillaient incessamment à lui en créer de nouvelles. Les finances et l'agriculture transformées avaient été mises dans un état de prospérité inconnu depuis la fondation de la monarchie. Xous allons retrouver tous les caractères du développement de la richesse nationale dans les opérations entreprises par le roi et par Sully pour le défrichement des marais et pour l'exploitation des mines.

Tout gouvernement qui sera parvenu à tirer d'un sol touteslesrichessesc[u'ilrenferme, à mettre en mouvement toutes les forces vives, mais souvent cachées, que possède une population, aura accompli un travail digne île l'admiration de la postérité. Mais quand les dépositaires du pouvoir se seront appliqués en même temps à remplacer, par le travail fécond, l'oisiveté et la mendicité qui rongent et dégradent un peuple ; à étendre chaque jour la propriété et à la faire descendre jusqu'aux derniers rangs ; à augmenter ainsi dans une énorme proportion la somme de bien-être départie à chaque citoyen et à relever la dignité de l'homme ; à supprimer enfin les causes de sanglantes collisions entre les diverses classes d'une société ; alors l'œuvre, de grande qu'elle était, deviendra sublime. Or, c'est dans cet esprit que Henri IV et Sully la conçurent, et c'est de cette manière qu'ils prirent à tâche ^e l'exécuter.

Cette pensée éclate dans toutes les opérations dont nous

EN CE uni TOUCHE AUX MAKAIS ET AUX INONDATIONS. 22il

avons à présenter le tal)leaii, à commencer par le travail relatif au (lesséchcnicnt des marais. Le préambule de l'édit de 1599 donne une statistique générale de la portion de territoire enlevé à l'agriculture piir les inondations anciennes, auxquelles le désordre des guerres civiles et la subversi(tn de toute police avaient ajouté de nouveaux envahissements des eaux. Le préambule fait connaître aussi les bienveillantes et grandes intentions d'un gouvernement réparateur :

« Le plus grand et légitime gaing et revenu des peuples procède principalement du labour el culture de la terre qui leur rend, selon qu'il plaist à Dieu, à usure, le fruict de leur travail, en produisant grande quantité de bleds, vins, grains, légumes et pasturages. De quoy non seulement ils vivent à leur aise, mais en peuvent entretenir le traficq et commerce avec nos voisins et pays lointains, et tirer d'eux or, argent, et tout ce qu'ils ont en plus grande abondance que nous. Ce que nous considérans, nous avons estimé nécessaire de donner moyen à nos sujecls de pouvoir augmenter ce trésor.

» Joignez que sous ce labour, infinis pauvres gens, détruits par le malheur des guerres, dont la pluspait sont contraints de mendier, peuvent travailler et gagner leur vie, et peu à peu se remettre et relever de misère.

» Sçachans bien qu'en plusieurs de nos provinces et pays, le long des mers de l'un et de l'autre costé, des grosses et petites rivières, et autres endroits de noslre royaume, il y a grande quantité de palus et marais inondez et entrepris d'eau, presque inutiles et de peu de profit, qui tiennent beaucoup de pays désert et inhabité, et incommodent les habitants voisins, tant à cause de leurs mauvaises vapeurs et exhalaisons, que de ce qu'ils rendent les passages fort difficiles et dangereux ; lesquels palus et marais estant déseichez serviront partie en labour, et partie en prairies et pasturages. Aussi en réparant les chaussées, vieux fossez et chenaux descheus, qui ont esté autrefois navigables, et en fesant de. nouveaux es endroits où il est requis, les chemins et passages seront abrégés, h navigation gagnera, et en proviendront plusieurs autres profits et commoditez pour le bien public.

« Nous jugeans cesle œuvre très nécessaire, et pour obvier tant que faire se pourra aux grandes inondations et débordements des

222 LIV. vil. C». IV. ri.AN DU l'.OlET DE SULLY.

caiix ([iii advii'iinent souvont, ruinant |ilnsifnr.s terres et maisons, voire des villages entiers, comme il est à notre grand ree;ret naguère advenu en nos provinces de Poictou, Bourdelois, Xainlonge, Bretagne et autres.

» Nous avons dit, statué, ordonné, disons, statuons et ordonnons ce qui suit '... »

Henri et Sully firent deux parts de ce qu'il y avait à reconquérir sur les eaux. Ils cliargèreut le gouvernement, les provinces ou les communes, de la réfection des levées, chaussées, turcies, chenaux et canaux. Nous verrons plus tard tout ce que Sully, nommé grand voyer, consacra de temps, de peines, d'argent, h ces utiles travaux, et quels résultats il obtint.

Quant au dessèchement des marais, ils ne pouvaient l'attribuer à la couronne, parce qu'elle manquait des capitaux et des procédés industriels nécessaires à ce grand travail. Ils s' adressèrent donc à l'industrie privée. Ne pouvant lui olirir de l'argent et des profits présents, ils excitèrent son ardeur par des avantages d'une autre espèce. Ils lui firent des concessions en nature et l'abandon de terrains d'une immense étendue. Ils voulurent qu'une partie au moins du dessèchement fût entreprise sur une grande échelle et d'ensemble, et ils décidèrent d'y soumettre toute la portion du domaine royal qui consistait en marais. N'ayant trouvé personne en France qui osât affronter les difficultés, les risques et les dépenses de cette œuvre, ils s'adressèrent aux Hollandais, qui avaient arraché une partie de leur territoire aux eaux, et qui étaient alors le peuple de l'Europe le plus habile dans ce genre de travail.

Le roi passa une convention avec une compagnie de

1 Préambule de l'édit du 8 avril 1599, dans Fonlauon, t. II, p. 398; dans les Anciennes lois franc., t. XV, p. 213, 214. Nous avons coupé quelques phrases et retranché quelques incises pour rendre le texte plus clair.

DKSSÉCIIEMF.NT DES MAFlAIS : r.OMPAC.NIF.S ORGANISÉES. 223

Hollandais qui avait ])Our chef Bradley, genlilhonime du pays deBeri<-op-Zoom, renommé pour son expérience et ses succès. 11 lui confia à exploiter toute la partie du domaine de la couronne que les inondations anciennes ou nouvelles avaient convertie en marais. Après le dessèchement, une moitié du terrain devait revenir au domaine, la propriété de l'autre moitié était abandonnée à la compagnie, sous la seule condition de payer les cens et redevances extrêmement faibles auxquels cette portion avait été soumise jusqu'alors. L'édit ordonnait que le travail de dessèchement serait entrepris en même temps dans les marais appartenant au clergé, à la noblesse, aux gens du tiers-état. Si les propriétaires voulaient s'en charger à leurs risques et frais, ils devaient le commencer dans l'espace de cinq mois. S'ils reculaient devant les dilïicultés, le dessèchement devait être opéré par Bradley et ses associés, sous les mêmes conditions que celles consenties par la couronne. Il n'y avait d'exception que pour les marais salants, pour ceux qui étaient peuplés de poisson et convertis en pêcheries, pour ceux enfin qui servaient à la sûreté des côtes, à la navigation, aux fortifications des places de guerre. Pour faciliter l'entreprise de Bradley, le roi lui avait conféré le titre de graud-maître des digues, lui avait donné les moyens de se procurer dans les forêts royales le bois nécessaire à la confection des moulins et autres appareils employés dans le dessèchement, lui avait ménagé l'appui du grand-maitre des eaux et forêts et des autres olliciers royaux, enfin avait accordé des lettres de naturalisation aux habitants des Pays-Bas qui viendraient l'aider dans son entreprise '.

Ce grand et utile travail fut entravé par le défaut de capitaux suftîsants, et par les difficultés que trouvèrent

' Fin tlu préambule et articles 1, 2, 3, 4, 15, 16^ 17 de ledit, dans Fonlaiiou et dans les Ane. lois franc., t. XV, p. 2i4-216, 220, 221.

22Ï LIV. vu. CM. IV. AVANTAGES ASSURÉS AUX COMPAGNIES.

les associés à exproprier les détenteurs Je marais. Le roi, qui suivait avec attention et sollicitude les efforts de Bradley et de ses compagnons, se mit de moitié avec eux pour surmonter les obstacles qu'ils rencontraient. Par son édit du mois de janvier 1607, il réforma leur association et la fortilia par l'adjonction de Jérôme de Comans, conseiller d'Etat et maître d'hôtel du roi, de cinq gentilshommes des pays de Brabant et de Flandre, de beaucoup d'autres, Français et étrangers, qui leur apportèrent l'aide de nouveaux capitaux. Henri rendit l'expropriation facile et prompte par les nouvelles lois auxquelles il la soumit. Il déclara nobles les terres de son domaine qui, après avoir été enlevées aux eaux, seraient abandonnées aux associés; il promit des titres de noblesse à douze d'entre eux qui auraient leplus contribué au succès de l'entreprise. Il s'engagea à faire bâtir des villages, à établir des foires, dans les terres desséchées par eux. Il accorda à tous ceux qui viendraient habiter ces villages l'exemption de la taille pendant vingt ans ; l'exemption de toute charge ])ersonnelle, pendant leur vie entière ; le privilège, pendant vingt ans, de faire seuls en France des tourbes et houilles pro[)res à brûler, produits qu'ils devaient trouver en abondance au fond des marais desséchés ' .

Dans la rapide et merveilleuse succession d'efforts faits par le gouvernement de Henri IV pour développer tous les principes de la richesse publique, ce qui fut fait pour les mines suit de bien près les premiers travaux entrepris pour le dessèchement des marais.

L'exploitation des mines, puissamment encouragée par Louis" XP, avait été continuée sous les règnes de Frau-

1 EcUl du moid df janvier 1G07, dans Fonlanon, t. II, p. 407.— Anciennes lois franc., t. XV, p. 313-32i.

8 Voir notre Précis de l'histoire de France dans les temps modernes, 3» édition, p. 52, 53.

ÉTAT DK I.'EXI'I.ÛITATION DE NOS MINES JL'SaL''EN 1598. 225

cois 1", d(j IJemi II, de François 11, et au commencement de celui de Charles IX, ainsi que le prouvent une suite d'ordonnances rendues par ces princes depuis 1520 jusqu'en 1568 *. Cette industrie, traversée d'abord par les procès^, fut interrompue ensuite, comme tant d'autres, par l'etfet ruineux des ^^uerres civiles, à la fin du règne de Charles IX, pendant tout le règne de Henri 111, et durant la première moitié de celui de Henri IV.

Dès que le roi se vit maître paisible de l'Etat par la soumission de Mercœur et la paix de Yervins, il fit reprendre le travail des mines. De puissants motifs le poussaient à suivre à cet égard les errements de ses prédécesseurs. Les mines de la France étaient plus abondantes alors que celles ouvertes dans les autres pays de l'Europe : notre industrie avait été longtemps en avance sur celles de nos voisins, parce que nous avions attiré dans le royaume leurs ouvriers, surtout ceux de l'Allemagne. Le témoignage des édits et ordonnances, et celui des historiens contemporains, ne laissent aucun doute sur ces deux points'.

Par suite de la forte impulsion que le gouvernement

1 Voir daus les Aucienues lois fraDçaises. t. Xll^p. 179, et les tomes suivants.

2 Edit de 1601. article 24, p. 2Gi.

3 Préambule de l'édit du mois de juin 1601, dans les Anciennes lois françaises , t. XV, p. 234 :« Dieu a tellement béni nos royaumes, pays » et terres de notre obéissance, que toutes choses s'y peuvent recou- » vrer en très grande abondance. Nos prédécesseurs , pour induire » leurs subjects à faire rechercher et travailler aux dictes mines , et » pour y appeler les estrangers et leur faire quitter les mines et mi- » nières de nos voisins, beaucoup moindres que les nôtres, leur ont » faict et attribué plusieurs beaux et grands privilèges. »

Ce qu'énonce le roi daus cet édit est confirmé par ce passage de de Thou, fort curieux pour l'état des mines de la France en IGOi et 1602, 1. CXXIX, lom. XIV, p. 112 de la traduction : « La France, outre » l'avantage d'un terroir très fertile , a encore celui que la nature » accorde quelquefois par manière de compensation à des terres iu- » grates et stériles, je veux dire des mines de différents métaux. »

iïG LIV. vil. cil. IV. IJÉCOUVERTE DE MINES DIVERSES EN 1601, KJÛâ.

(le Henri <I<)iina ù ce goiire (!•' travail, cli;[)ui.s 1598, on découvrit un grand nombre de mines, en France, dans les années IGOl et 1G02.

Dans la partie des Pyrénées voisines du Béarn, quelques mines d'or et d'argent.

Dans la partie des Pyrénées qui borne le comté de Foix, des mines de jais et de pierres précieuses, jusqu'à des escarboucles, quoique rarement.

Dans les eaux de l'Ariége, qui traverse le comte de Foix, quantité de parcelles d'or et d'argent.

Dans le Languedoc, aux environs de Oarcassonne, des mines d'argent.

Dans le Lyonnais, à Saint-Martin, une mine abondante d'or et d'argent.

Dans la Bresse, une mine d'or.

Dans la Brie et la Picardie, des mines d'or et d'argent.

Dans les Cévennes et le Gévaudan, et à Annonay en Vivarais, pays dépendants du Languedoc, des mines de plomb, de plomb argentifère, d'étain.

Dans la Normandie, des mines d'étain excellent et quelques mines d'argent.

Dans les montagnes d'Auvergne, de riches mines de fer.

Dans les Pyrénées, des mines de talc et de cuivre*.

Henri employa tous les moyens propres à donner une forte impulsion à l'exploitation des mines. Il créa une administration centrale à la tète de laquelle il mit un grand maître, et des agents locaux, partout où s'ouvraient des mines, afin d'imprimer une forte et bonne direction au travail : il assigna leurs gages sur le droit qui revenait au roi, pour leur donner un intérêt direct dans le succès de l'entreprise. Il créa une juridiction spéciale investie du droit de juger promptement tous les différends nés de l'exploitation, et il débarrassa ainsi les entrepreneurs et les ouvriers des lenteurs et des frais ruineux

1 p. Cayet, Chron. septcn. , 1. V, t. II, p. iOS B. — Tbuauus , 1. CXXIX, g 4, lom.Vl, p. 150 du texte latiu.

ADMINISTRATION KT .ILSTICE POUR L'EXI-LOITATION DF.S MINES. ''221

qu'ils avaient subis à uno autre époque. H leur assura la protection et l'assistance de tous les olTiciers royaux, dans les localités où ils exerçaient leur industrie. Il leur remit tout ce qu'ils pouvaient devoir au trésor, pour les droits du roi dans le passé. 11 encouragea les ouvriers nationaux et attira les ouvriers étrangers, en les déchargeant de plusieurs obligations personnelles , onéreuses ou assujettissantes, qui incombaient aux autres classes de citoyens ^

L'exploitation des mines d'argent et d'or donna des produits dans une certaine mesure. En efifet, les médailles d'or, frappées lors du renouvellement de l'alliance avec les Suisses en 1602, provenaient de la mine découverte récemment dans la Bresse , et l'inscription même des médailles mentionnait cette circonstance'. Les travaux exécutés dans la partie des Pyrénées qui borde le Béarn, amenèrent directement ou indirectement un lavage de sables aurifères assez productif, qui paraît s'être maintenu jusqu'à présent ''. Mais deux causes firent abandonner presque partout avec le temps l'exploitation des mines françaises d'or et d'argent : ce furent la fécondité des mines du nouveau monde et le prix trop élevé de la main-d'œuvre dans notre pays ; les produits obtenus ne couvraient pas les frais du travail \

Il n'en fut pas de même pour les mines de cuivre, de plomb, d'étain, de fer. Les travaux entrepris sous le règne de Henri IV produisirent des résultats d'une grande importance, directs et indirects, dans le présent et dans l'avenir.

Quelques-uns de ces résultats ont subsisté jusqu'à pré-

* Edit du mois de juiu 1601 daus les Anciennes lois franc., t. XV, p. 255, 2G2.

2 Thuanus, 1. CXXIX, ihid.

2 Balbi, Abrégé de géograpliie, p. 172 A. ^ Thuanus, 1. CXXI.X, § 4, t. VI, p. 156, édil. latine.

±2S LIV. Vlll. CII.M'. IV. l'IlODUlTS DE L'kXPLOIT. DU TEMPS DE HENKI IV.

sent. De ïhou et Palma Cayet témoignent qu'en 1602, ou découvrit de riches raines de plomb et d'étain dans le Gévaudan'. I-'^iicore aujourd'hui, on tire du plomb et du plomb argentif<>re des mines de Vialas et de \illefort, petites villes du Gévaudan -. Il est évident que l'exploitation de ces mines , ou bien remonte au règne de Henri IV et en part, ou bien a succédé aux fouilles entreprises sous ce prince, dans quelques localités trèsvoisines.

Là où les effets ont cessé, il est facile d'en retrouver et d'en constater la trace. Il est reconnu de tous ceux qui se sont occupés sérieusement de géographie et de statistique, qu'il existe , en France, un très-grand nombre de mines, épuisées aujourd'hui, qui n'ont été abandonnées qu'après avoir donné lieu à des extractions très-abondantes. Il est reconnu pareillement qu'on doit ranger dans cette catégorie les mines de plomb et de plomb argentifère de l'Argentière et d'Annonay dans le Yivarais. Or, les mines d'Annonay sont nommément désignées, et celles de l'Argentière indirectement mais clairement indiquées par les contemporains, au nombre de celles que l'on découvrit et que l'on exploita du temps de Henri lY^. Les renseignements fournis par les mêmes auteurs sur les mines de l'Auvergne prouvent que ces dernières furent aussi fécondes en fer que celles de l'Argentière et d'Annonay l'étaient en plomb. D'après ces exemples on peut

1 Tliuamis , 1. CXX]X, § 4, t. VI, p. 15G : « lu Gabaliâ , pliimbi et » stanni laudabiles suut fodiuae. » — P. Cayet, Chroii. septen. , 1. V, t. II, p. 208 B. II (lit sous l'an 1602 : « L'an passé et cpste année , la » Fraiice a ouvert son sein, ses entrailles, et tout ce qu'elle a de plus » excellent à l'inlérienr, pour faire apparoir ce qui en estoit caché.... » es terres de Gévaudan et es Sevenues, mines de plomb et d'estaing. »

2 Bal'oi, Abrégé de géogr., p. 191, A, B.

3 Tlmauus, ibid. «InCevenisiuontibus, Annoniaciin Vivariensi pago, » plumbi sunt fodinœ. » — P. Cayet, il>id. « A Annonay en Vivarets, B mines de plomb.... èy Sevennes, mines de plomb et d'estaing. »

liÉSULTATS DE l'eXI'LOITATION API'.ES IIENIU IV. 2^9

conclure légitimemenl que les mines, abandonnées aujourd'hui après avoir livré à la France une abondante (fuantité de produits métallurgiques, ont été ouvertes la plupart sous le règne et parles soins de Henri l\ .

L'impulsion que son gouvernement donna à ces sortes de travaux n'a pas été moins utile que les résultats matériels et présents qu'il obtint. Comment ne pas admettre que l'exploitation des mines d'étain, commencée en Normandie l'an 1602 ', après s'être développée dans cette province, a passé dans la province voisine, la Bretagne ; qu'elle s'y est établie, et que par une génération féconde elle a produit dans le cours de ce siècle et dans la première moitié du siècle suivant les exploitations successives des mines de Poullaouen, de Rennes, de Carnot, et enfin de Pontpéan? Celle de Pontpéan fut ouverte en 1730, et donna des produits d'une merveilleuse abondance. « Les plom])S de Pontpjéan, dit un contemporain, peuvent seuls suffire à la consommation qui se fait de cette denrée dans une bonne partie du royaume-. » La même observation s'applique aux mines de fer. Les mines de l'Auvergne donnèrent, dès le principe, d'excellent fer en abondance, et l'exploitation en fut faite sur une grande échelle ^ Entre nos usines d'aujourd'hui et celles de 1G02, la filiation nous paraît évidente. De l'Auvergne, cette industrie émigra bientôt dans les autres provinces : elle s'est développée avec le temps dans onze de nos départements, et est devenue une des principales indus-

1 P. Cayet, Chron. septeii., 1. V. t. II, p. 908 15. « Eu Normandie, » des mioes d'argent et de fort bon cstaing. »

2 Expilly , Dict. géograpli. historique et politique, in-folio, 1G(31, t. I"", p. 820.

5 Thuanus , ibid. « lu Arveriiis , fem laudabiles sunt fodiDœ. » — ' P. Cayet , ibid. « Daus les terres d'Auvergue , miues de fer. Ce que » les roys prédécesseurs n'ont jamais veu que de loiug, fut réservé au » règne heureux de Henry IV. »

230 LIV. vil. CII. IV. SUITE DES RÉSULTATS.

tries de la France. Le point de départ, les premiers essais sérieux et suivis de travaux métallurgiques, chez nous, remontent au règne de Henri IV, datent de cette vigoureuse et féconde époque.

CDNTEiNU DU CHAPITRE. "231

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