‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 49 sur 199 · MESURES CONSEILLÉES PAR LES NOTABLES ASSEMBLÉS A ROUEN · texte numérisé non relu

MESURES CONSEILLÉES PAR LES NOTABLES ASSEMBLÉS A ROUEN

Sa Majesté fait déclaration que ceux qui viendront en France et y travailleront continuellement durant trois ans, jouiront des mesmes privilèges que les François naturels ' . »

Les Notables avaient très bien vu le mal ; mais comme ils n'avaient que des connaissances et des idées également bornées en économie commerciale, ils recouraient à des mesures insuffisantes pour retenir l'argent et la substance même du pays qui s'écoulaient. Le besoin d'une part, la fraude de l'autre, devaient venir facilement à bout de leurs prohibitions. Ils n'auraient fait quelque chose de vraiment efficace que s'ils avaient i^n pas prohibé l'entrée dans le royaume des tissus de soie étrangers, mais défendu aux particuliers de porter des draps et étoffes de soie. Et c'est ce qu'ils n'avaient pas osé, ne voulant pas retirer aux ouvriers en soie des manufactures françaises leurs moyens d'existence, et accroître ainsi la population des fainéants et des pauvres. Les Notables, par leur règlement, autorisaient et favorisaient même l'achat fait à l'étranger d'une partie de la soie écrue, et ne s'occupaient en aucune façon d'augmenter la production de la soie chez nous. Or, comme nous achetions une partie de la matière première sans rien vendre aux étrangers, sans rien exporter ; comme bien loin de là nous subissions une énorme importation de tissus de soie, cet achat de matière première était une seconde perte sèche, très considérable chaque armée pour le pays. Les avantages que proposaient les Notables aux ouvriers étrangers pour les attirer en France étaient insuffisants et même dérisoires. C'était d'ailleurs en France qu'il fallait chercher des ouvriers, en se bornant à tirer des pays étrangers un très petit nombre d'artisans consommés dans leur art, qui serviraient de

^ Extrait du Keiglement géuéral fait ou l'assemblée tenue à Rouen, V). 34.

25i LIV. VII. en. V. INSUFFISANCE ET IMPOSSIBILITÉS DE CES .MESURES.

directeurs et de maîtres à nos ouvriers, et qu'on payerait à haut prix. Les contemporains comprenaient avec un admirable bon sens tout ce que les prohibitions des Notables avaient de faible et de vide, et ils disaient : « La » difficulté éstoit qu'avant de deffendre l'entrée des mar- » chandi.ses manufacturées d'or, d'argent et de soye, il » falloit avoir de quoy en faire dans le royaume'. » Tel était le problème : mais il ne fallait pas moins que le génie de Henri IV, les talents réunis de Laffemas et de de Serres pour le résoudre, et avant d'en venir à bout, Henri fut obligé de s'y prendre à plusieurs fois.

Cependant, même au début, même au premier essai, il avait trop d'expérience, trop de sagacité pénétrante, pour s'en tenir purement et simplement aux prohibitions des Notables. Il sentait bien ([ue ces stériles moyens, réduits à eux-mêmes, ne produiraient que da mal, s'ils n'étaient aidés par plusieurs mesures concurrentes vraiment fécondes. Avant donc de mettre à exécution les mesures prohibitives des Notables, il chercha à s'assurer l'aide de l'industrie française ; et cela durant deux ans, à travers les travaux et les soucis de la reprise d'Amiens et du traité de Yervins. A peine libre de ces soins, il reporta toute son attention sur l'importante question des tissus de luxe et des soieries. Les manufacturiers et les marchands de soie de Tours lui promirent que les produits de leur industrie satisferaient aux besoins de tout le royaume, et qu'il en resterait encore assez pour faire une exportation considérable dans les États du Nord. Sur cette affirmation, le roi rendit, au mois de janvier 1599, un premier édit qui défendait l'importation dans le royaume d'aucune marchandise manufacturée d'or, d'argent et de soie".

1 P. Cayet, Chr. septen., 1. II, t. II, p» 64 A.

* Fontanon, t. 1, p. 1046. — Reoueil des Ane. lois franc., t. XV, p. 212. — P. Cayet, Chron. sept., 1. II, t. II, p. 64 A. « Suivant ce

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