L'INDUSTRIK DE LA SOIE. LIVRET DE DE SERRES
et de l'emploi de la soie. Ils tombèrent d'accord que le moyen le plus infaillible et le plus actif était l'inlroduction du mûrier et des vers à soie dans les provinces du centre du royaume, et particulièrement à Paris, oii l'action du gouvernement multiplierait à l'infini la propagation de la nouvelle culture et de la nouvelle industrie dans toutes les parties du territoire. Henri ordonna à de Serres de publier tout ce cpie sa longue expérience lui avait appris sur cette matière. A ces détails fournis par le père de notre agriculture lui-même, de Thou ajoute les suivants ' : (' Olivier de Serres composa par ordre du roi un livret en » français, sur la soierie, afin que cet écrit, en langue vul- » gaire, put être lu de tout le monde, et instruire jus- « qu'aux paysans. » C'est le traité que de Serres a intitulé : La cueillette (récolte) de la soye, par la nourriture des vers qui la font^ adressé au prévôt des marchands et échevins de la ville de Paris, et publié le 1er février 1599. Dans ce traité, de Serres présentait d'abord le résumé historique de l'introduction du mûrier, de la production et du travail de la soie en France. Sa nomenclature des fabriques et manufactures de soie établies dans le royaume jusqu'en 1599, sa statistique de leurs progrès et de leurs produits, sont infiniment moins exactes que celles de
' Olivier de Serres, la Seconde richesse du iiieurier blanc, dédicace à M. Pouipoue de Belliévre, chancelier de France, Paris, Sangrain, 1G03, p. 4. — Le Théâtre d'agriculture, lieu V, t. II, p. 110 A, édit. 1804-1805 : « Le roy, par le discours qu'il me commanda de lui faire » sur ce sujet. » — Thuauus, lib. CXXIX. Le traducteur, t. XIV, p. 142, par une impardonnable ignorance, traduit le mot Serranus de de Thou, par celui de Serran, au lieu de de Serres. Cette erreur a été reproduite et aggravée par l'abbé de L'Écluse, qui a arrangé les Mémoires de Sully dans le siècle dernier. De L'Écluse, outre qu'il nomme de Serres Serran, transforme le célèbre agronome languedocien en un manufacturier provençal. 11 dit à la note 10 de la page 473 du tome II : « Je trouve encore dans les écrits de ce temps-là, qnun i) manufacturier provençal, nommé Serran, entreprit de faire dçs » étoffes de l'écorce la plus fme des mûriers. »
2G2 I.IV. VII. en V. RÈGLES OLE DONNE DE SERRES POUR
Laffemas. Cela n'est pas bien étonnant, puisque Laffemas avait consacré une grande partie de sa vie au commerce des soieries et autres tissus de luxe, soit en France, soit à l'étranger. Mais ce qui peut surprendre, c'est que dans ce qui a trait à la culture du mûrier, dans l'énoncé des localités où cet arbre s'est introduit et naturalisé jusqu'à la lin du xvi^ siècle, le relevé général du marchand est [ilus exact et plus complet ([ue celui de Fagriculteur '. Deux traits particuliers, fournis par de Serres, serviront cependant à compléter le tableau de Laffemas. Après l'introduction du mûrier et de Tindustrie de la soie, en France, par Louis XF, intelligent essai qui ne dépassa pas, à ce qu'il parait, les limites de la Touraine et de Tours, le mûrier et les vers à soie furent tirés du royaume de Naples, par quelques gentilshommes qui avaient accompagné Charles YIII dans son expédition d'Italie, et acclimatés d'abord à Allan, près de Montélimart en Dauphiné : àii là ils furent répandus dans les autres provinces méridionales du royaume. Peu de temps avant la publication de l'écrit de de Serres, cette culture et cette industrie avaient fait une pointe à l'ouest de la France, et pénétré à Caen en Normandie, où elles avaient réussi.
Mais si de Serres est médiocre dans l'historique qu'il présente, il reprend toute sa supériorité dans ce qu'il dit sur la plantation du mûrier, l'éducation des vers et la
> Dans son Supplément au Reiglement général intitulé : Aucuns articles qui ont esté omis, Laffemas, p. 49, 50, indique pour l'année 1597 trois localités autres que celles indiquées par de Serres, comme ayant reçu des mûriers et comme recueillant de la soie, St.-Cbanaond et St. -Romain, dans le Lyonnais, et l'abbaye des religieuses de Poissy dans l'Ile-de-France. Laffemas indique aussi deux autres manufactures pour la teinture et le tissage des soies, Lyon et Paris. (Voir cidessus, le Mémoire de Laffemas et ci-après la propagation du mûrier et des vers à soie dans rile-de-Franc«, l'Orléanais, la Touraine, le Lyonnais )