LA CULTURE DU MURIER ET LA PRODUCTION DE LA SOIE
récolte de la soie. Distinguant en maître, d'après la nature du sol et le degré de la température, les pays impropres à la nouvelle culture de ceux où elle devait nécessairement réussir, il établit comme loi générale que partout où croît la vigne, le mûrier prospérera. Il annonce en conséquence que la plantation du mûrier ne sera pas à essayer dans une partie delà Picardie, de la Normandie, de la Bretagne, mais qu'elle sera tentée avec succès dans quelques cantons de ces trois provinces, et dans toute la Champagne, l'Ile-de-France, la Bourgogne, le Nivernais, le Beaujolais, le Maçonnais, le Lyonnais, le Berri, l'Orléanais, le Limosin, le Poitou, laSaintonge, la Guyenne, la Gascogne, le pays autour de Toulouse où elle n'avait pas pénétré, bien que ce pays dépendît du Languedoc, province séricole. De Serres traitait ensuite de la nature du sol propre au mûrier, des diverses races et espèces, de la plantation et de la culture de cet arbre ; de la feuille du mûrier, de son utilité, de son emploi, de la manière d'en retirer la soie par le ver; du logement, de la nourriture et de l'éducation des vers à soie ; des soins à prendre pour leur faire filer leur soie, et pour recueillir la semence nécessaire à la conservation de la race ; enfin de la récolte et du dévidement de la soie. De Serres annonçait l'espoir que les instructions fournies pariui, que la puissante impulsion donnée par le roi à cette culture et à cette industrie, la feraient pénétrer des extrémités au cœur du royaume, la propageraient dans les provinces centrales et septentrionales de la France. Il excitait les habitants de ces pays par le puissant mobile de l'intérêt, a à tirer des entrailles » de leurs terres le trésor de soye qui y estoit caché, et par » ce moyen à mettre en évidence des millions d'or y crou- )) pissants. » Comme preuve irrécusable de ce qu'il avançait à cet égard, il citait l'exemple des provinces deDauphiné, Provence , Languedoc , où l'éducation du mûrier et des
264 I.IV. vil. cil. V. LETTRE DU ROI. 2O,O0U PIEDS DE MLRIERS
vers à soie était devenue le principal revenu des propriétaires fonciers. «Dans ces pays, disait-il, le revenu du » meurier est tenu pour le plus clair denier tombant dans » la bourse, w En s'adressant aux magistrats municipaux de la capitale du royaume, il se ilattait qu'ils donneraient l'exemple au reste du pays, et l'entraîneraient dans la voie nouvelle où il devait trouver profit et lionneur tout ensemble '.
Des conférences du roi et d'Olivier de Serres étaient sorties, outre cet appel à la nation, outre l'indispensable instruction sur la culture du mûrier et l'éducation des vers à soie, plusieurs résolutions pratiques d'une utilité merveilleuse pour le succès. De Serres avait désigné, dans la campagne de Paris , Madrid et le bois de Yincennes comme propres à recevoir et à nourrir trois cent mille mûriers, et à produire une grande quantité de soie. Le roi, de son côté, avait résolu de planter des mûriers blancs dans tous les jardins de ses palais, et d'y construire des magnaneries et des manufactures pour le premier travail de la soie, qui consistait à la tirer et à la dévider '. En 1600, tandis que le temps et l'activité de Henri semblaient absorbés par ses négociations d'abord, et ensuite par sa guerre avec la Savoie,- par son divorce avec Marguerite de Valois, son mariage avec Marie de Médicis, ses intrigues avec mademoiselle d'Entragues, il suivait, avec un intérêt et
1 Olivier de Serres, La cueillette (récolte) de la soye par lu nourriture des vers gui la font. Paris, Jamel Mettayer, imprimeur ordinaire du roi, 1*^"^ février 1599. Ce traité a été inséré par de Serres dans son Théâtre dagricultiire, où il forme le XV^ chapitre du V<= lien, t. II, p. 107-147, édit. 1804-1805. — La seconde richesse du meurier blanc, Paris, Saugrain, 1G03, Dédicace, p. 8. Le passage cité ci-dessus dans le texte se trouve dans le Théâtre d'agriculture, lieu V, c. XV, t. 11, p. 108 B, édif. 1804-1800.
2 Le Théâtre d'agriculture, lieu V, c. XV, t. Il, p. 109 A, 110 A, m A. — Legrain, Décade, 1. Vlll, p. 419, « avec instruction de la » manière de tirer et dévider la soye. »