‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 54 sur 199 · PRÉCAUTIONS. RÉSULTATS REMARQUABLES OBTENUS A PARIS · texte numérisé non relu

PRÉCAUTIONS. RÉSULTATS REMARQUABLES OBTENUS A PARIS

conduite et dirigée, déclarèrent à leur retour, en 1603, que le mûrier et les vers à soie pouvaient prospérer dans ces diverses localités '. Cette même année, LafFemas publiaitdeuxnouvcaux écritscourts, substantiels, populaires. D'une part, il y indiquait les précautions à prendre pour prévenir la mortalité des vers à soie dont quelques propriétaires avaient souiFert; d'une autre, il encourageait puissamment les nouveaux éleveurs à persévérer dans leurs efforts, en leur apprenant par quels légitimes bénéfices ils devaient être bientôt payés. Dans le cours de l'année 1603, les propriétaires ou les domestiques de l'hùtel de Retz avaient employé la feuille des mûriers, qui se trouvaient plantés dans le jardin, à la nourriture des vers à soie : les vers leur avaient donné 1 8 livres de soie, vendues 84 écus ou 252 livres du temps, avec 20 écus de frais, et 64 écus ou 192 livres de bénéfice-.

Les soins infinis que le roi avait pris par lui-même et par ses agents avaient produit dès lors d'importants effets. Une culture et une industrie d'une immense valeur avaient francbi les étroites limites où elles étaient renfermées et immobilisées, etavaient fait une heureuse invasion dans de nouveaux pays. Henri avait acquis la pacifique gloire à laquelle de Serres rendait hommage en ces termes dans la seconde édition de son Théâtre d'agriculture, publiée en 1 603 : « Yoilàle commencement del'introductiondela soye » au cœur de la France, où l'exemple de Sa Majesté a » esté joinct à ses commendements, avec grande efficace » pour le bien de son peuple \ »

Les dépenses qu'il avait consacrées à ces utiles travaux

* Letellier, Méinoires et instructions pour l'establissementdes meuriers, Paris, 1603.

^ B. Laiîemas, Le plaisir de la noblesse et autres qui ont des héri' iages aux champs, Paris, Pautonnier, 1603, p. 4. Les 192 livre* du temps feraient plus de 691 francs d'aujourd'hui.

3 De Serres, Théâtre d'agriculture, lieu V, c lo, p. 111 A.

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étaient déjà importantes : les sacriflces qu'il devait s'imposer pour perfectionner et étendre son œuvre étaient bien plus considérables. En outre^ on loucbait au moment où un grand cbangenient dans l'industrie devait en entraîner d'autres dans l'administration générale, et par plusieurs côtés dans la politique du royaume ; les finances de l'Etat et le sort de plusieurs classes de citoyens se trouvaient intéressés dans les projets du roi. Le gouvernement en était arrivé au point critique et décisif de toute entreprise : il allait passer des expériences à l'application en grand. Une explication et une délibération, qui n'avaient pas eu lieu jusqu'alors, devenaient inévitables entre Henri et Sully, son surintendant des finances et son principal ministre. Sully, dès le principe, dès l'an 1599, s'était montré bostile à la culture des mûriers et à l'établissement des manufactures de soie : à cette époque, il avait traversé les propositions de de Serres, lequel aurait succombé s'il n'avait été soutenu par le chancelier de Bellièvre '. En 1603, dans sa conférence avec le roi, il ne se montra pas plus favorable aux plans d'économie agricole et industrielle dont ce prince poursuivait l'exécution. Les idées d'un homme tel que Sully commandent le plus fidèle exposé et le plus sérieux examen. Voici la substance des objections élevées par lui contre les projets de Henri. Le climat de la France s'oppose à la culture du mûrier et à l'éducation des vers à soie. Les travaux de la campagne peuvent employer tous les bras et occuper tous les oisifs : il ne s'agit que de les appliquer au défrichement des terres restées jusqu'alors incultes. Le travail de la soie, bon pour des enfants et non pour des hommes, détournera une partie des populations des villes des rudes

1 Voir la Dédicace au chancelier de Bellièvre, de l'opuscule de de Serres, intitulé : La seconde richesse du meurier blanc, dans le Théâtre d'agriculture, t. il, p xxxvj, xxxvij, édit. 1804-1805.

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