‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 56 sur 199 · LE MURIER ET LES VERS A SOIE RÉPANDUS DANS UNE V" PROVINCE · texte numérisé non relu

LE MURIER ET LES VERS A SOIE RÉPANDUS DANS UNE V" PROVINCE

avec zèle ce que le pouvoir royal, alors seul responsable dans le pays, avait décidé.

Henri alFermi désormais dans son dessein d'une manière inébranlable, multiplia, prodigua les mesures propres à rendre générales en France et durables, à tout jamais, la culture du mûrier et l'industrie de la soie. En 1604, il obtint de Sully qu'il fit une plantation en grand de mûriers dans son gouvernement de Poitou ^ C'était une cinquièrne province dans laquelle cette culture était nouvellement établie • c'était mieux encore ; après le roi , le premier ministre donnait l'exemple à tous de la propager. Le 16 novembre 1605, une déclaration du roi prescrivit l'établissement dans chaque diocèse de France d'une pépinière de 50,000 mûriers blancs, que les monastères et les couvents, les plus propres à cette culture, devaient recevoir avec une quantité proportionnée de graine de vers à soie. Dès le mois de décembre de la précédente année, l'évèque de Paris avait donné au reste du clergé l'exemple d'obtempérer à cette injonction. Lors de la plantation faite au commencement de 1603, dans quatre généralités, Laffemas et les commissaires avaient sollicité et obtenu dans beaucoup de localités le concours des curés. Maintenant le roi réclamait celui de tous les évèques du royaume -.

1 Laffeinas, Recueil présenté au Roy de ce qui se passe en l'assemblée du commerce à Paris, P. Pautonuier, 1604, et dans les Archives curieuses, t. XIV, p. 222 : « L'establissemeul du plaiit de meuriers, >) et art de faire la soye eu France a commencé à florir et réussir » pour la présente année (1604) au gouvernement de Poitou, sous la » faveur et sage permission de monseigneur de Rosuy. »

* Déclaration du 16 novembre 1605 dans Foutanon, t. I, p. 1051 ; dans les Ane. lois franc., t. XV, p. 291-294 : « Les bénéficiers et » ecclésiastiques faisans le premier ordre de uostre royaume, nous » avons estimé qu'ils dévoient aussy les premiers embrasser ceste » entreprise, pour y attirer les autres à leur exemple. » — Laffemas, Recueil préseuté au roi, dans les Archives curieuses, t. XIV, p. 229, 230. — Pour le concours des curés dans la plautalion du commencement de 1603, voir l'instruction du même Laffemas dans la Preuve

276 Liv. VII r.ii. V. puis dans tous les diocèses et provinces.

Le {gouvernement appelait donc le olerg<'' à rendre à l'a- {4:riculture et à l'induslrie du pays, dans les temps modernes, les mêmes services qu'il lui avait rendus durant le moyen âge par le défrichement des terres : il le conviait à ajouter ce lustre à l'honneur dont Timmense majorité des évèques s'était couverte au commencement de ce règne, en défendant contre les fureurs de la Ligue et de l'étranger la légitimité de la royauté des Bourhons. Les évoques, après quelque hésitation, ayant répondu à cetappelàpeuprèsunanimement,le roi parvint ainsi àimplanterle mûrier sur presque tous les points du territoire.

11 pourvut à ce que l'ignorance des agriculteurs, grands et petits, et l'inconstance naturelle de la nation, fussent vaincues, en contractant pour une troisième année, c'està-dire pour l'an 1 605, avec les entrepreneurs de 1 602, et en les donnant comme instituteurs et comme directeurs aux populations des dernières provinces du royaume, pour la plantation des mûriers, l'éducation des vers, la récolte et le premier travail de la soie. Les entrepreneurs devaient employer tous leurs soins à les répandre dans la Champagne, la Bourgogne, le Bourbonnais, le Berri, la Gascogne, et surtout dans la Normandie, où des essais heureux avaient été faits pendant l'été de 1604 autour de Bouen, ville dont la population industrieuse appelait de ses vœux cette féconde innovation '.

Le roi affermit et compléta ce qu'il avait fait jusqu'alors pour l'éducation des vers, la production et la préparation de la soie, en augmentant le nombre des établissements

du plant et profit des mcuriers, Pautonnier, 1G03, p. 15, 16 : « Mes » commid du coutroUe seront advertis que pour biea faire entendre » ce bénéfice, ils s'adresseront aux curez des paroisses et leur donne- » ront ces petits traitez, pour autant qu'il est besoin d'apprendre (ins- » truire), presser et solliciter le menu peuple. »

* Lafleinas, Recueil de ce qui se passe à l'assemblée du commerce à Paris, p. 228.

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