‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 58 sur 199 · LIV. VII. OIÎ. V. ETABLISSEMENT DES MANUFACTURES · texte numérisé non relu

LIV. VII. OIÎ. V. ETABLISSEMENT DES MANUFACTURES

TixiTaiidcrié, y faln'iqua le lil d'or dans sa perfection et en grande quantité. Turato, et d'autres Italiens attirés à Paris, nous apprirent également à fabriquer tous les tissus de soie, d'or et d'argent. «Us font, dit un contemporain. » des pièces excellentes en rehaussement de fil d'or et » d'argent, draps d'or et d'argent, toiles d'or et d'argent, » d'or frisé de toutes les façons, avec une grande naïveté » tant des étoffes que des estofures. Tellement qu'aux » damas figurés, satins et autres ouvrages, il sembleroit » que les couleurs qui y esclatent sont choses naturelle- )) ment procréées, comme elles âpparoissent : tant est l'in- » dustrie naïve et subtile de leurs tissus '. »

On profita rapidement de leurs leçons. Le 2 août 1603, le roi put rendre un édit pour l'établissement à Paris d'une manufacture de draps et toiles d'or et d'argent, de draps et étoffes de soie, dirigée par des Français. Le travail de l'exploitation comprenait « la batterie d'or et d'ar- » gent pour battre, couper, iiler ces métaux, à la façon de » iMilan et au titre de 10 deniers 22 grains; les moulins » à soye et mestiers pour façonner et travailler toutes » sortes de draperies de soye, tant pleines que façonnées y> et meslées d'or et d'argent. » La manufacture et ses produits étaient exploités par Saintot, 0. Collebert. Limaigne, Camus, Parfait. Henri les anoblissait sous la condition que la manufacture aurait une existence d'au moins douze années. Pour le même espace de temps, il leur accordait le privilège de fabriquer et de vendre seuls des étoffes de soie à Paris et dans la banlieue : nul autre qu'eux ne pouvait en débiter sans leur formelle autorisation. Il leur

1 Laffemas, Recueil de ce qui se passe à Paris, etc., p. 223. — P. Cayet, Chrou. septcn., 1. VI, t. II, p. 258 B. —Sauvai, Autiq. de Paris, 1. IX, l. II, p. 508. Il relève l'erreur de Richer et de Cayet qui coufondent pour la fabrique des draps et toile d'or, d'argent et de soie, Turato et les Italiens établi» à la Maque, avec Dubourg, qui était un Français, et qui n'a jamais excellé que dans la tapisserie.

DES DRAPS ET ÉTOFFES DE SOIE, DES DRAPS D'OR ET D'aRGENT. 279

concédait le privilège également pour douze ans de fabriquer et de vendre seuls, non pas seulement à Paris, mais dans tout le royaume, des draps et étoffes d'or et d'argent, façon de Milan : il n'y avait d'exception qu'en faveur de Vexin, Desvieux et leurs associés, lesquels pouvaient avoir une seule fabrique et une seule boutique pour les mêmes draps et étoffes d'or et d'argent. Enfin le roi accorda à Saintot et à ses associés un don de 60,000 écus ou 180,000 livres du temps (640,000 fr. d'aujourd'hui) payables en huit ans. A sa naissance, l'industrie nouvelle était aidée par un monopole momentané et par les libéralités du gouvernement , également nécessaires ' . Henri pourvut avec une extrême sollicitude à ce que la grande manufacture de soieries établie à Paris reçût toutes les facilités voulues pour la perfection de la fabrique, et tout l'éclat nécessaire pour la conquête de la popularité. Au commencement de l'année 1604, il destina à son emplacement une partie du parc des Tournelles, abandonné depuis la mort de Henri H, et converti en marché aux chevaux. Il y fît commencer un superbe bâtiment, pour loger les ouvriers des manufactures de soie. Cette construction et quelques-unes voisines , affectées à d'autres industries, formaient les dépendances de la nouvelle place, nommée Royale, à cause de son fondateur. Sa correspondance nous le montre suivant ces constructions avec un intérêt particulier jusqu'à leur achèvement qui eut lieu en 1606, d'après le témoignage des contemporains 2. En 1608, il logea quelques-ups des plus habiles

' Edit d'establissement d'une manufacture d'habits de draps et toiles d'or, d'argent et de soie à Paris, dans le Recueil des anc. lois franc., t. XV, p. 283-287. — Lettre du roi à Rosuy du 1" mai 1604 : « Dans )) le cas où d'autres feroieut les offres les plus advantageuses, je veux » que vous ordonniez que ceux-là seront tenus de payer aux entre- » preneurs des dictes manufactures dans les huit années, la dicte » somme de 60,000 écus que je leur ay promise. »

2 En 1604, P. Cayet. Chron, septen., 1. Vil, t. 11, p. 283 A, dit :

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artisans en soie dans la longue galerie par laquelle il joignait le Louvre auxTuileries, et qu'il venait d'achever. Le monopole, des draps et étoffes de soie, établi pour douze ans au profit de la compagnie Sain tôt, ne comprenait que Paris et les environs. La liberté subsistait pour les manufacturiers et les marchands dans toutes les autres villes du royaume. Le plus grand désir du roi était que la fabrique des soies pénétrât partout, se répandît partout, comme le plant du mûrier. Les anciennes manufactures de Tours, de Montpellier, de Lyon, celle de Lyon surtout, stimulées à la fois et instruites par la manufacture modèle de Paris, prirent une activité, atteignirent une perfection inconnues jusqu'alors. De nouvelles manufactures s'établirent en diverses villes. Dès l'an 1604, on en voit une pour les crêpes fins de Bologne , tant crêpés que lisses, qui jusqu'alors ne s'étaient faits qu'en Italie, élevée dans le château de la ville de Mantes, parla permission de Sully qui en était gouverneur '. Une autre pour les satins de Bruges, et les damas, dits cafards, est érigée à Troyes en Champagne-. Depuis lors cette industrie gagna de

« Au commencement de cestc année, le Roy a faiclaussy commencer » un superbe bastiment au parc des Tournelles, pour lofier les ou- » vriers des manufactures de soye. » D'autres détails sont donnés par Lograin, Décade, 1. VIII, p. 422, in-fol. Eu 1605, le 29 mai.. Henri écrit à Sully (Œcon. roy., c. U9, t. II, p. 19): « Arnault vous dira » comme je me suis enquis particulièrement si l'on commence à tra- 1) vailler aux maisons de la place aux Chevaux (place Royale). » Ce sont les maisons pour les tapisseries, après celles élevées pour les manufactures de soie. En 1606, Isaac Laffemas, dans son Histoire du commerce (Archiv. curieuses, t. XIV, p. 413, 414), indique le bâtiment des manufacRires comme achevé : « Vous avez fait élever près » de votre place Royale, sur le plus beau de vos dessins, les basti- » nients des manufactures. »

1 La matière première de la presque totalité des crêpes était alors la soie, comme on en a des preuves nombreuses ; je ne comiais pas d'autorité qui établisse qu'on fit alors des crêpes de laine.

î B. Laffemas, Recueil de ce qui se passe, etc., Archives cur., t. XIV, p. 223, 232. — P. Cayet, Chron. septen., 1. VII, t. Il, p. 284 A.

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