DÉVELOPPEMENT DES MANUFACTURES SUR TOUS LES POINTS
proche en proche, et à l;i mort du roi elle s'était victorieusement étahlie dans la plupart des villes importantes du royaume.
Henri eut la fz;loire de donner à la France l'industrie de la soie, l'une des principales industries nationales depuis le commencement du xvii*= siècle. Il réussit à la rendre générale et proportionnée aux besoins du pays, tandis que les efforts de Louis XI, de François l^r, de Henri II, l'avaient laissée si restreinte et si insuffisante, que la France recourait pour les cinq sixièmes de ses fournitures à l'industrie et à l'importation étrangères. Le roi dut à une infatigable activité, à une persévérance inouïe, la différence de ces résultats. Les contemporains ont reconnu et signalé sa supériorité à cet égard sur ses prédécesseurs ^ L'un d'eux, dans un langage où l'on trouve déjà une pointe de l'exagération espagnole, qui pénétrait alors dans notre littérature, mais sans que cette bouffissure de style nuise à la vérité de la pensée, exprime ainsi les services que Henri avait rendus à la nation en la dotant de la riche industrie des soies.
« Vos sujets béniront Vostre Majesté et d'aage en aage rendront vostre mémoire vivante en la bouche de la postérité. N'est-ce pas leur en donner les occasions tous les jours par tant de nouveaux establissements d'ouvrages que vous distribuez par les villes de vostre royaume, les excitant à votre exemple d'aymcr ce qui leur apporte des comraodilcz? Témoins ces orgueilleux Bâtiments de la place Royale, dont le front menace de ruyne les estrangers qui vivoient de nos dépouilles, et dont la seule batterie des mestiers, que nos François
y ont montez, faict peur à tout un pays Vous avez commencé le
premier d'embrasser les manufactures pour y porter les François à
• B. Laffemas, p. 228. « C'est chose promise et contractée par Sa » Majesté avec les entrepreneurs dudict establissement qu'il se conti- » nueroit par trois diverses années consécutives, pour se perpétuer, » sans que jamais il en puisse advenir comme du temps des roys ses » prédécesseurs Louis XI, François !<=' et Henri II, qui l'ont entreprins » sans le pouvoir faire réussir, par faute de continuer. »
282 I.IV. vil. cil. V. I.A CULTUftK DU .MUUIEH F,T LA PRODUCTION
vostre exemple, et leur faire prendre la navette aussi préjudiciable aux étrangers que l'cspée '. »
Dej)iiis longtemps, la production de la soie, au moins la production en grand , celle qui intéresse sérieusement l'industrie, ne dépasse plus sur notre territoire les provinces de Bresse et de Touraine. Elle a émigré des provinces du centre et du nord où Henri IV l'avait introduite : elle est retournée et prospère presque exclusivement dans ces provinces méridionales, qui lui ont servi de point de départ, au moment du grand et décisif mouvement que ce prince lui imprima. Quand on considère que pendant le dix-huitième siècle et jusqu'en 1789, nous achetions par an aux nations voisines pour 23 millions de soie grége; qu'en 1813, alors que nous possédions l'Italie, nous tirions encore de l'étranger pour 1 1 ,813,000 francs de soie ; qu'en 183o, nous en achetions pour 48 millions, et en 1847 pour 71,235,815 francs % on demeure bien convaincu qu'entre Henri IV qui voulait l'extension à la France entière de la culture du mûrier et de l'éducation des vers à soie , et les administrateurs et économistes venus après lui qui l'ont restreinte et reléguée dans certaines localités, c'est Henri IV qui a raison. Même dans les provinces du midi, cette culture et cette industrie ne doivent qu'à lui les mngnifi(jues développements- qu'elles y ont pris. Si les instmctions rédigées par ses ordres exprès, imprimées chez ses imprimeurs, et que nous avons sous les yeux, n'avaient pas été répandues à profusion ; si elles n'avaient pas été chercher le paysan dans les cantons les plus reculés et les plus perdus ; si elles ne lui avaient pas donné un enseignement clair d'une manière
' Isaac Laffemas, Hist. du commerce de France, dans les Archives curieuses, t. XIV, p. US, 415.
2 Tableaux produits par M. le comte de Moiitalivet, p. 30. — Tableau général du commerce de la France pour l'année 1847, présenté par Tadministration des douanes, p. 5, 82, 144.
DE LA SOIE, Dr TEMPS DE HENRI IV ET DK NOTItE TEMPS. 283
[lerscvérante ; si elles ne lui avaient présenté des avantages capables de tenter son opiniâtreté routinière et son avarice, que de Serres nous représente comme dépassant les bornes du vraisemblable ; même dans le midi de la France, les trois quarts des terres capables de nourrir le mûrier et le ver à soie ne les auraient jamais reçus. Et une preuve de cette vérité, c'est qu'il en était ainsi depuis l'expédition de Charles Ylll en Italie, depuis cent ans, et que ce pitoyabli? état de choses n'a cédé qu'à la puissante action de Henri. En effet, bien qu'avant sa réforme, la France tirât de l'étranger les cinq sixièmes de sa consommation d'étoffes de soie, on sait d'une manière certaine que le petit nombre de manufactures que nous avions à Lyon et dans le Forez étaient contraintes d'acheter leurs soies grèges non pas dans les provinces du midi de la France, mais en Italie '.
Les établissements manufacturiers , créés par Henri, pour le travail de la soie, dans la région du centre et du nord, ont mieux résisté que ses plantations de mûriers et ses magnaneries. Les manufactures de Paris et de Picardie qui lui doivent leur naissance, subsistent et prospèrent encore aujourd'hui ; le genre de produits qu" elles fabriquent a seulement changé ^. Elles emploient et con-
' B. Laffemas, Recueil de ee qui se passe en l'assemblée du commerce à Paris, présenté au roy, 1604, art. 18, p. 230. « Un seul par- » ticulier, riche marchand et quahfié, entreprend pour tout le pays » de Foretz, d'ailleurs âpre, stérile et pauvre, ledict establissement » du plant de meuriers et art de la soye, en trois ans, pour fort petite » somme par année, et de rendre son pays remply et enrichi desdites M soyes qu'ils sont contraints à acheter chèrement hors le royaume, pour » les maniifacttires qui y sont establies de longtemps, et au pays de » Lyonnois. »
2 Au temps do Henri IV, les manufactures de soie de Paris produisaient des draps et étoffes de soie : aujourd'hui elles produisent des blondes, des gazes, des franges et autres objets de passementerie. Voir Chaptal, De l'industrie française, t. ^11, p. 117. — Dictionnaire uuiverselde commerce, p. 36, 123,558. — Balbi, Abrégé degéogr.,p. 131.
284 LIV. VII. CH. V. RESULTATS l»K CES ÉTABLISSEMENTS
somment une énorme*'qnantité de soie, et les terrains voisins n'en produisent ]>as : TIenri TV s* t'était rhari^é de lever cette contradiction. Dans le midi, les deux tiers des manufactures sont nées de l'activité nouvelle qu'il imprima à cette culture et à cette industrie Odles mêmes qui existaient avant lui, à Montpellier et à Lyon, par exemple, ont puisé dans ce mouvement une activité et une force qui les ont transformées. Les progrès successifs par suite desquels Lyon et ses faubourt?s, après avoir employé au xvf siècle quinze cents bras environ pour la fabrique et le commerce réunis des étoffes de soie, en occupent aujourd'hui cent cinquante mille, et sont devenus la première fabrique du monde, ces progrès datent et partent tous du règne de Henri IV.
Voyons quels ont été les résultats pour la fortune publique des développements donnés par Henri IV à l'industrie de la soie. De son vivant, la France fut affranchie de la plus grande partie de la perte annuelle qu'elle subissait, du tribut annuel de 65 millions d'aujourd'hui, quelle payait à l'industrie étrangère pour sa consommation intérieure. En 1()20, ({uand les manufactures françaises eurent complètement obéi à l'élan que Henri lem' avait imprimé, et lorsque demeurant encore sous l'empire d'un tarif modéré de douanes, elles purent livrer leurs produits à un prix qui n'avait rien d'exorbitant, la ville de Lyon, outre les soies qu'elle tirait de nos provinces méridionales, acheta annuellement au Levant et à l'Italie jusqu'à 20,000 balles de soie grége et ouvrée, pesant ensemble 3,200,000 livres, et valant plus de 75 millions d'aujourd'hui. Elle les convertit en draps et en étoffes de soie, et après avoir satisfait à la consommation intérieure de la France, elle en fournit l'Allemagne, la Flandre, la Hollande, l'Angleterre, le Portugal, avec un bénéfice annuel pour la main-d'œuvre que l'on ne peut pas estimer à
INDUSTRIELS DE HENUl IV l'OUR LES l'INANCES DU PAYS. 285
moins do 130 millions d'à présent. Ce prodic;ieux résultat est attesté i)ar des documents contemporains et irrécusables '. .
L'avidité inintelligente du lise, la folle élévation des droits de douane, à la fin du ministère de llichelieu, et surtout sous le ministère de Mazarin, changèrent ce florissant état de choses, et commencèrent j)our la fabri([ne française une période; de décadence relative et de médiocrité absolue, qui se prolongea jusrpi'à la fin de l'ancienne monarchie. En 1780, notre industrie des soies avait ressaisi quelques faibles dél)ris de sa première prospérité. La France importait, c'est-à-dire achetait à l'étranger, les soies grèges et organsinées pour une somme de 23 millions; mais elle exportait pour plus de 26 millions de soieries fabriquées , manufacturées par elle. Par conséquent, elle avait gagné toute sa consommation intérieure, qui était de 65 millions, et elle plaçait de pins chez l'étranger ses produits pour une valeur annuelle de près de 3 millions. En 1813, l'ancienne France, la France sans les adjonctions faites par les conquêtes de la République et de l'Empire, exportait annuellement les produits de son industrie en soie pour une somme de 31 millions, après le prélèvement de la consommation intérieure : l'exportation était donc augmentée de 28 millions. Mais les grands dé-
' Mémoire manuscrit adressé eu 1G59 au cardinal Mazariu sur la décadence du commerce de Lyon. « Avant 1620^ une balle de soye » du Levant ne payoit que 16 1. 13 s. 4 d. Aujourd'huy elle pays en » tout 112 1. 5. s. 3 d. avant de pouvoir être employée en ouvrages. » Les soyes grézes d'Italie ne payoient que 18 livres, et les ouvrées 26 : » les unes en payent actuellement 118, et les autres 143 livres. Aussi » de 20 mille balles de soye qui venoient à notre douane, année cornn mune, il n'en arrive plus 3 mille. Les marchands d'AUeinague, de » Flandre, de Hollande, d'Angleterre, de Portugal, n'achèlent plus » rien à Lyon : la nécessité les a forcés d'imiter la fabrique de nos » étoffes, ou de recourir ailleurs. » Chaque balle de soie pesait 160 livres.
286 LIV. VII. en. V. ItKSUI.TATS I.MMEDI.XTS ET fhOGHAlN.S,
veloppuments de cette industrie et de ce commerce partent de 1830, et prennent accroissement d'année en année sous la direction d'un gouvernement souverainement sage, et avec l'aide de la paix. En 1835, la France achetait à l'étranger pour 48 millions de soies grèges ; mais après avoir fourni à sa consommation , elle exportait pour la valeur de 114 millions, avec un avantage de 113 millions sur l'exportation de 1813. Les faits (|ui nous restent à ex[)Oser, le tableau du progrès que nous avons maintenant à tracer demandent à être éclairés par quelques définitions empruntées aux publications otlicielles. Le commerce d'exportation est général et spécial. Le commerce général se compose de toutes les marchandises qui passent à l étranger, sans distinction de leur origine, soit française, soit étrangère. Le commerce spécial comprend seulement les marchandises nationales, et celles ([ui, après avoir été nationalisées par le payement des droits d'entrée ou autrement, sont exportées. En 1844, et en ce qui regarde le commerce spécial , la France exportait déjà pour le chiffre énorme de 151 millions 500 mille francs, dont 7 millions 800 mille francs pour les soies, et 148 millions 700 mille francs pour les tissus de soie et de fleuret. En 1847, ce chitlre s'élevait encore, et montait à 153 millions 942 mille francs. Le pays a obéi à la puissante impulsion qu'il a reçue à cette époque, et depuis lors, il n'a cessé d'avancer dans la voie (.lu [irogrès. Eu 1860, il exportait pour 425 millions 300 mille francs de soieries, dont 3!I5 millions 000 mille francs pour son industrie, pour ses tissus de soie et de fleuret. En 1863, il vient d'exporter pour 458 millions 100 mille francs de soies et de tissus de soie. Il faut bien remarquer que, dans le commerce spécial, l'exjKjrtation des soies et des tissus de soie dépasse constamment en importance, et tantôt de plus du double, tantôt de près dun quart, nos autres expor-
RÉSULTATS DE NOTRK TEMPS l'OlIfl I.'lNDUSTIllli ET LE COMMEHCE. ii87
tatioiis les plus considérables, celle des tissus de coton, (ît celle des vins et eaux-de-vie. Prenons i)our exemple les années 1835 et 1844. I^n 1835, la France a exporté pour 144 millions de soieries, tandis que son exportation de cotons manufacturés ne s'est élevée qu'à 61 millions, et que son exportation de vins et eaux-de-vie n'a pas dépassé 66 millions. En 1844, elle a exporté pour 151 millions de soies et de tissus de soie, tandis qu'elle n'a livré à l'étranger que pour 108 millions de tissus de coton, et pour 51 millions de vins et d'eaux-de-vie '. Voilà ce que Henri IV a donné à notre patrie, en lui donnant l'industrie de la soie en grand : voilà ce qu'elle tient de sa main.
Nous avons essayé les premiers de donner, d'après les originaux, une histoire suivie et raisonnée des commencements de cette industrie, l'une des principales richesses de la France. Nous n'avons trouvé sur cette matière, chez les écrivains modernes, que des essais informes. On y réduit tout au mûrier et à la nourriture des^ vers à soie : l'éducation des vers, la récolte et le premier travail de la soie, la fabrique de la soie, sont regardés comme non avenus. De plus , la vérité y est étrangement défigurée.
' Tableaux aauexés à l'exposé de la situaliou de l'Empire, présenté au Corps législatif dans la séance du 25 février 1813 par M. le comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, p. 30, 31. 11 faut avoir bien soin, en consultant ces tableaux, de dégager ce qui concerne l'ancienne France, la France de Henri IV et de Louis XIV, de ce qui se rapporte aux pays conquis au temps de la Républi(iue et de l'Empire, les départements nouveaux des Alpes Muritimes, Doire, Marengo, etc. L'ancienne France n'entre que pour un peu moins de moitié dans la production des soies, l'importation et l'exportation des soieries pour la totalité de l'Empire. — Eu ce qui touche aux exportations de 1835, voir Balbi, Abrégé de géographie, édition de 18i4, p. 131. — En ce qui regarde l'exportation des soieries en 1844, 1860, 1863, voir le Tableau général du commerce de la France avec ses colonies et les puissances étrangères, dressé par l'administration des douanes pour ces diverses années.
!288 1. IV. VII. CM. V. VKRITABLES FONDATEUIIS DE LA SÉRICICULTURE
Le pins intellij^eiit t;t le [)lus actif ministre des projets du roi, (jui demandait solennellement, en janvier 1597, que l'on étendît à la France entière l'industrie séricicole; qui de sa propre personne répandait le mûrier et la soie dans les quatre provinces qui les reçurent les premières ; qui inspirait et dirigeait à Paris toutes les délibérations de ce Conseil des manufactures et du conmierce chargé des détails de l'entreprise; qui succoml)a en 1605, épuisé par la fatigue de tant de travaux, et qui littéralement mourut à la peine, Laffemas disparaît complètement. Henri, qui, dès 159C, voulut remplacer par la production française l'importation étrangère ruineuse, et la prohibition impossible ; (|ui n'eut pas trop de tout son génie, de tous ses soins personnels c^t directs, de toute sa puissance employée sans discontinuité durant quatorze années, pour surmonter l'aveuglement et l'indolence des masses, et jusqu'aux répugnances de Sully, Henri ne joue plus dans ce drame d'économie politique que le personnage du chœur dans les pièces antiques : il assiste à ce (jui se |)asse, et donne de temps en temps quelques conseils. Si l'on en croit les auteurs des Essais, le véritable et le seul créateur de la culture du mûrier et de l'industrie des soies en France, est Olivier de Serres. Ouvrons cependant les ouvrages de de Serres lui-même, écoutons son propre témoignage, donnons-leur pour contrôle le recueil des édits et ordonnances, et nous reconnaîtrons sur ces preuves irrécusables que le rôle de de Serres, dans cette grande œuvre, s'est borné à une coopération très-utile , très-glorieuse sans doute, mais partielle et bornée à deux années. Cette coopération ne commença qu'en 1599 par un appel à l'opinion publique, venu après ceux du roi et de Laffemas, et par d'excellents conseils pour l'éducation des vers à soie. Elle se termina en 1601 par un envoi d'une grande importance pour la propagation du mûrier. Elle
ET DK L'INDUSTIUF, DES SOlEIllES EN FlîANCE. 289
demeura étrangère, par conséquent, à la faljrication et à la manufacture de la soie, qui restaient à créer tout entières.
§ IV. Le roi élablïl les autres industries de luxe.
Le roi protégea, fit revivre ou introduisit dans le royaume toutes les autres industries de luxe.
Les manufactures de verre de cristal, de glaces servant de miroirs, dans le goût de celles de Venise, érigées par Henri II et placées par lui à Saint-Germain en Laye, s'étaient soutenues jusqu'au temps de Charles IX, puis avaient péri au milieu de l'anarchie. Le duc de Nevers, qui était Italien d'origine et qui connaissait les arts de son pays, avait fait recommencer la fabrique des glaces à Nevers, et y avait joint celle des verres imitant la topaze, l'émeraude et les autres pierres précieuses. De Nevers, cette industrie s'était étendue à Lyon. Mais ces manufactures ne donnaient que des produits restreints et imparfaits, et d'un transport coûteux quand il s'agissait de les envoyer à Paris. De plus, les ouvriers français employés dans les deux manufactures y travaillaient uniquement en qualité de manœuvres, ignorant le secret de la confection des glaces, que les directeurs, tous Italiens, s'étaient réservé. Le duc de Nevers donna au roi la première idée d'étendre et de perfectionner cet art , et de le naturaliser dans le royaume. En août 1597, Henri signa, au camp d'Amiens, des lettres patentes pour l'établissement d'une manufacture de cristal et de glaces à Melun. Les lettres disaient que les ouvrages qui en sortiraient devant arriver à Paris par le cours de la Seine, c'est-àdire par une voie sûre et peu dispendieuse, seraient livrés nécessairement aux acheteurs à un prix moins élevé. Le gouvernement était donc dans le secret de l'écononùe
i!90 L. vil. CII. V. LF. 1101 ÉTABLIT LES AUTRES INDUSTRIES DE LUXE.
(les transports, l'un des plus importants en matière industrielle et commerciale. Un privilège pour la confec tion et la vente de cette sorte de verrerie , soit à Paris, soit dans un rayon de trente lieues autour de Paris, était accordé aux gentilshommes italiens, indiqués souslesnoms francisés île Sarrode et d'Horace Ponte. Nul ne partageait avec euxee privilège que deux fabricants appelés Feugère et Pierre, lesquels paraissent avoir été des Français. En 1G03, la commission ou chambre supérieure du commerce stipula avec les manufacturiers italiens qu'en recevant des lettres de naturalisation et de nouveaux bienfaits du roi, ils s'engageraient à apprendre le secret et l'industrie de leurs verres de cristal aux Français qu'ils prendraient pour apprentis ^
L'art de faire des tapisseries de haute lisse avait été connu autrefois et pratiqué avec succès en France. Des débris de cet art s'étaient conservés au milieu de la guerre civile à l'hôtel de la Trinité, qui formait une véritable école. Le FraPxçais Dubourg, l'élève le plus distingué de cette école, exécutait, en 1594, des tapisseries pour l'église de Saint-Merri, sous la direction du peintre Lerambert, avec un succès et un éclat qui attirèrent l'attention du roi. Henri résolut de rétablir à Paris les manufactures de tapisseries, et il mit ce projet à exécution en 1597. Il partagea la direction du premier établissement
' p. Cayet, Cbron. septen., l V-I, t. II, p. 259. « Des verreries de » cryslal à la façon de ceux de Venise. » — Lettres d'establissemeat d'une manufacture de cristal à Melun, dans les Ane. lois franc., t. XV, p. 164-166. — B. Laffemas, Recueil de ce qui se passe en l'assemblée de commerce à Paris, p. 225. « 11 est ordonné par la diligence desdits » commissaires, que désormais lesdils Italiens seront tenuz apprendre » l'industrie et l'invention de leurs verres de cristal au.\ Français » qu'ils prendront pour apprentiz; ce qu'ils avoient ci- devant refusé, » pour les défenses qu'ils prétendoient leur estre faictes par leurs » princes et le serment qu'ils en dévoient à leur patrie. A quoi est » remédié par lettres de naturalité. »
LES GLACES, LES VERRES DE CRISTAL, LES TAPISSERIES. 2i)l
de cfi f^orire entre Diihourg, et Laurent, autre artiste excellent. Il leur assit^na à la fois des appointements et un salaire journalier, qui leur assuraient une lionorable aisance. Il les plaça d'abord dans la maison professe des Jésuites, abandonnée depuis le parricide de Jean Cliâtel ; et quand les Jésuites revinrent, il les transféra dans l'un des étages de la longue galerie du Louvre, son autre création. Dubourg et Laurent avaient sous leurs ordres quatre apprentis et un grand nombre de compagnons. Ils payèrent les bienfaits du roi par un grand nombre d'ouvrages, où ils déployèrent de rares qualités et une grande babileté pour le temps. C'est à Sauvai, qui nous a conservé tant de précieuses traditions, que nous devons les renseignements qu'on vient de lire sur cette fabri(jue et cette école de tapisserie toute nationale, dont il n'est parlé nulle part ailleurs * .
A côté de la manufacture française, le roi érigea une manufacture flamande. Ou bien il espérait que nous emprunterions aux étrangers quelques secrets de cette industrie qui nous étaient encore inconnus; ou bien, en mettant les deux arts en présence, il voulait les pousser à la perfection par la comparaison, par la concurrence. Il appela en 1603 les ouvriers de Flandre les plus babiles en tapisserie : c'étaient les Comans et Laplanclie. Il les logea au faubourg Saint-Marcel, dans la maison des Gobelins; il aida leur établissement par une subvention de 100,000 livres de ce temps-là, environ 300,000 fr. d'aujourd'hui. Un contemporain qui avait examiné avec soin leurs ouvrages, en parle en ces termes : a Tant pour » les commoditez que Sa Majesté leur a données que pour 0 se faire valoir eux-mêmes, ils y apportent toute dili-
' Sauvai, Antiq. de Paris, liv. IX, t. II, p. 506. II relève l'erreur de Richer et de P. Gayet qui transforment Dubourg en artisan ou artiste italien.
^292 LlV. VII. CM. V. LES TAPIS, FAÇON DU LEVANT.
» gence. Il ne se pourroit jamais rien voir de mieux, ni » pour les personnages auxtjuels il semble qu'il ne leur » manque plus que la parole, ni pour les paysages et » histoires qui sont représentés d'après le naturel ' . »
Par la succession des temps, les papiers peints se sont substitués aux tapisseries pour la tenture des appartements, et il est impossible aujourd'hui d'apprécier l'étendue et l'importance qu'avaient au commencement du XVII* siècle l'industrie et le commerce des tapisseries.
En 1604, un artisan français entreprit d'établir pour Paris et pour toute la France une manufacture de toutes les sortes de tapis du Levant, de Turquie, de Perse, du Caire, d'Alexandrie. Il parvint à les faire plus beaux, plus forts et à meilleur marché. Il en présenta au roi et aux seigneurs de la cour des échantillons dont ils admirèrent l'artifice et louèrent justement lutilité. En effet, dès lors toutes les fantaisies du luxe pouvaient être satisfaites, sans que l'argent qu'on y consacrait sortît des mains françaises. La commission ou chambre supérieure de commerce approuva spécialement cette fabrique ; le roi la prit sous sa protection, l'établit dans le Louvre, comprit les directeurs dans les privilèges qu'il accorda en 1608
' B.Laffemas, Recueil de ce qui se passe, etc., p. 225: «Lemesme (la » même chose) esl ordouuépour les tapissiers flamau s qui ue vouloient. » aussy laisser le secret de leur industrie en France. » — Lettre du roi à Sulljdu 15 mars 1607, dans les Lett. Miss., t. 7, p. 131,13-2 : « Mon amy, » vous avez assez de fois veu les poursuites que les tapissiers flamans ont » faictes pour estre satisfedts de ce qui leur avoit esté promis pour » leur establiisement dans ce royaume. De quoy ayant, par une der- » nière fois, traité en la présence de vous et de M. le garde des » sceaux, je me résolus enfin de leur bailler cent mille livres. Mais » ils sont toujours sur leurs premières plaintes, s'ils n'en sont payés. » C'est pourquoi je vous fais ce mot pour vous dire que j'ai un extrême » désir de les conserver. Et pour que cela despend du tout du paye- » ment de ladicte somme, vous les en ferez incontinent dresser, afin » qu'ils n'ayent plus de sujet de retourner à moy... Faites-les donc » payer, puisque c'est ma volouté. » — P. Cayet, Chrouol. septen., 1. Vi, t. II, p. 258, 259.