UNK SALUTAIRE CONCURRENCE LEUR EST DONNÉE
tous les membres de la communauté , et que la durée de leurs fonctions ne dépassait jamais deux ans'. Cette autorité, aidée du concours des agents du gouvernement, suffisait largement à la répression de cette fabrication vicieuse, de ce débit frauduleux et improbe, qui avaient fait la décadence de l'industrie et du commerce français, en même temps que le désespoir des populations.
Ce n'était pas le tout d'avoir mis les choses dans cet état, il fallait les y maintenir, et empêcher que les vices et les abus expulsés momentanément des communautés n'y rentrassent. Le roi chargea de ce soin un corps spécial dont nous exposerons tout à l'heure la constitution en entier. L'une des attributions de ce corps fut de veiller sans cesse sur les communautés et sur les gardes jurés eux-mêmes, de les rappeler les uns et les autres à l'observation de leurs devoirs quand ils s'en écartaient, de réviser les statuts et règlements des corporations et de perfectionner leur organisation primitive''.
Henri vit l'avenir' comme le présent. Les gouvernements qui succéderaient au sien pouvaient, faute de lumières ou de fermeté , déjouer ces précautions prises contre le désordre, mettre en défaut ces sages institu-
1 Édit du mois d'avril 1597, article 4 : « Et d'autant qu'en la plus 1) grande partie des villes et autres lieux jurez du royaume, il n'y a » aucuns gardes jurez des marchands... Enjoignons très-expressément » à tous les corps et communautés des marchands tant des villes et » lieux jurez que non jurez^ incontinent après la prestation du ser- » ment, de faire assemblée de leurs corps et commuuautez, et par » l'advis d'icelles nommer et eslire un ou deux gardes jurez : lesquels )) feront garder et observer les statuts, ordonnances, privilèges faits » en faveur des dits marchands, selon et en la forme contenue dans » leurs statuts. »
^ liarth. Laffemas, Recueil de ce qui se passe, etc., no32, p. 237, parle.» eu lG04,d'un travail très-avancé de la chambre supérieure, conseil, ou commission du commerce, consistant dans la révision, la refonte et la réforme des statuts et règlements des communautés de Paris et de toute la France.
310 LIV. VII. CH. V. UNE fARTIE DE I. 'INDUSTRIE
lions. Le roi le sentit, se précautionna lui-même , et garantit au moins en partie la France contre celte funeste éventualité. 11 conserva avec soin et il étendit le principe d'une industrie et d'un commerce libres, placés à côté de l'industrie et du commerce des communautés , et leur faisant une utile concurrence. Il existait avant lui des classes d'artisans et de négociants privilégiés, c'est-cà-dire existant en dehors des communautés, atîranchis de tout devoir et de toute obligation à leur égard , ne dépendant que du roi et de ses officiers. Tels étaient les artisans et marchands de l'Hôtel, ceux de l'hôtel de la Trinité, et quelques autres encore. Henri les maintint dans leurs privilèges et dans leur liberté : de plus, il ajouta une classe aux classes déjà existantes, celle du Louvre constituée par ses lettres patentes du 22 décembre 1G08. Les artistes, artisans, marchands établis dans la galerie du Louvre, et ceux qui leur succéderaient, étaient déclarés maîtres par le seul fait du choix du gouvernement, sans qu'il fùl nécessaire qu'ils eussent appartenu à aucune communauté, ni qu'ils eussent subi aucune de leurs éprtiuves. Dubourg, élève de l'hôtel de la Trinité, et plusieurs autres, étaient dans ce cas. -Les maitres du Louvre travaillaient dans les maisons et boutiques de la grande galerie, et dans tels autres lieux de la ville qu'ils voudraient choisir, sans jamais être visités, contrôlés, empêchés par les maîtres jurés des arts appartenant aux communautés : ils vendaient leurs produits à Paris et dans toutes les villes de France en pleine liberté. Leurs apprentis, au nombre de deux, étaient également libérés des épreuves imposées aux apprentis des communautés : leur apprentissage terminé, ils recevaient des lettres de maîtrise sur le seul certificat de leurs maîtres '. L'indus-
1 Voir les lettres patentes du 22 décembre 1608, dcuis Sauvai, 1. IX, t. Il, p. 507; daus l'Encyclopédie méthodique, Arts et Métiers, t. IV,p. 423.
ET DU COMMRKCE EST CONSTITUEE A L ETAT I.HlME. 311
trie et le commerce du Louvre et des autres classes privilégiées, c'est-à-dire libres, étaient évidemment un recours ouvert au public contre les abus ou l'insullisance de l'industriQ et du commerce des communautés, dans le cas où elles viendraient à se corrompre de nouveau.
En même temps que le roi avait travaillé à rendre à notre industrie et à notre commerce la liberté et la discipline qu'ils avaient perdues, il avait pourvu à leur progrès et à leur développement. Il avait chargé le corps auquel il avait déféré la haute surveillance des communautés du soin plus important encore de conduire et de diriger Findustrie dans la voie des sages, mais hardies innovations. Il fallait que ce corps, placé au centre du pays, dans le siège du gouvernement qui l'aiderait , investi de pouvoirs supérieurs, prît connaissance des découvertes et des perfectionnements qui viendraient à se produire dans chaque art ou métier, et qu'il instruisît toutes les communautés et classes libres des résultats obtenus par l'une d'elles en particulier, ou par des individus isolés. Ce corps avait en outre à consulter les ambassadeurs du roi et les marchands qui faisaient le commerce au dehors, à se tenir ainsi au courant des pratiques déjà anciennes mais inconnues chez nous, des procédés nouveaux, des inventions récentes des nations voisines ; il avait à les répandre dans notre pays au moyen d'instructions raisonnées, et de l'établissement en France des plus habiles ouvriers étrangers. Le développement de chacune des branches de notre industrie dépendait en grande partie de la direction et de l'impulsion qu'il lui donnerait.
C'est dans ces vues de rénovation et de progrès que Henri donna les lettres patentes du 1 6 avrill601 . Par ces lettres, il forma et établit un corps chargé « de vacquer
312 I.IV. vil. CM. V. INTELLIGE.NTE DIRECTION DONNEE A L INDUSTRIE
» au rétablissement du commerce et manufacture dans le » royaume. » Le nom que lui donne le roi lui-même est celui de commission; de Thou l'appelle un tribunal, une juridiction de commerce; d'autres contemporains le nomment un conseil ou une chambre de commerce. C'est le premier conseil de commerce qu'ait eu la France. Les renseignements fournis jusqu'à présent sur cette institution à sa naissance sont inexacts en partie et surtout très-incomplets. Les membres qui composaient la commission étaient tirés du conseil d'Etat, du parlement, de la chambre des comptes, de la cour des aides \ Il ne faut pas croire qu'ils fussent étrangers aux questions d'industrie et de commerce : elles leur étaient au contraire trèsfamilières. 11 entrait dans les attributions du parlement qu'un certain nombre de ses membres formassent des commissions chargées de la police et des subsistances de Paris, et par conséquent de la surveillance de diverses industries exercées dans cette ville et dans les provinces environnantes. La cour des aides, par la nature même de ses fonctions, était conduite à s'occuper de toutes les marchandises et denrées qui se vendaient dans le royaume et des industries qui les produisaient. On connait les noms de plusieurs des conseillers d'Etat entrés dans la commission ou chambre supérieure de commerce, et chargés de la présider : Jeannin, Chcàteauneuf, de Gesvres, le chancelier de Bellièvre, et l'on sait qu'ils avaient dès longtemps étudié les matières d'industrie et de commerce : le chan-
» Maudement du roi du 7. décembre 1602, dans le Recueil des auciennes lois franf-aises, t. XV, p. 278 ; « Comme par nos lettres pa- » tentes du 16 avril 1601, et autres subséquentes, nous avons commis n et députiez plusieurs de nos officiers des cours souveraines et autres » notables personnages, pour \acquer au restablissement du commerce » et manufacture en ce royaume. » Tbuauus, 1. CXXIX, § 13, t. VI, ]>. 170, édit. Lond., 1733 : « Itaque, et commercii nomine, tribunal n iustilutum, in quo ex sacri contistorii, senatus, vectigalium cousi- )) liariis delecti jus dicerent. »
RT AU COMMRRCE POIJU LEUR DÉVELOPPEMENT. '.ii[i
celierde Bellièvre, qui avait appliqué son esprit à ces sujets durant ses ambassadesi, avait accordé la plus constante et la plus utile protection à de Serres au moment où il plaidait la propagation du mûrier et de la soie en France'. De plus, les membres de la commission de commerce suppléèrent largement n ce qui pouvait leur manquer de connaissances techniques, en appelant dans leur sein le contrôleur général du commerce Laffemas, et les [)rincipaux fal)ricants et marcliands du royaume , en écoutant leurs explications , en examinant avec le plus grand soin leurs mémoires, en compulsant les registres et les statuts des corporations d'arts et métiers'.
Les membres de la commission ou conseil du commerce, qui avaient rendu de si grands services en 1603 pour la plantation du mûrier et la propagation de l'industrie nouvelle de la soie ', n'accordèrent ni moins d'attention ni moins de soins aux anciennes industries : ils rendirent à plusieurs une vie nouvelle ; ils donnèrent à d'autres de merveilleux développements.
Dans les années 1602 et 1603, ils parvinrent à remonter aux causes de la décadence de nos manufactures de draps et étoffes de laine, qui avaient été longtemps les premières de l'Europe; qui, maintenant déchues par la négligence et l'improbité des fabricants, avaient perdu l'approvisionnement des nations étrangères et même d'une partie de la France, et qui ne donnaient plus que
1 De Lamarre, Traité de la police, l. 1, p. 118, 205, 210. 993; t. Il, p. 264, 269. — Barthélémy Laffemas, Recueil de ce qui se passe, etc., u»s 25, 30, p. 233, 236. — De Serres. La seconde richesse du œeurier blanc , dédicace à Mgr de Belièvre , chancelier de France , 1603, p. 4, 5 : « Vostre sage prudence, joincle avec expérience de vos » lointains voyages, pour vos prandes ambassades, en a bien sceu » considérer l'utihté (du mûrier et de la soie). »
2 B. Laffemas. Recueil de ce qui se passe, etc., n»' 12, 13, 18, 19, 20, 21, 30, p. 226, 227, 230, 231, 236.
^ Voir ci- dessus, chapit. V, § 3.
:Ui I.IV VII. en V liKTAr.lJSSEMENT DES MANUFACTURES DE DUAPS
la sixième partif des produits qu'elles avaient fournis .lutrt'i'ois. Les membres de la commission dû commerce trouvèrent le seul remède efficace au mal « dans le réta- )) blissement des manufactures de draperie et des tein- » turcs en leur légalité, bonté et perfection ancienne; » et ce rétablissement lui-même dans un règlement gênérai qu'on ferait exactement observer par tous les corps de métiers, en commençant par ceux de Paris. Pour parvenir à ce résultat, ils rassemblèrent et dépouillèrent les registres, statuts, règlements des dix métiers qui formaient l'ensemble de l'industrie de la draperie, et tirèrent ces renseignements de toutes les provinces du royaume. C'était un travail immense. Ils en furent payés par les résultats qu'ils obtinrent. En 1606, les progrès de la décadence de la draperie étaient arrêtés : à la lin du règne, nos fabriques avaient retrouvé une partie de leur ancienne activité et prospérité. Une réforme plus prompte et plus entière était introduite , dès 1 604, dans les manufactures de bas d'estame et de soie : les statuts et règlements nouveaux qui leur étaient imposés par la commission de commerce coupaient court aux abus et malversations qui s'y étaient commis jusqu'alors : le public était mieux servi et nos fabriques retrouvaient une perfection qui devait leur rendre en peu de temps la fourniture des pays étrangers '.
Pendant les années 1602 et 1603, la commission du commerce avait fait appel en même temps aux industries nouvelles , aux découvertes dans chaque industrie,
' Barthélémy LaU'emas, Recueil de ce qui se passe, etc., 1604, n"^ 5, 30, 32, p. 223, 236-238. — Isaac Latfemas, Histoire du commerce, 1C06, p. 415 : « Il faut coufessor que si la chambre de com- » merce a coulrihué à restablissemeut des manufactures de soie, elle » ne s'employe pas mohis à l'emeltm celles de laine en leur ancienne » bonté, qui s'en alloieiit perdues, si Vostre Majesté u'y eust opportu- » uéuiciit mis la uiain. »
ET DE BAS. ESSOK nES NOUVELLES INDUSTRIES. 315
(jne l'indifférence des «gouvernements précédents avait négligées et laissées à l'écart , ou que les préjugés et la jalousie des corporations avaient étouffées. La commission examina les inventions et les procédés qui lui furent soumis , approuva tous ceux qui étaient sérieux , leur fournit les moyens de s'établir et de se répandre, en obtenant pour eux la sanction du conseil d'Etat ; en leur assurant avec une publicité solennelle la vogue, le facile débit de leurs produits ; en leur ménageant, dans certains cas, des encouragements du gouvernement pareils à ceux qui avaient été accordés aux industries de luxe. Au commencement de 1604 , beaucoup de notables manufacturiers et marchands du royaume se réunirent aux membres de la commission du commerce, et formèrent une assemblée qui tint ses séances au Palais à Paris. Ce fut une réunion des états-généraux de l'industrie nationale. Le recueil ou procès-verbal de sa session fut présenté au roi, avec la distinction de ce qui était déjà mis à exécution, et de ce qui était seulement approuvé et projeté par le congrès industriel. Voici la liste des découvertes qui avaient déjà reçu leur application.
Les moulins tranchants et les martinets au moyen desquels le fer se tranchait et se fendait en autant de pièces aussi menues et de la façon que l'on voulait, c'est-à-dire en bai^uettes ou verbes de toute dimension et de toute forme. Jusqu'alors ce travail ne s'était fait qu'à la main chez les serruriers , à grands frais ; et, quand on l'avait trouvé trop cher et trop lent, il avait fallu acheter les baguettes ou verges de fer de diverses dimensions dans les pays étrangers , principalement en Allemagne. Ainsi.' dans la fabrication générale du fer, on venait de découvrir et d'appliquer ce que Ton nomme la fenderie et la filerie. Les mêmes moulins et martinets battaient et aplatissaient le cuivre et 1" airain, les réduisaient eu lames, en
310 MV. vu. cil. V. I.A KKNDF.IUE KT LA I ILEHIK DES MÉTAUX.
préparaient plu.^ en un jour qu'un chaudronni».'r n"(Mi avait fait jusqu'alors en un mois, et permettaient de les livrer au commerce à bien meilleur marché. Ces nouveaux [)rocédés pour la fabrii-ation du fer, du cuivre, de l'airain, établis primitivement en un seul lieu, sur la rivière d'Etampes, se répandaient déjà, en 1604., dans toutes les provinces de la France.
La conversion du fer en acier fin. Quoique la France abondât en mines de fer, elle n'avait su en tirer jusquelà que le petit acier de Brie et de Saint-Dizier, et elle avait été obligée de se procurer l'acier fin en Piémont, en Allemagne et dans d'autres pays. L'acier fin acheté à rétranger coûtait cinq et six sous de ce temps-là la livre : celui qu'on obtenait depuis peu en France ne se vendait que deux ou trois sous au plus; c'était une diminution de moitié sur un objet d'une immense consommation. Les fourneaux de la nouvelle manufacture avaient été établis au faubourg Saint -Yictor, à l'embouchure de la Bièvre.
Les membres de la commission du commerce proposaient aussi de réformer "et de perfectionner la fabrication du fer, qui àla vérité venait de s'enrichir de divers procédés pour convertir le fer en acier, pour le fendre et le filer, mais qui, dans les pratiques les plus essentielles, laissait prodigieusement à désirer. En elîet, elle fondait et forgeait encore ce métal dune manière si vicieuse qu'elle n'obtenait que du fer aigre et cassant, et qu'elle laissait' dans la plus cruelle souffrance presque tous les arts industriels.
Dans d'autres industries, on avait à signaler les plus heureux progrès. La fabrique de tuyaux de plomb, aussi longs et de tel calibre que l'on voulait , battus et légers connue du fer à cuirasse, plus solides et de plus longue durée que les anciens tuyaux , coûtant beaucoup moins cher. Les anciens tuyaux étaient composés de bouts
I.'aCIF';!!, I.A KABHICATION Di: FEU ET DU PI.OMB, LE TlLANC DE PI.OMR. 31"
fort courts, réunis entr<' eux par une soudure malsaine etimparfaite tout ensemble; les ingrédients qui entraient dans la soudure tonaiout du poison et o(»rroin]tai('nt les eaux; la soudure laissait tlans les tuyaux des tissures à tmvers lesquelles l'eau filtrait , croupissait , et déterminait de fréquentes ruptures. La santé publique était donc aussi intéressée que l'industrie dans la nouvelle invention,
La fabri([ue du blanc de plomb, espèce de substance tirée du [)lomb au moyen du vinaigre , indispensable dans la peinture, nécessaire encore à d'autres usages, que l'on était contraint d'aller clierclier et acheter chèrement hors de France. Le blanc de plomb fabriqué en France était d'une qualité supérieure et duu ])rix bien moindre.
Ces inventions, ces procédés, ces pratiques, étaient déjà mis à exécution en 1604 : la commission du commerce leur avait ménagé et préparé des établissements dont les particuliers ou le gouvernement avaient fait les frais. Elle avait examiné et approuvé beaucoup d'autres découvertes pour lesquelles elle réclamait le passage de la théorie à la pratique et les mêmes encouragements. Il faut mettre en première ligne la préparation complète des futaines dont on faisait alors un prodigieux débit, et la fabrication en grand du coton au moyen d'une machine d'un nouveau et ingénieux mécanisme. Les membres de la commission s'exprimaient ainsi sur ces deux articles :
(I Les (utaines d'Angleterre sont ainsi appelées, quoiqu'elles soyent manufacturées en France, en Italie et en Allemagne, en bien plus grande perfection qu'au pays d'Angleterre, où il ne s'en fait quasi point. Mais elles y sont toutes portées, à cause d'un secret qu'ils avoient seuls au pays d'Angleterre de les sçavoir teindre, apprester et friser en perfection. Mais ce secret est descouvert et introduit en France. A quoi les sieurs commissaires ont longtemps et beaucoup travaillé, pour faire recognoistre la vérité de l'espreuve et du profit par les experts, et en disposer l'établissement. 11 est certain qu'il en
318 LIV. VII. CH. V. LES FUTAlNES, LES LAINES ET COTONS.
peut provenir beaucoup de commodité et d'enrichissement, pour le grand gain qui se faisoit en cette dernière façon, et pour le grand débit.
» L'invention nouvelle de faire filer en un seul atelier grande quantité de toutes sortes de laines et cotons, et autres semblables étoffes, par les petits enfants, aveugles, vieillards, manchots et impotens, assis à leur aise, sans travail ni peine de corps, plus en un jour qu'il ne s'en peut faire eu trois par les quenouilles, et en plus grande perfection. L'auteur en fait venir les expériences à Paris et en avance les frais, sur l'espérance qu'il a d'en eslre reconnu, par l'entremise et autorité des commissaires, lesquels en ont traité et examiné les moyens. Ce sera un grand avancement et enrichissement pour les manufactures de toiles et de la draperie. »
La commission du commerce, se conformant aux intentions du roi, s'était fort occupée aussi des inventions et des procédés qui concernent l'alimentation publique. Elle avait accueilli avec la plus grande faveur et s'occupait à répandre partout des bluteaux nouveaux, avec lesquels on blutait plus de farine en une heure qu'on ne l'avait fait en un jour par l'ancien procédé, et au moyen desquels on obtenait du pain fait avec infiniment plus de propreté, plus sain et de meilleur goût. Elle avait instruit les mariniers de tout le cours de la Seine d'un genre de pèche qu'ils ignoraient encore, mais que les mariniers de la Loire pratiquaient depuis longtemps : c'était la pêche des poissons de mer, en passage dans les rivières, entre Noël et Pâques.
Ses instructions sur ce point se trouvaient appuyées de l'exemple de Henri , qui depuis six ans avait travaillé à la création de ce que nous nommons aujourd'hui la pisciculture, dans laquelle il voyait l'un des principes de l'alimentation et des ressources nationales. Ce génie prodigieux d'étendue et de souplesse, auquel rien de ce qui était utile n'était ni indifférent, ni étranger, avait, dès 1597, repeuplé de poissons les fleuves, rivières, étangs du royaume, par les sages dispositions insérées dans son
BLUTEAUX NOL'VKAL'X, l'ÊCIlE NOUVRI.LK, l'ISClCl.'I.TIIlE. 31 1>
ordonnance sur les eaux et forets. Les articles 38 et 39 portent : « Alin de remédier et pourvoir aux fraudes, astuces, tromperies des pesclieurs, lesquels, avec un nombre inlini d'engins défendus et prohibés par les ordonnances , peschent indilïéremment toutes sortes de poissons , en dépeuplent nos eaux , fleuves , rivières , étangs, et causent en ce faisant la cherté d'iceux. Nous inhibons et défendons à tous pesclieurs d'user d'aucuns engins , bien ({ue permis par les ordonnances, qu'ils n'ayent esté au préalable marquez de l'ordonnance de nos oliîciers es sièges des tables de marbre, avec des marques en plomb où seront empreintes nos armes, à peine de confiscation des dits engins non marqués, de vingt escus d'amende pour la première fois, et de punition corporelle pouf la seconde. — Enjoignons à nos procureurs es sièges des tables de marbre et leurs substituts de tenir la main à ce que l'on ne pesche en temps de fraye prohibé et défendu^ et q\C aucuns poissons ne s'exposent en vetite, qu'ils ne soient de la qualité portée par les ordonnances. » Au temps même des délibérations de la commission du commerce, en 1602 et 1603, Henri poursuivait cette réforme et cette amélioration : d'après le témoignage de de Tliou, il s'occupait à peupler de poisson les étangs , réservoirs , canaux des diverses résidences royales ', Ainsi la commission du commerce, en travaillant à améliorer et à étendre la pèche dans le cours entier delà Seine, ne faisait autre chose que s'inspirer des idées du roi et les appliquer.
Dans les projets présentés et recommandés , comme dans les projets réalisés, il y avait une part pour ce qui tou-
* Ordonn. sur les eaux et forêts, art. 38, 39, dans les Ancien, lois franc., t. XV, p. 163. — Thuanus, 1. CXXIX, t. XIV, p. 142 de la traduction : « Le roi fit faire des ménageries, des réservoirs à mettre du » poisson. ))
320 I.IV. vil. CII. V. i,A CLI.TUKF, ItU IllZ EN GKAND, LES VINS.
chait à l'industrie agricole, à la remonte de la cavalerie, aux relations plus actives et plus rapides du commerce, aux ressources du pays, à la production des plantes pouvant remplacer le blé. Ainsi la commisson du commerce pré.sentait en ces termes un plan pour l'extension et la propagation des haras en France. « L'établissement des » baratzen France, pour y remettre des chevaux en telle » quantité et perfection qu'ils y estoient du temps de » Charleraagne, où il se trouve qu'il y en avoit plus que » de bœufs et de vaches, et que tant s'en faut que les » François fussent contraints d'en achepter des estrangers, » qu'ils en fournissoienl toute l'Europe; tant les pastura- » ges, les eaux, et toutes autres commoditez nécessaires » pour les chevaux y sont abondantes et exquises. Les » sieurs commissaires ont envoyé lettres de Sa ^lajesté » vers tous les baillifs et seneschaux de chaque province, » pour avoir avis des lieux ou desjà les dits haratz se » trouvent establis, et des commoditez d'y en establir da- ») vantage, comme aussi des autres lieux commodes de la » France où il n'y en a point à présent ; à fin d'en faire » un bon et ample règlement et establissement général. « La commission du commerce demandait encore que l'on fit des essais en grand pour l'introduction en France et la culture du riz, « cet aliment substantiel qui pou voit ser- » vir de paiu et de viande aux pauvres gens et à ceux qui » voyagent sur mer. » Elle demandait aussi qu'on remédiât aux altérations et falsifications qu'avaient subies les vins, surtout ceux d'Orléans '.
La plus grande solennité et la plus grande publicité furent données aux opérations de la commission du com-
* Pour les ouze paragrafjhes précédents, voir Barthélémy Laffemas. Recueil présenté au roy de ce qui se passe eu rassemblée du commerce au Palais à Paris, P. Pautounier, 1G04, u»» 8, 9, 11, 12, 13, 23, '29, 31, 39, 40, 41, p. 224-2-27, 232, 235, 237, 241-243. — P. Cayel , Chrou. septen., 1. VII, t. Il, i». 284.