i.iv. vil. cil. vi. facilites nécessaihes \u commerce
commencé à restaurer l'agriculture et l'industrie, le commerce avait retrouvé son principe, ce qui le faisait vivre, la matiÎTe mAme sur laquelle il devait s'exercer. Quant aux moyens qui lui étaient nécessaires pour s'exercer, une partie lui avait été rendue par le rétablissement de la paix et de l'ordre public. Mais il attendait les autres facilités, les autres secours, dont il n'avait pas moins besoin, du bon état des voies de communication, de la réparation et du développement des routes par terre et par eau. Avec plus ou moins de temps et de peine, le paysan et le citoyen livré à l'industrie parviennent toujours à conduire leurs produits à la ville voisine , au marché voisin. Il en est tout autrement du transport des marchandises d'une province à une autre, et souvent d'un bout du royaume à l'autre : ce transport exige impérieusement des chemins soigneusement entretenus, les communications les plus courtes , les plus faciles , les moins coûteuses possible.
Les avantages qu'un peuple lient de la richesse de son sol et de l'activité de son industrie ne sont pas des avantages absolus, mais conditionnels, subordonnés à l'état du commerce, dépendant en grande partie lui-même de l'état des voies de comnmnication. Dans les temps de paix et de prospérité, les produits agricoles et industriels dépassent le nécessaire des populations locales dans une proportion inégale, mais s'élevant de trois ou quatre fois à des millions de fois. Tout cet excédant est naturellement destiné à fournir aux besoins des populations voisines ou des étrangers, qui, en échange, rendent aux populations locales ce dont elles manquent. Que les routes disparaissent ou soient mauvaises, trop longues, trop coûteuses, dès ce moment les échanges cessent, l'excédant des produits sur les besoins de chaque population locale devient une inutilité ([ui périt cpielque temj)s sur place, et enfin ne se re-
HAUTE IMPOnTANCE DES VOIES DR COMMUNICATION. 353
produit plus. Dès lors aussi les habitants des diverses provinces d'une même Etat manquent réciproquement de ce (pi'ils ne produisent pas eux-mêmes, et de ce qu'ils pouvaient se donner mutuellement : une partie d'entre eux en demeure absolument privée et souffre, une autre partie le demande aux étrangers, mieux pourvus de voies de communication , et l'obtient, mais en s' appauvrissant chaque jour et en appauvrissant l'Etat. Qu'on ou juge par un exemple emprunté au temps où Henri IV projetait le rétablissement des routes. De trois provinces voisines, et se touchant toutes trois par quelque côté, l'Ile-de-France, la Champagne, la Picardie, les unes avaient un excédant de vin et de sel, les autres un excédant de blé, de bois, de fer, d'ardoises, dont elles souhaitaient avec passion faire grand débit et commerce avec leurs voisins : elles ne le pouvaient pas cependant, 'faute de routes ; elles restaient chacune dans l'encombrement de certaines denrées dont il y avait disette quelques lieues plus loin. Cet état d'isolement était encore celui du Berry, du Poitou, et de la plupart des provinces ' , lorsque Henri IV et Sully entreprirent, en 1598, de le changer.
Les voies de communication par terre comprenaient les routes royales, provinciales, communales, ainsi que les ponts. Les voies de communication par eau embrassaient les fleuves et les rivières rendus navigables, et les canaux. Dans ce paragraphe il ne sera question que des voies de communication par terre, et l'on pourra se convaincre bientôt que l'ordre et la clarté exigeaient impérieusement cette séparation.
Toutes les voies de communication par terre étaient, en 1 597, ou détruites ou dans un état d'extrême dégradation. La plupart des grands chemins avaient disparu sous les
' On trouvera ci-après les textes constatant cet état de choses, en môme temps que le tableau des travaux entrepris pour le changer. m -23
'S^A LIV. VII. en. VI KTAT DES VOIES DE COMMUNICATION EN 1597.
roiicns, et l'on se frayait des routes à travers les campagnes incultes ; dans les chemins subsistants, les charrois n'avaient plus litu qu'avec un emploi de forces et une perte de temps excessifs. Les ponts encore debout n'étaient pas en meilleur état que les routes, et près de la moitié avaient croulé. La guerre civile et étrangère avait produit presque tout le mal, ou directement par ses destructions, ou indirectement par l'épuisement auquel elle avait réduit tous les corps de l'Etat. En effet, le roi, ruiné par l'entretien des armées et par les traités avec la Ligue, s'était trouvé hors d'état de disposer d'aucuns deniers pour l'entretien des routes royales. Les communes appauvries avaient cessé de s'imposer les contributions nécessaires à la réfection des routes provinciales et vicinales. A cette cause principale étaient venues se joindre quel- ([ues causes secondaires pour porter à l'extrême le délabrement des chemins public§. Un très-grand noiïd)re d'officiers civils étaient chargés d'ordonner et de surveiller ces sortes de travaux : c'étaient les baillis et sénéchaux, les prévôts et autres juges, les trésoriers de France, et jusqu'aux élus. Tant de juridictions et d'officiers qui connaissaient de la même matière ne pouvaient ni se concilier sur le fait de la compétence, ni concourir unanimement au bien commun '. Enfin la plupart des gentdshommes et ecclésiastic^ues auxquels des péages avaient été anciennement concédés sous la condition de tenir les chemins et les ponts en bon état, avaient cessé de remplir cette condition, tout en continuant à toucher les revenus des péages : ils avaient gardé le profit, et s'étaient affranchis de la charge.
De 1599 à 1609, Henri et Sully réformèrent ces vices d'administration et ces abus. Au mois de mai 1599, le
' Continuation du Traité de la polic^ de Delamarre, 1. VI, titre XIII, cil. 2, t. IV, p. 473.
!,EUR RÉTAHLISSEMENT PROGRESSIF. LES ROrTES. 355
roi fit cesser la eonfusiou et raiiarchiequi existaient dans la direction des travaux relatifs aux routes et aux ponts, par suite du conflit des divers magistrats entre lesquels cette direction était partat^^ée, et ramena l'unité dans cet important service. 11 donna un édit portant création de l'office d'un grand voyer de France, lequel avait la surintendance de ces travaux, souveraine autorité sur les voyers. particuliers, pouvoir nécessaire pour leur faire observer les règlements anciens, et les règlements nouveaux que le conseil d'Etat jugerait à propos de leur envoyer \ Il chargea Sully de ces fonctions. Sully fit rendre par le Conseil un premier arrêt, en d^te du 2 avril 1605, portant que les trésoriers généraux des finances dresseraient un état des péages qui se payaient par les marchands dans l'étendue de chaque généralité; des deniers imposés sur les paroisses pour l'entretien et réparation des ponts et pavés, chemins, chaussées et autres travaux publics ; de l'emploi enfin qui était fait desdits deniers, afin c{ue le gouvernement eût tous les éléments nécessaires pour faire des règlements, donner des ordres précis et éclairés, exiger de tous ceux sur lesquels pesait cette obligation les impôts ou redevances nécessaires rà l'exécution des travaux. Plusieurs faits établissent clairement que, dans les quatre années qui suivirent, le gouvernement obtint l'obéissance et le concours du corps des communes et de la plupart de ceux qui jouissaient du droit de péage, pour le rétablissement des voies de communication. Eu 1609 il n'avait déjà plus affaire qu'à des récalcitrants et à des retardataires en minorité ; il les amena, comme les autres, à l'observation de la loi salutaire qu'il avait établie. Le 1 1 avril 1609, le Conseil rendit un nouvel arrêt qui portait : « Commandement sera fait à tous les péagers de
' Ancien, lois franc., t. XIV, p. 222-224. — Sully, QEcon. roy., c. 157, l. II, p. 90 B.
356 I.IV. vil. CH. VI. LES ROUTES ET CHAUSSÉES.
iiK'ttre les chaussées et pavés en bon et suffisant estât, à faute de quoy on devra saisir lesdits péages. lùijoint aux trésoriers de France de Paris de procéder à cette saisie, pour en réparer les ponts et chaussées. » Cet arrêt fut exécuté contre un certain nombre d'ecclésiastiques, parmi lesquels on cite les religieux de Saint-Denis, comme contre les citoyens de tous les autres ordres ' . La main ferme de Sully força tout le monde indistinctement de contribuer à cette sorte de travaux publics, les plus indispensables de tous.
Dès que le rétablissement encore imparfait des finances permit à Henri de disposer de quelques fonds pour un autre usage que pour la pacification du royaume, il voulut ([ue son gouvernement donnât l'exemple à tous les corps des sacrifices que l'on devait s'imposer, des efforts que l'on était tenu défaire pour établir et pour augmenter les voies de communication. Dans les divers états de finances qui vont être produits, les dépenses relatives aux voies de communication par terre, les routes et les ponts, se trouvent naturellement mêlées et confondues avec les dépenses concernant les voies de communication par eau, les fleuves, rivières et canaux. Nous ne pouvons scinder des textes : nous nous bornons à faire observer qu'une très forte partie des dépenses était affectée aux routes et aux ponts. Les états des finances dressés par Sully et présentés au roi, ainsi que le compte des dépenses pour fan 1600 arrêté parla Cour des comptes, existent encore aujourd'hui. On y trouve les mentions suivantes, répétées d'année en année, depuis 1604 jusqu'à 1609 : « En l'an- » née 1604, la somme de 215,000 livres à cause des im- » positions du canal de Loire et Seine, du pont de Rouen » et autres dépenses. — En 1605, imposé plus de 400,000
» Les deux arrêts du conseil d'État, dans la continuation du Traité de la police de Delamarre, liv. VU, titre XIII, sect. 4, p. 523, 524.