LIV. VII CII VI. LES PONTS NOUVEAUX
Paris, soit dans les provinces, Henri en fit bâtir dans les villes qui n'en avaient pas en nombre suiïisant, et surtout dans les villes qui en étaient dépourvues. Nous ne nous occuperons ici que des ponts bâtis dans les provinces. Le commencement des con.structions des ponts de Mantes, en Normandie, de Chàtellerault, en Poitou, est antérieur à l'année KÎÛl .En effet par les délibérations de l'hôtel de ville de Paris, on voit qu'au l^^" avril 1601 le prévôt des marchands et les échevins de Paris demandaient au roi que les dépenses pour la continuation du Pont-Neuf fussent supportées par l'Etat, et payées par la masse des contribuables, comme l'avaient été celles pour les ponts de Mantes et de Chàtellerault'. Par conséquent, les travaux de construction des ponts de Mantes et de Chàtellerault étaient au moins entrepris depuis quelques années au commencement de 1601.
Quand on entre dans le détail de la construction des ponts, on trouve qu'elle était conduite avec une merveilleuse intelligence. En 1604, le roi et Sully ont résolu dans l'intérêt du commerce de Paris et de Rouen, d'une part, et, d'une autre, dans celui de la France entière, d'unir Paris à Rouen, l'Ile-de-France à la Normandie, et les diverses parties de ces deux provinces entre elles, par la grande voie de communication ({ue l'on nomme la
1 Preuves justificatives pour l'iiistoire de la ville de Paris, par Félibien, t. 111, p. 433. Extrait des registres des ordonuaaces : « Impo- » sition pour le bastimcnt du Pout-Neuf et pour les fontaines. Du » 17 avril (1601), en l'assemblée générale, a esté rapporté par le » prévost des marchands que le roy n'avoit approuvé l'imposition » proposée pour le Pont-Neuf, et avoit dit que le plat pmjs estait assez » désolé; que personne ne parloil [jour le peuple, et estoit contre la » charité clircstienue de charger le roy pour descharger la ville. El » ne s'estûil voulu rendre sur ce qu'on luy avoit remonstré que les » œuvres publics des autres villes, comme les ponts de Mantes et de » Chasteleraud , avoient esté faicts par imposition sur tout le » royaume. »
DÉTAII-S IIISTOUK.ILU'-.S SI'H QUELQUES PONTS. 363
route (l'en ])as de Paris à Rouen. Ils ont arrêté en même temps d'établir à Rouen un port, et de'lui assigner rang parmi les plus importants du royaume. Trois ponts sont construits à la fois, l'un à Saint-Cloud, le second à Mantes, le troisième à Rouen ; et l'achèvement de ce dernier pont en même temps que C(>lui du port de Rouen, a lieu en 1608 '.
La construction ou la réparation de ({uel({ues-uns des ponts relevés sous ce règni; nous ont paru présenter assez d'intérêt, tant par les difficultés attachées aux travaux d'architecture ou de mécanique dont ces édifices furent l'objet, que par l'importance des communications qu'ils établissaient, pour comporter quehjues détails spéciaux dans lesquels nous allons entrer.
Le pont de Rouen nous occupera le premier. Ce pont avait été construit en yiierre, au milieu du xn' siècle, par Mathilde, fille de Henri I", roi d'Angleterre, et veuve de l'empereur Henri V. Il avait cinq cents pas de long et dix-huit arches, selon Rourgueville, qui imprimait ses Antiquités de la Normandie en 1588. Comme tous les ponts bâtis au moyen âge, il manquait de la solidité que les Romains avaient su donner à ce genre d'édifices, et que Giocondo, en étudiant leur architecture, rendit au pont Notre-Dame, qu'il éleva à Paris entre 1500 etl5(J7.
1 Sully, CEcou. roy., ch. 187, t. Il, p. 272 A : « En l'année 1604, la » somme de 4,645,500 livres, qui est plus qu'en l'année 1603 de la » somme de 215,000 livres, à cause des impositions du canal de Loire » et Seine, du pont de Rouen, etc. » — Gh. 163, t. II, p. 166 B, lettre de Sully du 5 décembre 1606, aux trésoriers de Rouen, concernant les impôts que l'on asseoit eu ce moment pour l'an 1607 : « Il est » d'autres sommes employées pour affaires qui ne concernent point » en particulier le service du roy, lesquelles, compris les onze mil n tant d'escus dont les commissaires ont deschargé le peuple, montent » à 246,381 livres; à sçavoir : ...., pour le pont de Rouen, aux deux » généralitez, sans ce qui se lève sur les villes et à Paris, 22,500 li- » vres; pour les ponts de Mantes et de Saint-Cloud, 15,000 livres, » etc. »
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Les arches et le tablier du pont de Rouen étaient principalenuMit défectueux et faibles. Le 22 août 1502, trois arches croulèrent, sans qu'aucun indice eût annoncé d'avance cet accident, et sans que personne l'eût pu prévoir. En 1536, deux autres arches s'abîmèrent dans la Seine. Enfin, en 1 564, le reste des arches etles piles, qui jusqu'alors avaient résisté, furent emportées par les glaces, à la suite d'un dégel et d'une débâcle '. Le gouvernement n'était alors ni assez riche, ni assez occupé des soins de l'administration, pour entreprendre la diiiicile et coûteuse reconstruction d'un pareil édifice. Les communications et le commerce entre Paris et Rouen, entre les deux parties de la Normandie, restèrent entravés et souvent interrompus pendant quarante ans, de 1564 à 1604. Henri IV et Siilly résolurent alors de rendre un pont à la capitale de la Normandie, et en même temps de lui donner un port. Les travaux entrepris en 1604, conduits ou achevés sur les plans approuvés par Sully et par le roi ', furent terminés dans l'automne de l'année 16u8. Le
1 Bourgueville , Antiquités de la Normandie. — Expilly, Dictionn. géogr., histor. et polit., t. VI, p. 401 B.
* Sully, Œcon. roy., cli. 187, t. II, p. 272 A. Dans l'état des levées des tailles, depuis l'an 1599 jusques et y compris 1609, dont Sully douue le te.xte, on trouve le passage suivant relatif au pont de Rouen dès l'an 1604 : « Plus en l'année 1604, la somme de 4,645,000 livres, » qui est plus qu'en l'année 1603 de la somme de 215,000 livres, à » cause des impositions du canal de Loire et Seine, pont de Rouen, » etc. » Au ch. 183, t. II, p. 247 A, on trouve une lettre du roi à Sully au sujet du pont do Rouen. Cetlre lettre est placée sous l'année 1608; mais elle ne porte ni date ni indication de lieu. Le roi écrit à Sully : « Mon amy, j'ai esté bien aise de voir votre fils; il m'a monstre » les plans du pont de Rouen, que j'ay trouvé bien faicls, et pense que » c'est le meilleur moyin. » Il est évident que le plan pour le pont de Rouen, dont parle le roi, est le plan dressé par Claude de Cha?tillou. M. Grouet a vu à la bibliolhtviue de Reims ce plan autographe, avec indication: « Fait par Claude de Cbastillon en 1608. . Il est dessiné a la plume, lavé à la gouache, et divisé perpendiculairement par un trait uoir en cinq parties distinctes. ( Ar. de M. Grouet inséré dans l'Écho du monde savant, année 1842.)
LE PONT d'avignon. 365
0 septembre 1608, IL'nri écrit ;i son iiiiuistre : «Mon » cousin, j'ay esté bien ayse d'apprendre, par la vostre » d'hyer, vostre retour de Rouen et d'Henry-Garville, et » que vous ayez trouvé moyen de restalUir le pont, et y » asseurer un port pour les vaisseaux qui ordinairement » y entrent. De quoy nous discourrons la première fois » que je vous verray ' . » Cette lettre ne laisse aucun doute sur le rétablissement du pont de Rouen à partir de 1G08. Il est incontestable que c'était un pont de bois et non un pont de pierre. Il paraît même que c'était un pont de bateaux simple, suffisant pour donner passage aux piétons et aux voitures, mais provisoire et dépourvu de tout appareil mécanique compliqué. D'après le témoignage des historiens de la localité, le premier pont de bateaux mobile, qui haussait ou baissait selon le hauteur des eaux, qui pouvait se démonter en partie la nuit pour livrer passage aux bateaux chargés de marchandises et aux vaisseaux, projeté à la fin du règne de Henri lY sur des plans que Sully avait adoptés, fut interrompu par la mort du roi, et ne fut achevé que le 2 janvier 1630 ^ .
Le pont d'Avignon ou de Saint-Renezet réunissait plusieurs genres d'utilité et d'importance. Ce pout, construit en pierres de taille Tan 1127, avait vingt-cinq arches. Bien qu'il fût trop étroit pour recevoir des voitures, il présentait une route sûre et facile aux piétons, aux cavaliers, aux chevaux chargés d'un fardeau, et, sous ce rapport, il rendait encore d'utiles et nombreux services au commerce. Il assurait, dans un espace considérable, les communications du Languedoc et des pays voisins avec la Provence et le Dauphiné. Au point de vue stratégique et politique, il donnait à la France entrée directe dans le
' Lettre du roi à Sully, du 6 septembre 1608, dans les CEcon. roy.» cL. 183, t. II, p. 246 B.
* Les mémoires fournis à d'Expilly dans sou Dictionnaire géogr., hist., t. VI, p. 401 et suiv., in-folio.
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comtat d'Avignon, qni appartenait alors au pape ; il ouvrait à nos armées une route plus éloignée, mais directe, vers les Etats du duc de Savoie et vers l'Italie, Bien que nous pussions pénétrer dans, tous ces pays par d'autres côtés, nous avions un véritable intérêt à être maîtres de ce passage.
Les rois de France avaient affecté un fonds de 4,000 livres de rente annuelle aux réparutions du pont, à l'époque de sa fondation. Ce fonds, répondant à 30,000 livres du temps de Henri lY, t^vait été délaissé aux frères desservant riiôpital du pont d'Avignon, sous l'expresse condition qu'ils pourvoiraient avec soin à l'entretien de l'édifice. Le fonds avait été dissipé avec le temps, et le pont avait souffert. Le Pape s'était mis en demeure de faire les réparations nécessaires : mais, par cette démarche, il avait porté atteinte à la propriété du roi sur le pont et à sa domination sur le cours de Khone^ et il avait trouvé opposition à cette usurpation de la part des officiers du roi. Pendant le débat, l'état de l'édifice avait empiré, et il menaçait ruine en 1604.
Sully ordonna la plus sérieuse enquête. Pour reconnaître à qui appartenaient les droits contestés, les archives de la monarchie, les titres anciens du domaine, les registres de la sénéchaussée de Nîmes, toutes les chartes de la province de Languedoc furent consultés; des commissaires éclairés et intègres furent envoyés sur les lieux, et firent leur rapport. En 1604, un arrêt définitif du conseil d'État fut prononcé. Aux termes de cet arrêt, le Rhône, dans son ancien et nouveau lit, ses îles, ses ports, péages, di'oits et dépendances, notamment le pont d'xAvignon, furent déclarés appartenir exclusivement au roi, en toute propriété et souveraineté, par droit de régale, de domaine et de patrimoine do, la couronne. Dès que l'arrêt du conseil fut prononcé, les travaux de con-