‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 72 sur 199 · DES DIVKHSES ESPÈCES DE CANAUX · texte numérisé non relu

DES DIVKHSES ESPÈCES DE CANAUX

chiffre de huit ou de dix. Malgré l'extrême importance de pareils canaux, ce ne sont encore que des canaux de 'petite navigatloîi^ parce que la navigation qu'ils créent s'étend seulement à une portion du territoire d'un l^tat. Enfin il est une quatrième espèce de canaux d'une utilité |)lus grande encore, parce qu'en ouvrant des communications, en fournissant des facilités au commerce intérieur dans de plus larges proportions, ils servent en outre des intérêts d'un ordre supérieur. Ce sont les canaux de grande navigation au moyen desquels on établit une voie oh ligne navigable qui coupe et traverse en entier le territoire d'un Etat dans un de ses sens, réunit plusieurs fleuves ou rivières, et de plus joint deux mers ensemble '. Ces canaux permettent de porter les marchandises à des distances énormes, en évitant ou en restreignant les embarras et les frais des transbordements ; abrègent la navigation de plusieurs centaines, de plusieurs milliers de lieues ; multiplient les relations d'un peuple avec les pays étrangers ; établissent ou étendent sdn commerce maritime ; l'affranchissent enfin des exactions des pirates, des hostilités des nations plus puissantes que lui sur certaines mers, parce qu'il échappe à la nécessité de parcourir ces mers, après l'établissement des canaux de grande navigation. Ces espèces si diverses de canaux sont nées des progrès mêmes introduits successivement dans la construction des canaux, progrès dont Bélidor, le P. Frisi, Delalande, MM. de Prony, Huerne de Pommeuse, Dutens ont pré-

• Ici la précision de la définition devient nécessaire, si l'on veut échapper aux erreurs. Dans la plupart des cas, les canaux de grande navigation n'établissent pas seuls, à beaucoup près, la voie ou ligne navigable. Cette voie ou ligne est formée en très grande partie par les fleuves à partir des points où ils offrent une bonne navigation, et, eu partie seulement, par les canaux. Il en est ainsi pour la ligne navigable du midi au sud-ouest de la France et pour le canal du Lan;/uedoc. Il en est ainsi pour la ligne du midi à l'ouest, formée d'abord par

37i I.IV. vil. cil. VI. IIISTORIQUK DK I.A CONSTRUCTION DES CANAUX

stMilé riiistoiic. Oiiaïul on ramène aux données les plus générales leurs recherches et leurs considérations sur ce sujet, on voit qu'il y a eu trois époques bien distinctes dans le système de construction des canaux.

f.a première époque est celle où l'on établit les canaux au moyen de la dérivation simple. On prenait de l'eau à un flfuive ou à une rivière, on la faisait entrer dans un fossé creusé de main d'homme, on la conduisait dans l'intérieur des terres en lui conservant partout son niveau, et on l'employait àl'irrigation seule, ou à l'arrosage et à la navigation à la fois, selon que l'on avait donné au fossé une moins grande profondeur ou une plus grande. De semblables canaux n'étaient autre chose que des bras ajoutés aux fleuves et aux rivières : du nom même du lit artiticiel qu'on leur avait creusé on les appela fosses ou fossés. Les peuples de l'antiquité les connurent ; les Italiens en établirent plusieurs au moyen âge, entre autres le Ticinello ou canal dérivé du Tésin, qui, préparé dans le principe uniquement pour l'irrigation, ne devint navigable qu'en 1269, et deux fois par semaine seulement \

f^a seconde époque est celle où l'on forma les canaux toujours au moyen de la dérioaiion, mais combinée avec les écluses à sas, ou écluses garnies de deux portes marinières, admirable invention que l'on dut à deux mécaniciens de Viterbe en 1481. Les canaux établis dans ce système servaient à joindre ensemble ou un fleuve et une rivière, ou deux rivières, ou deux canaux, placés dans un même bassin. L'on empruntait à l'un d'eux, par la dérivation, les eaux nécessaires pour alimenter le canal qui opérait la jonction avec l'autre, et avec le secours des écluses à sas on surmontait les difficultés qui se rencou-

le cours du Rhône et de la Saône, ensuite par les deux canaux du Centre et de la Loire, eafin par le cours de la Loire.

* Delalande, Des canaux de navigation, c. 2, p. 28, iu-fol., 1778.

LES CANAUX A l'OINT DE l'ARTAGE. 375

traient dans le parcours du canal. Les écluses à sas donnaient les moyens de combler l'inégalité de niveau ([ui se trouvait entre les deux cours d'eau, et de racheter les chutes, comme on le dit en langage technique; de transporter sans difficulté et sans secousse les bateaux d'un cours d'eau inférieur dans un autre qui était plus élevé, et réciproquement ; enfin d'économiser les eaux en les retenant dans les divers biefs dont se compose un canal ' . La première application des écluses à sas aux canaux fut faite en 1497, pour la jonction du canal du Tésin et du canal de TAdda, par Léonard de Vinci, homme prodigieux, génie multiple, qui traçait les plans de travaux hydrauliques de la même maincjui peignait la Gène. La troisième époque est celle où, pour faire communiquer entre eux, soit deux fleuves, soit un fleuve et une rivière, placés dans deux bassins différents, on a établi des canaux d'une nouvelle espèce, alimentés, non plus avec leseau'x dérivées de l'un des fleuves ou rivières qu'il s'agissait de joindre ensemble, mais avec les eaux empruntées à des rivières et à des ruisseaux tout autres, coulant sur les plateaux qui séparaient et dominaient les deux cours d'eau dont on voulait opérer la communication. Par opposition au système de la dérivation, on peut appeler ce nouveau mode le système cVe^iiploi des eaux supérieures : on le nomme en général système des canaux à point de partage. Dans ce mode de construction et d'alimentation des canaux, on employâtes écluses à sas, mais on en

» Le P. Frisi, Des canaux navigables, § 11, 12, p. 204: « La navi- » gation est restée très imparfaite jusqu'à l'iuventiou des soutiens que » les Italiens nomment conche et que nous nommonssas... Les écluses » de nos anciens (les écluses simples) ne peuvent être d'aucun usage » dans les lieux où la chute est très grande, et lorsqu'il est question » de transporter les barques d'un canal dans un autre qui est beau- » coup plus élevé. » Dans ce passage, le mot canal signitie lieu où se trouve de l'eau, soit que cette eau provienne d'un fleuve, d'une rivière ou d'un canal à proprement parler.

376 1,1V. vu. cil. VI IMPUISSANCE DU SYSTE.ME DE LA DEItlV.X TION.

(il un iisai^c t'iirK'i'emeut nouveau. Tanl (ju'on n'a recouru (|u"à la tlérivatioii, même aidée des écluses à sas, on a été hors d'état d'établir aucun canal qui unît ensemble deux fleuves, ou un fleuve et une rivière, placés dans des bassins différents, qui servit à joindre les raers^ qui établît la grande navigation, qui donnât même à la petite navigation la moitié des développements dont elle est susceptible. La raison de cette impuissance des canaux de dérivation est facile à saisir. La dérivation, même aidée des écluses à sas, peut bien conduire les eaux tirées d'un fleuve ou d'une rivière jusqu'au pied des montagnes ou des collines élevées, qui forment le bassin et la séparation entre ce fleuve ou cette rivière et le fleuve voisin et ses affluents ; mais elle est incapable de faire franchir aux eaux la barrière des montagnes. Pour obtenir la jonction des cours d'eau coulant dans deux bassins différents avec le système de la dérivation, il faudrait ou couper ou percer les montagnes et les collines, ou chercher un passage en suivant des détours infinis. Parfois l'on rencontrerait des obstacles naturels insurmontables : on trouverait toujours des travaux d'art si dispendieux, des enlèvements de terres et des exportations de déblais si considérables, que même aujourd'hui ils feraient reculer un gouvernement, et qu'ils étaient tout à fait impossibles dans la seconde; moitié du xvi" siècle, et dans les deux premiers tiers du xvu% époque où les revenus publics étaient trèslimités dans tous les Etats de l'Europe. C'est la science de Tingénieur et de l'économiste qui établit ces vérités, et ce sont les faits qui les proclament avec une invincible autorité. En effet, dans le siècle entier écoulé entre l'ap- [)lication des écluses à la dérivation, et le premier emploi fait des eaux supérieures pour l'établissement des canaux ; pendant toute la durée du système de la dérivation , même perfectionnée, il n'a pas été établi dans l'Europe entière

KSSAl DES ECLUSES A SAS EN FHANCR , niKNTOT OUBLIÉ. ^77

un seul canal qui opérât la communication entre deux Ueuves, ou entre deux cours d'eau quelconques coulant dans deux bassins différents. Cette observation , cette constatation d'une circonstance capitale qui n'a pas encore été faite, du nioinsà notre connaissance, suffit pour montrer quel [)as immense les canaux avaient à franchir pour arriver à leur plein développement, même après l'invention des écluses à sas, même après leur application aux canaux navigables. La construction des canaux n'était encore que dans sa seconde période, n'avait reçu en Italie (|ue son premier perfectionnement, c'est-à-dire lappiication des écluses à sas à la dérivation, lorsqu'elle fut importée et essayée pour la première fois en France. Les canaux d'arrosage et de navigation de l'Italie septentrionale, bien que très-limités encore dans leurs effets, offraient cependant déjà d'assez précieux avantages à l'agriculture et au commerce pour qu'ils frappassent l'intelligence si ouverte et si vive de François I", lors de sa première expédition en Italie, et pour qu'il voulût donner au royaume ces nouveaux moyens de développer l'agriculture, ces nouvelles voies de communication. Dans cette tentative, il se servit de l'aide de Léonard de Vinci, qu'il attira à sa cour par ses bienfaits en 1515. Il lui demandait sans doute une direction pour l'art national, entrant dans l'ère de la Renaissance; mais il lui demandait autant, et plus peutêtre, une direction pour nos travaux hydrauliques encore à leur début. Léonard fit le premier essai, dans notre pays, des écluses à sas sur la rivière de l'Ourcq, qu'on songeait dès lors à canaliser et à rendre navigable depuis la Ferté- Milon jusqu'à Lisy, j)Our suppléer à la navigation incommode de la Marne. Le roi et le grand artiste formèrent en outre, le dessein de creuser un canal passant par Romorantin pour le dessèchement, l'assainissement et la fertilisation de la Sologne. De ces commencements de travaux

378 I.IV. vil. eu VI. TKNTATIVE DU CANAL DU LANGUEDOC

et de ces projets il ne resta rien ; la mort de Léonard , surv*^nue en 1 51 OJesdangors ot les dépenses dans lesquels la rivalité contre Charles-Quint jeta François I"''"^ rom[tirent tout*. Ces tentatives se bornaient à des canaux de dessèchement.à la canalisation des rivières coulant dans un même hassin, le tout devant servir à la petite navigation. Mais à la fin de son règne, François I", reprenant une idée de Char lemagne, agita un projet ayant une autre destination et une tout autre importance, 11 s'agissait d'unir TOcéan à la Méditerranée, par une ligne navigable établie à travers le Languedoc et la Guyenne. La première partie de cette ligne était formée par le cours de la Garonne jusqu'à Toulouse ; la seconde, par un canal d'environ dix-huit lieues^ en y comprenant les détours, depuis Toulouse jusqu'à Villepinte, à deux lieues sud de Saint-Papoul ; la troisième, par le cours du Fres(juel et par celui de l'Aude, qui formaient la continuation du canal, et conduisaient la voie navigable jusquà la Méditerranée. C'était la première donnée du canal de Languedoc. Le tracé et le devis du canal alors projeté furent arrêtés et rédigés à Béziers le 20 octobre 1539, et examinés en 1543 par des commissaires que le roi nomma, et qui se transportèrent sur les lieux pour vérifier le travail des ingénieurs, et juger la possibilité de l'exécution. Le texte de ce devis existe, et il forme l'une des pages les plus importantes de l'histoire de l'art de l'ingénieur et de la construction des canaux en France, parce qu'il fournit des renseignements certains sur les connaissances acquises en mécanitpie hydranli(|ue, et sur les procédés de construction employés

' M. Dutens, Histoire de la navif;aUon intérieure de la France, 2esect., t \, p. 81. — M. F. Piiletj article Léonard de Vinci dans la Bio^'. univ., t. XLIX, p. 156. L'auteur fait remarquer qu'on peut voir par le volume des maiiuscrils de Léonard de Vinci déposé à la Bibliothèque iaipériale, que Léonard n'eut pas le temps de mettre à exécution le caual qui devait passer par Romorantiu.

sous FflANÇOlS ICI'. EXPOSE DE CETTE TENTATIVE. 37'J

(•liez nous dans le premier tiers Jii xvi* siècle '. L'historien de la localité, Lafaille, a[)rès avoir étudié ce plan avec soin, exprime dans les termes suivants son impression et son jugement • « Ce que j'ai remarqué, c'est qu'on » prélendoit rendre la navit^ation du canal aisée en ap- » planissant les eaux, et vu les tenant dans le niveau par » l'inégalité des excavations. On n'avoit pas encore trouvé » l'invention des écluses ^ » Trois écluses sont mention nées à la fin du devis, comme devant être établies sur un seul point, et à l'une des extrémités du canal. Non-seulement Lafaille avait le devis sur les yeux, mais il en donne même le texte. 11 ne peut donc ignorer, et il n'ignore pas, que l'invention des écluses simples, garnies d'une seule porte marinière, dépourvues des propriétés des écluses à sas, remontait jusqu'au moyen âge, et que dès ce temps il en avait été fait partout des applications en France. Par conséquent quand l'historien parlant du canal de 1539, dit dans sa dernière phrase qu'on n'avait pas encore à cette époque trouvé linvention des écluses, et qu'on n'en avait pas établi dans le canal, il est évident qu'il parle dès écluses nouvelles, des écluses à sas, et non des écluses simples. Ainsi, soit que l'on étudie le devis de 1539 lui-même, et qu'on se rende un compte exact de l'économie générale de la construction du canal; soit que Ion s'en rapporte au témoignage dt^ Lafaille, il en résulte que les ingénieurs de François Fr n'avaient profité en rien des connaissances apportées et des essais faits en France, par Léonard de Yinci. Ils ignoraient l'existence des écluses à sas, et leur application aux canaux, quoique remontant en Italie à plus de quarante ans, ou s'ils con-

'Le texte de ce devis se trouve parmi les pièces justificatives du tome II des Annales de la ville de Toulouse, par Lafaille, p. 19, 20, in-folio, 1701.

* Lafaille, Annales de la ville de Toulouse, 2« partie, p. 133.

3.S0 I.IV. vil. cil. VI. St'lTK IJI-; 1,'FAI'OSK DIC C.KTTF, TF.NTATIVE.

naissaient de nom cet iniçénieux mécanisme, ils en méconjiaissai<'ntla[iuis.sancc. Leur canal, (jiie nousavon.s soumis après Lafaille. à l'examen le plus attentif, n'était autre chose qu'un fossé, dans lequel ils introduisaient par la dérivation les eaux de la Garonne. Ils maintenaient ses eaux dans leur niveau, et les faisaient couler dans leur fossé comme elles auraient coulé dans le lit d'une rivière, depuis leur départ de la Garonne jusqu'à leur entréedans le Fresquel, et de là dans l'Aude. Leur canal était donc modelé sur ceux des Italiens exécutés durant le moyen âge, avant l'invention des écluses à sas, à l'époque de l'enfance de l'art. En assujettissant leur canal à de nombreux détours, ils avaient bien évité les montagnes et les collines qui forment la séparation entre le bassin de la Garonne et celui du Fresquel et de l'Aude ; mais ils avaient rencontré des élévations de terrain autres que les montagnes et les collines, assez nombreuses et considérables : les travaux nécessaires pour couper ces élévations jus- (pi'au niveau du sol, les excavations à pratiquer dans le sol lui-même pour former le fossé ou lit du canal, produisaient ensemble des enlèvements de terre prodigieux, et entraînaient d'énormes dépenses. D'un autre côté, les ingénieurs ignorant combien les eaux perdent par les infiltrations et l'évaporation, n'avaient pas préparé une suffisante alimentation à leur canal, qui devait rester à sec une partie de l'année : c'est ce qu'une discussion détaillée de leur plan et devis établirait clairement. Les travaux pour l'exécution de ce canal ne fin'ent même pas commencés sous le rèo:ne de François I", où tant d'autres établissements furent menés à fin. Le devis est de 1339, la mort du roi de 1547, l'intervalle de huit ans. L'entreprise était donc indéfiniment ajournée. Tout donne à penser que le roi fut éclairé par les commissaires ou {)ar son Conseil sur les vices et peut-être les impossibilités du

CANAL D'innir.ATlON DK CP.AI'PONNR. 381

plan qui lui était soumis, et qu'il y renonça. Ainsi, dans le cours de ce règne, aucun canal ne fut établi, parce ({iie la France manquait encore de moyens d'exécution fournis par la science et adoptés par la pratique.

Sous Henri II, l'attention et l'intérêt du gouvernement furent ramenés vers cette importante et nouvelle j)artie des services publics, par le succès d'une entreprise particulière. Une grande et généreuse idée, conçue par un homme de génie , profondément versé dans les sciences mathématiques et l'architecture hydraulique , dota la France de son premier canal, et ouvrit la voie à la construction de tous les canaux exécutés dans la suite. Des terres qui environnaient la ville de Salon en Provence, au nord jusqu'à Laraanon , à l'est jusqu'à la Durance, à l'ouest jusqu'à Eyguières , au sud jus(]u"à l'étang de Berre, les unes dans cette zone méridionale étaient dévorées et ruinées par les chaleurs de l'été ; les autres, faisant partie de la Crau d'Arles , ne présentaient dans l'espace de plusieurs lieues qu'un désert dont le nom indiquait la stérilité : on appelait cette campagne les champs de pierre, campi lapldei\ Adam de Crapponne-, gentilhomme, né à Salon, résolut, dans l'intérêt de sa patrie, de changer

' Expilly, Dictiou. géograpb. et bistor., t. II, p. 329. «La Crau, » Cravus, campi lapidei. »

* La véritable ortbograpbe du nom est Crapponne, comme le prouvent des actes souscrits par lui et subsistants aujourd'bui. Aux termes des mêmes actes, la date de sa naissance est très probablement 1525, et la date de sa mort très certainement le commencement de 1576. Les diverses biograpbies indiquent par erreur 1519 pour la naissance, et 1559 pour la mort. Cette dernière date ne laisserait aucun temps ni aucune place pour les grands projets de canaux et de défricjiements couçus par Crapponne, postérieurement à l'acbèvement de son canal d'irrigation. On trouvera dans l'un des documents historiques, des notions plus exactes sur la patrie, la famille, la naissance, la mort, et quelques-ims des plans de Crappomie, avec le témoignage rendu au patriotisme et au génie de cet homme illustre par un autre homme illustre, Obvier de Serres.

'AHÎ I.IV. vil, en VI. HISTORIQUE DE CE CANAL.

l'état de ces terres drsolées ou incultes, en les traversant [)ar un canal d'irrigation pris au cours de la Durance ; distribuant à toutes les eaux dont elles avaient besoin ; ménageant à celles de la Crau les dépôts limoneux de la rivière, qui devaient les fertiliser, avec un art admiré encore aujourd'hui par les ingénieurs' ; fournissant en outre au pays entier les moyens d'établir des moulins dont il manquait. Dès 1551 , Crapponne avait achevé sur le terrain les études que demandaient le plan et ,1a confection du cours d'eau qu'il projetait. Le 27 août 1554, il obtenait du président et des maîtres de la cour des comptes de Provence les permissions et autorisations nécessaires pour l'emplacement même et le creusement du canaP En 1557, il commençait les travaux, et il les achevait le dernier jour d'avril 1559. Nous allons faire connaître la marche de l'entreprise d'après l'exposé de César de Nostre-Dame^ compatriote, parent, contemporain dans son enfance de celui qui l'exécuta; exposé qui nous paraît avoir été inconnu, ou très-imparfaitement consulté jus- (pi'à présent. Nostre-Dannî rend compte dans les termes suivants de l'œuvre de Crapponne :

* Adam de Crappone entreprend une entreprise Pan cinquanteseptième du siècle, dont l'histoire doit faire compte et mémoire à tout jamais. En ce temps, ce gentilhomme cognoisstint que sa ville es-

ï Notice historique sur Adam di; Crapponne par M. le marquis de .lessé Charlevalj p. 15. « Adam établit son canal avec une pente sibien )) répartie que ses eau.x peuvent parvenir sur tous les i)oints ài^^i^uer, » sans avoir perdu le limon dont elles sont chargées ; dispositions » heureuses qui fout encore aujourd'hui l'admiration des ingénieurs » hydrauliques appelés à visiter ce beau travail du xvi<= siècle. »

* Les principales dispositions de cet acte émané de la Cour des comptes de Provence sont rapportées par M. Mouan dans la notice qu'il a consacrée à Adam de Crapponne et imprimée dans le Plutarque provençal : c'est à la page 20. Cet acte appeHe le lac de lierre la mer de Barre, dénomination que Bouche lui a conservée, comme on va le voir.

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