‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 74 sur 199 · ET DE CANAL DU CHAROI.I.AIS BESTÉS SANS EXÉCUTION · texte numérisé non relu

ET DE CANAL DU CHAROI.I.AIS BESTÉS SANS EXÉCUTION

pour les canaux de grande navigation, négligés d'abord, puis perdus par les ministres des trois derniers Valois, cessèrent d'exister pour la France pendant près de quarante ans'. En second lieu, recueillis par quelques élèves comme une doctrine sacrée, ils devinrent le sujet de leurs méditations, tandis que les masses en avaient perdu jusqu'au souvenir, et ces études silencieuses poursuivies par des hommes d'élite , affermirent et complétèrent le système de Crapponne. Il nous a paru préférable de ne l'exposer qu'au temps où il avait reçu tous ses développements, et où la publicité le ramena dans le domaine des idées souverainement utiles à l'intérêt public.

§ IV. Travaux de Henri I V el de Sully relatifs aux voies de communication par eau, cours el navigation des rivières, canaux, lignes de petite et de grande navigation.

Henri IV et Sully embrassèrent également dans leurs projets et dans leurs améliorations de la chose publique les voies naturelles et les voies artificielles de communication par eau, la navigation des fleuves et des rivières, et la construction des canaux. Nous nous occuperons d'abord des premiers.

Dès la fin de l'assemblée des Notables réunis à Rouen, c'est-à-dire dès l'année 1597, le roi, conformément à la promesse qu'il venait de faire « d'estre le restaurateur de » l'Estat, » s'occupa de rétablir et d'étendre la navigation sur les rivières, et projeta les travaux nécessaires. En

' C'est ce dont on trouvora la preuve aux Documents historiques. Charles IX en prescrivant à Crapponne, l'an 1572, des études pour la dérivation dans la Loire et pour le dessèchement des marais formant la ceinture du lac de Grand-Lieu, près de Nantes, en demandant des plans qui d'ailleurs ne reçurent point d'exécution, ne donna aucune suite aux projets formés sous Henri II pour le canal de Languedoc el |)Our le canal du CharoUais. Il n'y a aucun indice que ces projets aient été repris sous le règne de Henri ill.

388 I.IV. VII eu. VI. TMAVAUX DU REGNE DE IIENUIIV.

ICOl, il saisit la commission on chambre supérieure dn commerce de toutes les questions qui se rattachaient à cettt; partie des services publics, l'invita à lui faire connaître son avis sur fout ce qu'elle jugerait indispensable ou seulement utile, et l'investit de pouvoirs sulfisants pour préparer les moyens d'exécution, d'accord avec les autorités provinciales et communales. En 160Î, il prit connaissance de ses délibérations, et, comme les faits ultérieurs le prouvent, il ajouta beaucoup à ses propositions. De 1604 à 1610, avec le concours et l'aide de Sully, il fit exécuter, soit par le gouvernement , soit par les provinces et les villes, ce qui avait été arrêté. Par suite de ces travaux , le lit d'un grand nombre de rivières fut creusé, leur cours débarrassé des entraves qui s'opposaient à la navigation, leurs eaux contenues par des levées et des turcies (|ui augmentaient la masse et la force de leur courant, en même temps qu'elles préservaient les campagnes du ravage des inondations \

On voit, par des documents authentiques, que le but que Henri voulait atteindre en améliorant ainsi les cours d'eau naturels, était de répandre les richesses du sol sur toutes les parties du territoire, au moyen des échanges, et d'améliorer ainsi le sort d'une classe nombreuse de citoyens ; d'augmenter la valeur des propriétés et les revenusde leurs possesseurs ; d'ouvrir de nouveaux débouchés, et d'imprimer une nouvelle activité au commerce ; d'ajouter enfin à la population et à la richesse de plusieurs villes en en faisant des centres commerciaux. Tel est le tableau résumé de ce qu'il projeta et de ce qu'il accomplit en partie. Mais on retrouvera sans doute, avec quelque intérêt, ses pensées et ses inspirations reproduites par le

» Sully dit en 1C05, Œcon. roy., c. 150, t.II, p. 17 B:(( Laquelle des- » pense n'empeschoit pas qu'où nonliuuast à reparer, relever, raccoui- )i moder les turcies, lerées el voyes publicques... »

TUAVAl'X ['OUR RF.NDItK I.F.S RIVIÈRKS NAVK.ABLKS. 389

conseil du commerce, et le détail des travaux exécutés par SOS ordres sur divers points du royaume.

En 1604, les membres du conseil du commerce rendent à Henri une compte officiel des études auxquelles ils se sont livrés par ses ordres, des projets qu'ils ont arrêtés , des facilités qu'ils ont cherchées et ménagées pour l'exécution. Voici ce qu'on lit dans leur rapport :

« L'advis des sieiirs commissaires est déjà dressé, avec grande connoissance de cause, pour restablir la navigation de la rivière d'Oise depuis la Fère en Picardie jusques à Chauny, comme elle esloit avant les premiers troubles. Mais ils travaillent pour rendre ladite rivière d'abondant navigable depuis la ville et !e cliasteau de Guise, place frontière *. Cela apporteroit un grand enrichissement aux pays circonvoisins, pour le grand débit qu'ils feraient des blés, bois, fer, ardoises et autres marchandises dont ils abondent, pour la voilure des vins, sel et autres commoditez dont ils ont nécessité. Mais principalement cela rendroit la ville de Guise riche et populeuse par le premier port de ladite rivière qui s'y establiroit; feroit que cette rivière serviroit d'un bon rempart à la France qui est descouverte de ce coslé là ; assureroit et enrichiroit infinimsnt toute la province de Picardie. Les sieurs commissaires en ont fait faire des procès-verbaux et visitations, en ont escript et traité avec les gouverneurs et corps des principales villes voisines, et espèrent rendre l'entreprise facile, pour peu de fraiz et dans peu de temps, et que les villes y contribueront suffisamment et volontairement.

» La mesme entreprise se traite et conduit par l'entremise et vigilance des sieurs commissaires, pour rendre une autre petite rivière de Picardie, appelée le Tlu'rain, navigable depuis la ville de Beauvais qui en tirera profit et commodités jusques en la susdite rivière d'Oise.

» Une autre petite rivière en Bourgogne appelée Armanson, qui est de longue estendue et passe par les villes d'Auxerre, Tonnerre et autres pays vignobles, se peut rendre navigable dans peu de temps, et sans aucune dépense au public, par l'entremise des sieurs

i En partant de Paris et du sud, ce serait au contraire depuis Chauny jusqu'à la Fère, et depuis la Fère jusqu'à Guise : l'auteur prend sou point de départ au nord, et suit le cours de l'Oise à sa descjnte vers le midi.

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commissaires, s'il plaît à sa Majesté et à messieurs de son Conseil continuer à les maintenir et authoriser leur advis. Ce sera par le moyen d'un particulier riche et affectionné au bien de sa patrie qui entreprend, sous la conduite des commissaires, d'en faire les frais, moyennant que pendant dix ans, ceux qui voudront se servir de la navigation de l'Armanson, s'aideront des bateaux et mariniers qu'il lui fournira, en lui payant la moitié seulement de ce qu'ils en payeroient par charroy '. «

On vient de voir la commission ou conseil du commerce occupé par l'ordre de Henri à rendre navigaldes l'Oise et le ïliérain dans la partie septentrionale et méridionale de l'ancienne Picardie : l'Armançon, dans la Bourgogne. Un autre auteur contemporain, que l'on trouvera cité ci-dessous, fournit de pareils renseignements sur l'Armançon et sur l'Arroux, autre rivière de la Bourgogne qui part d'Arnay-le-Duc et se jette dans la Loire près de Digoin. Entin les états présentés au roi par Sully prouvent que de grands travaux furent exécutés sur It.'s rivières d'Aisne etdeVesle, en Champagne, et sur celles de Clain et de Vienne, en Poitou, en partie sans doute pour opérer la jonction de ces rivières au moyen des canaux, mais en même temps pour les rendre navigables, comme les détails relatifs au Clain l'établissent d'une manière évidente^ Ainsi on a la preuve qu'entre 1604 et 1610, dans la zone qui comprend au nord la Champagne, la Picardie propre, et la portion de la Picardie qui a été jointe plus tard à l'Ile-de-France; à l'est la. Bourgogne; au midi le Poitou, le gouvernement s'occupa très activement de corriger et d'améliorer le cours des rivières dans l'intérêt de la navigation intérieure.

' Recueil présente au roy de cequise passe en l'as3embli''e du comuîerce à Paris, n"' 34, 35, 36, p. 239 240. Le seul changement que nous ayons fait au texte est d'avoir coupé (juelques phrases pour rendre plus claire la pensée du rapporteur.

* Sully, CEcon. roy., c. clxxxvii, t. Il, p. 272, 273.

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