MV. VII CII. VI. SUITES DONNÉES AU PROJET DU CANAL
mission ou conseil du commerce de 1601 a lOOL De plus, ils chargèrent le connétable de Montmorency, gouverneur du Languedoc, de s'en occuper dune manière spéciale, et le connétable fit visiter, en 1604, tous les lieux par où le canal devait être conduit'. La même année, la commission ou conseil du commerce rendit compte au roi de son travail. Elle avait examiné le projet avec la plus grande attention, et elle déclarait que « ceste » entreprise seroit un grand enrichissement et commodité » incroyable en ce royaume. » Elle admettait la possibilité de l'exécution, en suivant les données fournies et la ligne tracée par Grapponne et Ueneau. Elle s'était efforcée de plus de trouver un homme auquel on put confier la conduite des travaux. Malheureusement^ elle n'avait rencontré que des aventuriers prêts à se jeter dans les hasards, sans savoir comment ils eu sortiraient, et à dépenser l'argent du gouvernement sans utilité pour la chose publique. Un entrepreneur se présentait promettant d'achever ce grand ouvrage en un an , moyennant 40,000 écLis, ou 120,000 livres du temps. Le cardinal de Joyeuse avait, dans son devis, porté la dépense à 620,000 écus ou 1,860,000 livres d'alors, et les travaux à deux années et demie : il avait demandé de plus que le roi aidât l'entreprise par un secours en nature , en y appliquant le travail de cinq mille pionniers tirés de l'armée et payés à ses frais : enfin , il avait laissé entrevoir que , pour l'argent comme pour le temps, son estimation approximative pourrait être dépassée. Aussi la commission du commerce ne put-elle considérer, et ne considéra- t-elle pas comme sérieuses les offresderentrepreneur. Elle les rangeait parmi les propositions qu'elle avait reçues et examinées, mais sur lesquelles elle n'avait pasencore délibéré, parce qu'elle requérait de plus amples instructions. Le conseil d'Etat était
' Expilly, Dict. géogr. hist., t. II, p. '6'6 A.
l'I.AN Gr:NÉRAL DU COUVERNEM . POUR LA NAVIGATION INTr.RlK.LRE. 413
plus éloigné encore de donner sa sanction et son autorisation à cet essai sans consistance '. Dans cet état de choses, Henri IV et Sully ajournèrent l'exécution du canal du Languedoc au moment oîi, libres d'autres entreprises, ils pourraient ap[)liquer à celle-là la direction et l'aide puissante du gouvernement. La mauvaise fortune delà France voulut que le temps ne leur fût pas laissé de revenir à ce grand et beau dessein ; mais l'examen public et les études aux(juels ils l'avaient soumis, l'éclat dont ils l'avaient environné, ne permettaient plus (ju'il pérît.
Ils portèrent leur attention , leurs travaux , la partie des revenus publics dont ils pouvaient disposer , en faveur de la navigation intérieure, vers des projets plus étendus , plus généralement utiles encore au royaume que ne Tétait le canal du Languedoc, et sur lesquels il était plus facile de se rendre compte de la dépense et des résultats.
C'est dans les mémoires rédigés et présentés au roi par son ordre formel, c'est dans quelques actes émanés directement de lui qu'il faut chercher la pensée et le plan général du gouvernement pour la navigation intérieure de la France -. L'un de ces mémoires, qui date de 16U4 , et qui est inséré textuellement au chapitre CXXXVII des Œconomies royales, contient l'énumération des divers moyens propres à augmenter la richesse publique et les revenus de l'Etat, l'indication des projets dont Henri et
* Recueil présenté au roy de ce qui se passe dans l'assemblée du commerce à Paris, 1604, n° 33, p. 238; plus p. 235, 228. — Lettre du cardinal de Joyeuse aux pièces justificatives, pour le chiffre des dépeuses d'après l'estimation du cardinal.
2 Sully, CEcou. roy., c. J 36, t. I, p. 555 B, 556 A. « Sa Majesté » forma lors trois principaux dessins pour le dedans de son Estât... » Sa Majesté ayant, par plusieurs fois, conféré avec vous etveu divers » mémoires que vous aviez dressez pour establir de tels règlements. » Cela s'applique aux deux chapitres.
■ilt) LIV.VII eu. VI. JONCTION PHOJKTKK DES FLEUVES ET DES MERS.
Sully poursuivent enseuible l'exécution. On lit dans ce document le passage qui suit :
« Le dixième expédient est les conjonctions de la rivière de Seine avec Loire, de Loire avec Saône, et de Saône avec Meuze : par le moyen desquelles [conjonctions) en faisant perdre deux millions de revenus à l'Espagne et les faisant gagner à la France, l'on faisoif, par à travers d'icelle, la navigation des mers Océane et Méditerranée de l'une dans l'autre ' . »
Cet énoncé est confirmé et éclairci [)ar un autre article du chapitre GXCI, que l'on trouvera plus loin îi sa date. Dans le premier texte, dans celui qu'on vient délire, Sully ne mentionne que la conmmnication des deux mers entre elles, de la Méditerranée avec l'Océan , parce (ju'en cet endroit, il confond et réunit ensemble l'océan Atlantique et la mer du Nord, qui n'est qu'une continuation de l'Océan. Mais, dans le second texte, il distingue formellement les trois mers, la MéditeiTanée , l'Océan, la mer du Nord ".
Le complément des idées et des plans du gouvernement se trouve dans une commission délivrée à Bradley en 1605, où il est question « de la jonction des deux » mers Océane et Méditerranée^ que Sa Majesté veut en- » tr éprendre par les rivières de Seine et de Saône '. »
Dans ces mémorables passages des mémoires de Sully et des actes publics du temps combinés ensemble , l'on trouve accusée la plus grande partie et la partie la phis relevée des projets de navigation intérieure qui occupèrent le roi et le ministre de 160i à 1610. Cet énoncé général ouvre les horizons les plus vastes et les plus divers, et demande que Ton précise par des explications tout ce
' Sully, OEcon. roy., c. 137, t. I, p. 538 A et B.
'''Sully, CEcon. roy., c. 191, t. H, p. 294 B. « Devis et accommode- >) ments pour la conjonction des trois mers, »
2 Voir ci-après, au 17 septembre 1G95, la citation d'uu article de cette commission.