LES QUATUE LIGNES PROJETÉES DE GRANDE NAVIGATION LNTÉRIEL'RE
qii'ilcontient, tout cequ'il embrasse: peude sujets touchant à Tutilité [)ul)li(jue sont plus dignes d'un commentaire.
Henri IV et Sully annoncent l'intention arrêtée d'opérer les conjonctions de Seine avec Loire, de Loire avec Saône, de Saône avec Seine, de Seine avec Meuse : il faut remarquer une fois pour toutes que la Saône se jetant dans le Rhône, la Saône et le Rhône ne font qu'un dans le langage du temps. Voilà donc, formellement indiquée, la réunion et la communication des trois plus grands fleuves, et de deux des principales rivières de la France.
Jls nous apprennent que cette entreprise est pour eux non un but, mais un moyen, et que leur but est d'établhla navigation des mers Océane et Méditerranée para travers la France. Ils veulent donc joindre ces fleuves et ces rivières avec le dessein plus large, l'idée plus grande, de les unir pour opérer la jonction sur divers points de la Méditerranée avec l'Océan et avec la mer du Nord, en passant par le centre du royaume. Ce ne sont pas seulement des fragments, des tronçons de voies pour une petite navigation toute nouvelle et prodigieusement active qu'ils préparent : ce sont des lignes entières de grande navigation intérieure qu'ils agitent et qu'ils projettent.
Toutes ces lignes commencent à la Méditerranée. Une finit à l'embouchure de la Loire dans l'Océan. Une autre finit à l'embouchure de la Seine également dans l'Océan, mais en partant d'un point difî"érent de la Saône, et en suivant une direction différente depuis cette rivière jusqu'à la Seine. Une dernière ligne finit à l'embouchure de la Meuse dans le Rhin, qui, lui-même, se jette dansla merdu Nord. Par conséquent, la première de ces lignes est la ligne de grande navigation du midi à l'ouest de la France, en passant par le centre; la seconde, la ligne du midi au nord-ouest; la troisième, la ligne du midi au nord.
Ces trois lignes s'ajoutent à celles du midi au sudm 27
418 LIV. vil. cil. VI. LA CONSTRUCTION DES CANAUX NÉCESSAIRES.
ouest, que le gouvernement a reprise, en reportant son attention sur le canal du Languedoc , et en se proposant de l'exécuter dans un avenir plus ou moins raj>proclié sur les plans ravivés de Crapponne et de Reneau.
Dans l'économie générale de ce vaste plan, entre de toute nécessité l'établissement de plusieurs canaux , dont la destination , le caractère , le jeu sont commandés et marqués d'avance. En effet, ces canaux n'auront rempli les desseins de Henri IV et de Sully, que quand ils auront satisfait à la double condition de faire communiquer ensemble non-seulement les fleuves, mais aussi les mers. Le canal qui unira la Saône , affluent du Rhône , avec la Loire, le canal du Charollais ou du Centre, établira le navigation entre la Méditerranée et l'Océan , et répondra à ce qui est exigé de lui. 11 en sera de même pour le canal servant de lien entre la Saône et la Meuse, qui, par le Rhône , la Saône , la Meuse , le Rhin , ouvrira la communication de la Méditerranée aveclamerdu'Nord. Mais le canal intermédiaire entre la Loire et la Seine , le canal deBriare, ne pourra opérer la jonction des mers s'il est seul, car ni la Loire ni la Seine ne communiquent avec la Méditerranée. Il faut donc, de toute nécessité, que, dans le plan de Henri IV et de Sully, au canal de Briare vienne s'ajouter le canal du Charollais , conducteur obligé entre la Loire et la-Seine d'une part, la Saône et le Rhône d'une 'autre. Ce dernier, déjà commandé par la ligne de l'ouest, est exigé de plus par la ligne du nord-ouest, et, à ce double titre, doit être l'un des premiers exécutés. Un autre canal, le canal de Bourgogne, sera indispensable pour relier le Rhône et la Saône avec l'Armancon et l'Yonne, affluent de la Seine , et donner un développement nouveau, portant plus vers le nord , à cette même ligne du midi au nord-ouest.
Des quatre grandes lignes de navigation indiquées par
PROJET DE CANAL DU CIIAROLLaIS POUR LA LIGNE DE L'oUEST. il9
les Mémoires de Sully et par la commission délivrée en 1605, celle dont nous nous occuperons d'abord est la ligne du midi à l'ouest, en passant par le centre du royaume. En adoptant cet ordre, nous nous fondons sur une distinction qu'il importe d'étahlir entre les diverses lignes. Pour les données générales de la ligne du midi au sudouest par le canal d u Languedoc, Henri I V et Sully empruntèrent les idées, suivirent les indications des règnes précédents. Au contraire, en ce (|ui concerne les trois autres lignes, ils eurent pour la première tout l'honneur des moyens d'exécution; et pour les deux autres, la gloire de la découverte et de l'invention, comme celle du signalement précis des moyens d'exécution.
Nous avons vu précédemment que Henri H comptant sur le concours de Grapponne, avait projeté la grande voie navigable du midi à l'ouest , en se servant du canal du Charollais, dont ils entreprenaient la construction, comme d'un moyen pour unir entre elles les diverses parties dont cette voie se composait. La ligne opérait la jonction de la Méditerranée et de l'Océan par le Rhône , la Saône , le canal du CharoUais depuis Chàlon jusqu'à Digoin, le cours de la Loire depuis Digoin jusqu'à l'embouchure du fleuve. C'était une grande et belle idée; mais nous ne connaissons rien qui indique quels moyens le Conseil de Henri H et Crapponne avaient trouvés pour la construction du canal, et par conséquent pour la création de la ligne elle-même.
Henri IV et Sully reprirent les choses au point où elles en étaient restées depuis un demi-siècle , et réparèrent le temps perdu pour la navigation intérieure par les études et les travaux des ingénieurs à leurs ordres. Ils firent faire un tracé et un plan du canal tellement irréprochables de tout point , tellement pratiques, que l'exécution n'était plus qu'une question d'ouvriers à rassembler et de travaux matériels à entreprendre.
420 LIV. vil. CH. VI. DIRECTION DONNÉE PAR VIÈTE ET LOUIS DE FOIX.
Il est curieux de voir à quel degré de développement et de maturité était parvenue dès lors la science de l'ingénieur, et avec quelle habileté le gouvernement l'employait pour la construction des canaux dont il voulait sillonner la France. Tout donne à croire que le grand matliématicien Viète et le célèbre architecte et ingénieur Louis de Foix contribuèrent à cette alliance de la science et du pouvoir, et à la perfection des projets de travaux publics qui datent de cette époque. En eiïet, Viète siégea dans le conseil d'Etat , comme maître des requêtes > jusqu'à sa mort, arrivée en 1603, et il appliqua sans cesse ses études théoriques aux affaires d'administration et de gouvernement : on sait que , durant la Ligue , il fournit au roi la clef du chiffre dont Philippe II et ses ministres se servaient pour leur correspondance. Dans l'enquête et les avant-projets faits sur les canaux depuis 1597, il paraît impossible qu'il n'ait pas éclairé le conseil d'Etat. Louis de Foix, de son côté, qui compte parmi ses travaux le nouveau lit de l'Adour dans la partie inférieure de son cours, la nouvelle embouchure de ce fleuve , la construction du port de Bayonne, fut employé par Henri IV et en rapports continuels avec lui depuis lo98 au plus tard, comme nous l'apprend la lettre du cardinal de Joyeuse.
On trouve l'énoncé des principes généraux d'après lesquels les ingénieurs, de 1600 à 1610, se conduisaient dans la construction des canaux en général , et l'exposition détaillée de leurs travaux pour le canal du Charollais en particulier, dans un traité intitulé : La conjonction des mers, dont l'auteur est un nommé Charlçs Bernard. Le livre ne parut qu'en 1613 , environ deux ans et demi après la mort de Henri IV. Mais dans sa préface, l'auteur annonce ([u'il se borne à rapporter les discours tenus par le président Jeannin dans une conférence sur les canaux ; et Jeannin, contrôleur général des finances