INFLUENCE DE LA REPRÉSENTATION NATIONALE
doute, mais d'une manière incessante, ce que faisaient les Etats-généraux, des remontrances, redressant, par leurs avis, les erreurs et les excès du pouvoir, dans ces provinces le gouvernement fut moins la monarchie pure que la monarchie résolutive, après consultation et concert préalables entre le prince et les peuples. Enfin dans la portion, et dans la portion de beaucoup la plus faible du territoire, la monarchie absolue prévalut. Mais cette monarchie, absolue en principe et en théorie, fut, dans l'exercice et dans la pratique , tempérée parles déci sions des assemblées nationales, par la puissance que les villes de commune tiraient de leurs droits politiques et de l'intervention de leurs magistrats municipaux, par l'autorité accordée aux corps conservateurs, les Parlements, le Conseil privé, le Conseil d'Etat, que le bon sens et la modération du roi mirent constamment au-dessus de sa volonté, contrairement à la pratique des derniers Valois, et conformément à cette maxime sans cesse répétée par lui : « Qu'il ne falloit pas, pour bien » régner, qu'un roy tist tout ce qu'il pouvoit faire *. »
Voyons d'abord comment il soumit la prérogative aux décisions de la représentation nationale, dans la question des finances et de la disposition de la fortune publique. Le grand moyen d'arbitraire du pouvoir est l'arbitraire de l'impôt. Avec l'argent tiré de tous sans mesure et sans contrôle, le despote salarie et corrompt l'armée, les fonctionnaires publics, les grands, et, avec cette armée de sicaires militaires et civils, il asservit la masse de la nation, réduite à l'impuissance et même au silence ~. Henri
' Matthieu, 1. IV, p. 836. « Il avoit joint ensemble deux choses, qui » volontiers sont séparées, la grandeur et la modération. Relâchant » ce qui estait de trop roide et trop rude au pouvoir absolu, il rendoit » ses commandemens sans difficulté, l'obéissauce sans peine et sans » murmure. »
* Voirie Discoui's de la Servitude volontaire, ou le Contre-un, de la Boëtie, le jeune et vertueux ami de Montaigne; « ouvrage dit le
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prit le conlre-pied de cette politique. H ne préleva sur ses sujets que ce qui était nécessaire aux services publics ; rien ne fut calculé ni exigé dans l'intérêt de l'arbitraire : l'impôt baissa et la dette s'amortit en proportion de ce que le pouvoir s'affermit dans le pays. Respectant l'antique et grande loi de la monarchie , de ne tirer deniers de ses sujets qu'avec leur consentement, lorsqu'il fallut, en 1596, augmenter les revenus publics, il demanda à la seule assemblée nationale qu'il put convoquer alors sans danger pour la paix publique, à l'assemblée des Notables réunis à Rouen, tous d'une indépendance entière et même aventureuse, le vote nécessaire pour la légalité de cette augmentation, et l'espèce d'impôt qui devait le moins charger le peuple. Les Notables, en estimant à trente millions de ce temps les dépenses inévitables, avaient fixé à ce chiffre les revenus ordinaires et annuels , qui devaient se composer du produit des impôts et du produit moindre de quelques autres ressources publiques. Même en y comprenant les produits du péage de Vienne^ de la nouvelle imposition d'Anjou , du droit de franc-fief , du droit ammel ou Paulette, subsides qui n'atteignaient que quelques provinces ou quelques classes de citoyens, et non la masse de la nation ; même en mettant en compte les sommes destinées à payer les charges acquittées par prélèvement, Henri n'excéda jamais le chiffre de trente millions '. Dans les dernières années de son règne, et dès que la sûreté et l'honneur de l'Etat le permirent , il se hâta, comme nous le verrons, d'abaisser à vingt-six
» philosophe à l'honneur de la liberté contre les tyrans. » C'est le plus vigoureux écrit qu'où ait composé contre le despotisme. En approuvant l'esprit général du livre, bon à méditer en tout temps, nous faisons jes restrictions les plus formelles contre les conséquences que les factions anarchiques pourraient tirer de quelques maximes hasardées. * C'est ce dont on trouve la preuve dans le Traité du revenu et de'pense de France de l'année 1607, placé aux Documents historiques.