‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 80 sur 199 · LIV. VII. CH. VI. EXPOSÉ DE CES LIGNES · texte numérisé non relu

LIV. VII. CH. VI. EXPOSÉ DE CES LIGNES

tincts de tous ceux qui avaient précédé. Ils furent inventeurs et créateurs autant qu'admirables administrateurs. La France leur doit l'idée générale et l'exécution à divers degrés de deux lignes nouvelles de grande navigation intérieure : i^ Le. plan complet et exécuté en partie de la ligne du midi au nord-ouest, en se servant, depuis la Saône jusqu'à Briare, des travaux exécutés pour la ligne du midi à l'ouest, mais en y ajoutant le canal de Briare, pour faire communiquer la Loire avec la Seine. Les études, le tracé raisonné , le plan entier et en partie exécuté d'une nouvelle branche de cette même ligne du midi au nord-ouest, en portant plus au nord une partie de son développement par la construction du canal de Bourgogne, et en gagnant la Seine par le canal de Bourgogne, l'Armançon, l'Yonne. 2" La donnée principale de la ligne du midi au nord, en établissant les communications entre la Saône, la Meuse et le Rhin.

Ce grand fait est établi jusqu'à l'évidence par divers passages des mémoires originaux de Sully, par les descriptions explicatives des auteurs contemporains, par les procès-verbaux des études faites et des travaux commencés pour ouvrir ces lignes.

Nous commencerons par la ligne de grande navigation du midi au nord-ouest de la France, parce qu'elle s'unit et se confond, dans une partie de son développement, avec la ligue de l'ouest. Par le passage cité plus haut des Œconomies royales, on a vu que Henri IV et Sully avaient arrêté avant 1604 « la conjonction de la rivière de Seine y) avec Loire..., pour la îiavigation des mers Océane et » Méditerranée de fime dans Fautre. « Les avantages constants et innombrables que la nation a retirés depuis plus de deux siècles de cette nouvelle voie de communication prouvent à quel degré la hauteur des vues s'alliait. dans ce projet, au sens pratique.

LA LIGNF. DU MIDI AU NORD-OUEST DE LA FRANCE. i''25

La ligne du midi à l'ouest n'étendait pas au delà du cours de la Loire la voie navigable ouverte au commerce, et les communications des provinces entre elles. Ses avantages, tout précieux qu'ils étaient pour la partie méridionale du royaume, tout supérieurs qu'ils étaient à ceux offerts par le canal de Languedoc, semblèrent à juste titre trop bornés et trop restreints à Henri IV et à Sully. Ils voulurent les étendre et les pousser, en quelque sorte, jusqu'aux pays du nord-ouest de la France. Ils formèrent le commencement et le centre de la ligne du midi au nordouest avec les deux tiers environ de la ligne du midi h l'ouest. Ils lui empruntèrent le cours du Rhône, le cours de la Saône depuis sa réunion avec le Rhône jusqu'à Châlon,le canal du CharoUais depuis Chàlon jusqu'à Digoin, le cours de la Loire dans une étendue de quarante lieues, depuis Digoin jusqu'à Briare. Arrivés à ce point, ils laissèrent la ligne de l'ouest continuer son cours jusqu'à l'embouchure de la Loire dans lOcéan, et ils préparèrent et combinèrent ce qui constituait particulièrement, essentiellement, la ligne du midi au nord-ouest. C'était un canal d'environ douze lieues, partant de la Loire à Briare, et aboutissant dans la rivière de Loing à Montargis. C'était le cours du Loing de Montargis à Moret où le Loing se jette dalis la Seine ; et l'on voit que le canal de Briare et le Loing, mis de la sorte bout à bout, opéraient la jonction de la Loire à la Seine. C'était enfin le cours de la Seine depuis Moret jusqu'à l'embouchure du fleuve dans l'Océan. Ainsi était opéré sur un point nouveau I9, communication de la Méditerranée à l'Océan; ainsi était formée la ligne de grande navigation du midi au nord-ouest de la France.

Cette belle ligne portait vers le nord-ouest, à soixantedix lieues plus loin que la ligne de l'ouest, les bateaux et les bâtiments du commerce, les produits naturels et ma-

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nufacturés dont ils étaient chargés. Elle traversait ou longeait les deux tiers des provinces de la France, quatorze sur vingt-trois. Elle établissait de nouveaux échanges entre elles. Elle apportait l'excédant de leurs produits au cœur du royaume, et en contribuant puissamment à l'approvisionnement de la capitale, elle renvoyait en échange à ces paysl'argent de Paris. Bien qu'elle ne réunît pas tous les avantages, comme on le verra bientôt, elle en présentait cependant d'assez nombreux et d'assez solides pour que le gouvernement du roi se fit un point d'honneur de l'ouvrir; aussi s'attacha-t-il fortemelit, invariablement, à donner cette satisfaction aux besoins et aux vœux du commerce intérieur.

Un canal, le canal du Cliarollais. devait être creusé dans la partie de la voie qui était commune aux deux lignes du midi à l'ouest, et du midi au nord-ouest. Un autre, celui de Briare, devait être construit à l'endroit où la voie se bifurquait, et il était destiné à former le commencement de la ligne spéciale du nord-ouest. Sully s'occupa avec la plus grande sollicitude des moyens d'exécution du canal dû Cliarollais delGOoàlGlO, mais aveclidée d'en charger une compagnie , à laquelle le gouvernement viendrait en aide par une subvention considérable. C'était le procédé quïl avait, d'après les ordres de Henri, employé avec succès pour la fondation des manufactures. Le traité qu'il était sur le point de conclure avec elle fut ajourné par la mort du roi. La régente Marie de Médicis, qui, tant qu'elle employa les ministres de Henri IV, suivit les errements de son administration dans quelques parties d'extérieur et d'apparat, propres à frapper les yeux de la nation, fit adjuger en 1613, parle président Jeannin, l'entreprise du canal du Charollais à une compagnie , moyennant 800,000 livres du temps '.

' M. Dutens, Hist. de la navig. intér., 2* partie, t. 1, p. 208.

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