POUR CETTE LIGNE. AUTRE EMBRANCHEMENT POUR CETTE LIGNE
Henri nt Sully ne s'en remirent qu'à eux-mêmes du soin d'établir le canal de Briare. Ils voulaient, et ils avaient raison de vouloir, (|u'une section au moins de cette ligne de grande navigation fût conduite à son entier achèvement; qu'un premier canal navigable fût donné à la France ; que de la réussite de leur entreprise le pays tirât des raisons de confiance, et les gouvernements qui viendraient après le leur des motifs de salutaire imitation, pour la construction des monuments hydrauliques. Nous présenterons tout à l'heure eu détail l'historique de l'établissement du canal de Briare, et l'on pourra se convaincre qu'ils poussèrent l'entreprise jusqu'à l'extrême limite qu'il est donné d'atteindre aux projets humains.
Ils travaillèrent dès IGOov avec la plus grande activité, à donner à la ligne du nord-ouest un nouvel embranchement, dont le premier tronçon se développât exclusivement vers le nord , et menât, dans cette direction, une section de la ligne elle-même. La ligne avait toujours pour tète le Rhône, et la Saône dans la partie méridionale de .son cours, et pour continuation les rivières de Bourgogne. Mais un canal autre que celui du Charollais, et nommé spécialement canal de Bourgogne ' , partant non plus de Châlon pour descendre vers Digoin et vers la Loire, mais de Saint-Jean-de-Losne et de Dijon pour monter vers le nord et vers la Seine, ouvrait le nouvel embranchement, en formait la première section.
Voicipar quelle suite de-raisonnements et de considérations Henri etSully avaient été conduits à ce nouveau projet. La jonction de la Saône à la Seine en partant de Saint- Jean-de-Losne et de Dijon, en prenant sur la route et en
' Il faut dire nommé sjiécialement canal de Bourgogne, car le Charollais étant un des pays de la Bourgogne, le canal du Charollais qui appartient cependant à une autre et nouvelle section de la ligue de navigation du midi au nord-ouest, pourrait être appelé aussi canal de Bourgogne.
458 LlV.VIl.CH.VI. LE CANAL DE BOURGOGNE ET DE L'OUCHE.L'ARMANÇON,
employant comme iiitermédiaires l'Ouche, l'Armaftcon, l'Yonne enfin, qui entre dans la Seine près deMontereau, était infiniment plus utile que la jonction de la Saône à la Loire. En etfet, comme cette dernière, elle etfectuait la communication entre la Méditerranée et l'Océan, et elle présentait de nombreux et notables avantages qui lui étaientparticuliers. Elle établissait, au centre du royaume, des relations bien plus nombreuses et bien plus directes entre la région méridionale et la région septentrionale, pour tous les genres d'intérêts et pour toutes les espèces d'afTaires. Elle était ouverte en particulier dans la direction la plus favorable au commerce, dans la direction du midi au nord. Elle se dirigeait enfin vers Paris par la voie la plus courte, et incomparablement la plus facile, parce que la navigation sur l'Yonne et sur la Seine est plus commode que celle sur la Loire de Digoin à Briare, portioîi du fleuve qu'on ne descendait (ju'avec peine, qu'on ne remontait qu'avec beaucoup de diilicultéet de danger, et qui était tout à fait impraticable une partie de l'année. Forbonnais, Expillv, Delalande, qui les premiers chez nous se sont occupés sérieusement durôleque joue la navigation intérieure dans l'économie politique, se sont accordés à dire : « Il n'y avait pas de canal à faire dans l'intérieur de la France qui fût d'une plus grande importance et d'un usage plus étendu pour le royaume que le canal de Bourgogne '. » Et tous ceux qui ont traité ce sujet après eux expriment la même opinion.
Les renseignements précis fournis par les auteurs contemporains, et par les procès-verbaux des opérations préliminaires, ne laissent aucun doute sur le travail auquel se livrèrent le roi et Sully pour donner au royaume cet
1 ForboDuais, Recherches et considérations sur les finances, t. I, p. 135. — Expilly, Dict. géogr. hist., t. II. — Delalande, Des canaux de navigation, c. 9, p. 265, in-folio, 1778.
L'YONNE FORMENT LE SUPPLÉMENT NOP.D A CETTE LIGNE. i'À9
important sujjplénieiit à la ligne du nord-ouest, lequel en formait, en quelque sorte, une nouvelle ligne de grande navigation, la mieux raisonnée et la plus belle des lignes quela France possède. Produisons d'abord le témoignage des auteurs contemporains, pour faire connaître le plan général de ce projet.
• On proposa de conjoinclre les mers Méditerranée et Océane par les rivières de France qui ont leur source en Bourgogne : ce que l'on pouvoit faire avec un canal, et des écluses et portaux, qui est une invention moderne, laquelle ignorée de l'antiquité, tels assemblements de mers et de fleuves n'avoient jadis esté faicts.
» Entre autres propositions, cesle-cy se trouva la plus facile : qu'il falloit conjoindre par un canal les rivières d'Ouche et d'Armanson, entre lesquelles il y avoit peu de distance. La raison étoit que la rivière d'Oiieiie, portant des bateaux assez près de Dijon, alloit descendre dans la Saône, la Saône dans le Rhosne, et le Rhosne dans la Méditerranée. D'un autre costé, que la rivière d'Armanson (qui portoit aussi bateau" jusqu'au près de Mombar) tomboit dans Yonne, Yonne dans la Seine, et la Seine dans la mer Oceane. Tellement qu'en conjoignant ces deux rivières d'Ouche et d'Armanson, par un canal que l'on feroit à Tendroict de Grosbois, qui est sur la rivière d'Armanson, et qui tireroit droit à Chateauneuf sur !a rivière d'Ouche, où il n'y avoit que trois lieues de distance de l'une à l'autre, on conjoindroit ces deux rivières, et par elles les deux mers; ce qui apporteroit une grande utilité au traffic st à toute la France '. »
Les études pour la reconnaissance des localités et des cours d'eau, les avant-projets commencèrent en 1605, Henri confia ce travail préliminaire au sieur Bradley, son maiire. des digues, gentilhomme de Brabant qu'il avait attiré parmi nous pour nous instruire des progrès qu'a-
• Mercure français, t. III, p. 208, 209. Le Mercure ne fait mention de ce projet et de cette propositioa que sous l'an 1613 et pendant la régence de Catherine de Médicis. Le journaliste ignore ou feint d'ignorer, pour faire sa cour au pouvoir du jour, que ce projet est seulement renouvelé sous la régence de Marie de Médicis, et que sous le règne de Henri IV, il a donné lieu à une suite d'études et de plans constatés aulhentiquement par les procès-verbaux que le lecteur va trouver ci-après.
430 LIV. VII. cil. VI. ÉTUDES ET TRACÉ DE CE SUPPLÉMENT.
valent faiisles Flamands et les Hollandais dans la science et dans les ouvrages hydraulit|ues, et que nous avons déjà vu employé par le gouvernement au dessèchement des marais. Le 17 septembre 160;5, le roi lui donna une commission spéciale « pour reconnoistre les moyens les » plus commodes et faciles de rendre l'Ouche navigable, » etde donner parla commencement à l'ouvrage delajonc- » tion des deux mersOcéaneet Méditerranée que Sa Majesté » veut entreprendre par les rivières de Seine et Saosne. » Bradley se rendit à Dijon, et procéda aux études et au relevé qui lui étaient demandés par le roi, en s'aidant des consi'ils et des lumières des magistrats municij^aux de la localité, que Henri avait commis et députés pour ce travail conjointement avec lui. Ils examinèrent la rivière d'Ouche qui passe à Dijon et qui tombe dans la Saône à Saint-Jean-de-Losne, pour s'assurer s'il y avait moyen de la rendre navigable. Il y eut un procès-verbal du cours de cette rivière dressé le 26 mai 1G06 par Bradley et par le maire et les échevins de Dijon. On reconnut dès lors que tous les travaux pour rendre l'Ouche navigable seraient des travaux en pure perte; qu'il fallait abandonner le lit de cette rivière, et creuser un canal à côté. Bradley offrit de l'exécuter en dix-huit mois, moyennant 120,000 livres, pourvu que la ville de Dijon se chargeât de l'acquisition des terrains.
Sally fit faire un nouvel examen et un nouveau rapport en 1607. Par le toisé, l'on trouva 15,971 toises^iepuis Dijon jusqu'à la Saône, à côté du bois de Lougouges, audessous de Saint-Jean-de-Losne, espace dans lequel il s'agissait d'établir le canal qui devait remplacer l'Ouche. En même temps, on visita l'Armançon, rivière précieuse pour la nouvelle ligne de navigation. En effet, d'une part, elle s'approchait à trois lieues près du canal qu'on voulait substituer à l'Ouche; d'une autre, elle se jetait dans