LIV. VII. CH. VI. CANAL DE BEAUCAIRE PROJETÉ
» 4,498,910 livres (pour les dépenses contenues dans les » articles précédents) et pour les dépenses du canal de » Loire, Clin , Velle, ponts et chaussées. » La même mention se reproduit aux années suivantes jusqu'en 1609, et à la fin de l'état, on trouve la note additionnelle suivante, si importante pour le sujet qui nous occupe: « Nota » que la creuë extraordinaire des tailles pour la présente » année 1609 est composée de diverses natures, dont au- » cunes tournent à la descharge du peuple, facilité de son » commerce, ou décoration du royaume, sçavoir : Pourdi- » vers canaux, pourrendrecomraunicablesplusieursriviè- » res, com^mQ Loire et Seine j Aisne et Veile, Vienne et Clin » (et quatre autres articles moindres), 870,000 livres '. v
Les canaux pour la jonction de l'Aisne et de la Yesle, de la Vienne et du Clain n'existent plus aujourd'hui. Les travaux exécutés pour leur construction sous le règne de Henri IV furent abandonnés à sa mort, comme ceux pour le canal de Briare ; et n'ayant pas été repris et continués plus tard, comme le furent ceux pour le canal de Briare, ils ont péri misérablement. Leur existence, établie sur des textes formels et répétés, n'est pas contestable : il serait curieux d'en recbercher sur place et d'en signaler les débris à la reconnaissance publique.
Outre le canal de jonction entre la Vienne et le Clain dont les travaux furent continués pendant plus de cinq années et poussés fort loin , un autre canal , non moins utile, fut projeté pour les provinces méridionales du royaume. On trouve dans les auteurs modernes qui ont écrit sur la navigation intérieure de la France, qu'un édit fut rendu par Henri IV pour la construction du canal
' Sully, (Econ. roy., c. 187. «Estât des levées des tailles, com- » prises sous le titre de la grande creue pour les années 1599 et sui- » vantes jusques en celle de lTi09 incluse, présenté au roy.» Tome II, pages 272, 273, 268, 269. Ils avaient déjà rendu le Clain navigable.
TKAVAUX AU CAN.vL DE BRIAP.E. 4-35
de [jeaucairc. Le canal partait Je Beaucaire, aboutissait à Aigues-Mortes et était alimenté par une dérivation du Rhône, auquel il ouvrait une nouvelle issue dans la Méditerranée. 11 donnait un utile supplément à la navigation de ce fleuve, dès lors encombré par les ensablements, et fréquemment impraticable dans la partie inférieure de son cours. Le même édit ordonnait le dessèchement des marais voisins couvrant quarante mille arpents entre Beaucaire et Aigues-Mortes, frappant en grande partie la contrée de stérilité, et portant par leurs exhalaisons la mort au sein des populations environnantes '.
Le plus important des canaux entrepris sous ce règne est le canal de Briare. Ce canal se présente sous deux aspects différents parce qu'il avait deux destinations distinctes, et devait servir à deux fins. D'un côté, il formait l'une des sections de la ligne de grande communication du midi au nord-ouest, et c'est sous ce point de vue que nous l'avons précédemment considéré. D'une autre part, en attendant cpie cette ligne fût ouverte et que le canal du Charollais fût construit, le canal de Briare restait un canal de petite navigation. Mais même dans ces dernières proportions, même réduit à ses propres effets et pris isolément, il présentait les plus précieux avantages. C'est comme canal de petite navigation que nous allons l'étudier, en recherchant dans quel but spécial le gouvernement de Henri IV le lit ouvrir, quels intérêts il servit, dans quelle mesure il concourut à l'utilité publique.
Dans le plan général adopté par Henri lY et par Sully, pour joindre la Loire à la Seine au moyen d'une voie navigable , les dispositions particulières relatives au canal de Briare diffèrent beaucoup de ce que l'on imagineen général. Les erreurs et les confusions dans lesquelles on
• M. Dulens, Hist. de la navig. iutér., 2« sect., t. I, p. 144. — M. Huerne de Pommeuse, Des canaux navig., p. 330, 333.
436 Liv. VII. cil. VI Ta.WALx au canal de briare.
tombe sur l'éterulue et le développement primitifs du canal , proviennent de ce que l'on ne dégage pas , de ce que l'on ne distingue pas les faits accomplis du temps de Henri lY. de faits arrivés bien plus tard '. La voie navigable sétendit de la Loire à la Seine sans discontinuité ; mais le canal lui-même ne fut établi que dans l'espace compris entre la Loire et Montargis, et s'arrêta à peu près à mi-chemin de la voie navigable. Il partait de Briare sur la Loire, traversait les hauteurs qui séparent la Loire de la Seine , et s'arrêtait à Montargis. Là , il débouchait dans le Loing, rivière qui se jette elle-même dans la Seine, près de Moret. Le Loing, qui était alors navigable dans son cours inférieur, depuis Montargis jusqu'à Moret, formait donc la continuation du canal, et environ la moitié de la voie navigable. Ce n'est que beaucoup plus tard que le canal latéral au Loing a été établi , et sous le nom de canalde Montargis ou du Loinq est devenu la prolongation jusqu'à la Seine du canal de Briare. Parmi les contemporains , les uns donnent au canal de Briare neuf lieues de développement, les autres douze- : les premiers parlent des grandes lieues, les seconds des lieues communes ; distinction qu'on trouve établie dans les ordonnances du temps,etparticulièrementdansréditdumoisdemarsl597. L'un des plus intelligents parmi les historiens du temps expose ainsi quels moyens d'exécution le gouvernement employa ; quels avantages le canal de Briare devait procurer; quelle portion précise du canal fut achevée dans le cours de ce règne.
« Ce canal, dit-il, sera rempli d'eaux empruntées de sources, fon-
* Les cartes de géographie destinées au commun usage et à l'enseignement favorisent ces confusions : on n'a pas eu soin d'inscrire le nom du canal de Loing à la suite de lindication du canal de Briare.
* Legraiu, Décade de Heuri le Grand, 1. Vill, p. 421, in-folio. — Dom Morin, Hist. génér. du Gastinois, p. 50, iu-4o; PariSj J63Û.