TRAVAUX AU CANAL DE BRIARE
» Loire et Seine. » Le rap[)ort ofïiciel présenté au roi en 1604 par la commission ou chambre de commerce et la correspondance de Henri IV, confirment pleinement sur ce point le témoignage de Sully '.
Ouand on songe aux immenses avantages pour la France qui s'attachaient à la construction du canal de Briare, ce n'est pas sans un sentiment de reconnaissance et d'admiration que Ton voit, dès cette année 1604, Henri IV et Sully appliquer spécialement leur attention et leurs soins au succès de l'entreprise , en conférer fréquemment ensemble; et Sully, ([ui était un excellent ingénieur, se transporter lui-même et à plusieurs reprises sur les lieux, pour reconnaître tous les accidents du terrain, pour relever les hauteurs et les déclins des montagnes à travers lesquelles il s'agissait de conduire le canal'. Après avoir par ces marques de haut intérêt, par leur participation personnelle à la direction de l'entreprise, doublé le zèle et l'ardeur de ceux qu'ils appelaient à y concourir, le roi et Sully pourvurent abondamment, par des subventions annuelles et par des subsides en nature, à la continuité des travaux et au prompt achèvement du canal de Briare. Ils y consacrèrent sur les revenus publics une somme de 540,000 livres du temps, environ 2 millions d'aujourd'hui^ dans les trois années 1604, 1605, 1606, et une somme proportionnée dans les années qui suivirent jusqu'au mois de mai 1610 ; c'étaient
1 Sully, CEcou. roy., c. 187, t. II, p. 27-2 A. — B. Laffemas, Recueil présenté au roy de ce qui se passe eu l'assemblée du commerce, 1604, n" 33, p. 238. — Voir à la note suivante la lettre de Henri IV.
- Sully, CEcon. roy., c. 143, t. I, p. 616 A. — « Geste année ;i604) » fut poursuivie l'entreprise, par vous dès longtemps projetée, pour » pratiquer uu canal qui joignist les navigations de Seine et Loire, et » vous transportâtes plusieurs fois sur les lieux pour en recoguoistre » les commoditez, et prendre les hauteurs et déclins des montagnes. » — LeUre du roy h Sully du 23 novembre 1604 : « Mon amy, je vous
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en tout i millions fournis par l'Etat '. Ils y ajoutèrent le produit des impositions, spécialement supportées pour l'exécution du canal , par les communes et les provinces qui s'y trouvaient intéressées comme étant riveraines de la Loire et de la Seine. La Normandie seule contribuait par an pour30,00Û livres du temps, prèsdelOO,OÛOfiancs d'aujourd'hui^. Outre ces sommes en argent, le gouverment affecta à cette grande œuvre des subsides en nature d'une intportance égale au moins aux fonds qu'il y appliquait. De 1605 à 1610. le roi autorisa Sully à employer six mille hommes de troupes à l'ouverture du canal : c'était la moitié du nombre total des travailleurs, dont on eut soin d'entretenir la santé et la vigueur par une forte alimentation ^.
Hugues Crosnier, né à Tours, l'un des plus habiles ingénieurs du temps, fut chargé de la direction des travaux, ouverts depuis 1604. En 1608, le roi fît un voyagea Montargis, expressément pour inspecter et encourager l'entreprise : il s'était fait accompagner par la reine pour donner plus de solennité à cette visite. Dès cette époque la
» fais ce mot et vous dépesche ce courrier exprès pour vous dire que » le conuestable de Castille arrive dimanclie à Paris. C'est pourquoy je » vous prie de remettre vostre visite du canal à une autre fois, et » vous rendre icy mardy de bonne heure, n
1 Sully, (Econ. roy./ c. 187, t. II, p. 272 et 273. Estât des levées des tailles présenté au roy. — B. Laffemas, Recueil présenté au roySe ce qui se passe en l'assemblée du commerce, 1604, n" 33, p. 238. « Le canal qui se faict pour joindre les rivières de Seine et Loire, et » qui couste 180,000 escus eu trois années; » i^/tti constii veut dire qui coûtera. Les 180,000 escus font 540,000 livres du temps, environ 2 millions d'aujourd'hui pour les trois premières années de travaux du canal de Briare.
' Sully, CEcon. roy., c. 163, t; II, p. 166. Dépense supportée en 1C06 par la seule province de Normandie : «Pour le canal de Seine et Loire, » 30,000 livres. »
3 Dom Morin, Histoire générale du pays de G.-Tstinois, p. 50, in-4'', 1630. Il dit que le nombre des ouvriers fut de douze mille, et qu'on les nourrit abondamment de pain, de viande et de vin.