‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 88 sur 199 · LE PEU QUI RK.STE A FAIRE POUU 1,'ACHÈVEMENT DU CANAL · texte numérisé non relu

LE PEU QUI RK.STE A FAIRE POUU 1,'ACHÈVEMENT DU CANAL

construction du CcUial était considérée comme achevée, et lesavantagesqui devaient s'attachera son ouverture comme complètement assurés et prochains. C'est ce que témoigne la courte harangue adressée au roi par le lieutenant général Lhoste au nom de tous les habitants de Montargis. Le discours prouve en outre que l'importance de cet admirable canal, qui reliait entre elles tant de provinces, formant la pins f/randc et la meillenrc partie dit royaume, était parfaitement comprise et sentie par les populations '.

Les travaux déjà si fort avancés en 1608 furent continués avec une extrême activité, et ne s'arrêtèrent qu'au mois de mai IGlU, époque de la mort du roi. Un procèsverbal des tra\ aux exécutés jusqu'à ce moment fut dressé en 1611. On voit par ce procès-verbal que l'excavation totale des biefs ou intervalles compris entre les diverses écluses, était déjà faite depuis Rivotte vers la Loire jusqu'à Montargis, ainsi que la maçonnerie de la plus grande partie des écluses. Ce qui restait à achever de cette partie des travaux n'excédait pas deux lieues sur les douze lieues de développement que le canal avait, comme nous l'apprennent les témoignages réunis de deux contemporains ■. Ainsi donc des ouvrages de maçonnerie et autres ou-

1 La Loire et la Seine jointes ensemble au moyeu du canal de Briare, et du Loing faisant suite au canal^ présentaient la forme d'un H. L'orateur fait allusion à cette circonstance, et dit au roi : « La ville de Mou- » targis est à présent destinée pour estre le centre et le milieu di:- » cette grande figure de la première lettre de vostre nom glorieux, » qui se trouve heureusement formée en ces deux grandes rivières » de Loire et Seine Jointes ensemble par cet admirable canal, comme » ligne transversale d'une si remarquable figure, qui contient en sou » plein et quadrature la plus grande et meilleure partie de vostre » royaume, n (Dom Moriu, Hist. générale du pays de Gastinois, p. 50, 51.)

- Voir le procès-verbal de réception des travaux dans Delalande, Des canaux de navigation, c. 13, p. 330, et le témoignage formel de Legrain, dans le passage cité ci-dessns, page 437.

4i2 LIV. VII. CII. VI. DANS UUEL SYSTEME FIT- IL ÉTABLI?

vrages pour les écluses , dans le court espace de deux lieues, manquaient seuls au complet achèvement du canal.

Le canal de Briare fut un modèle non-seulement pour la France, mais pour l'Europe entière , dans l'exécution des canaux destinés à joindre les fleuves entre eux et à unir les mers. Aucun ouvrage de génie civil n'a eu plus d'importance, plus de résultats féconds dans les temps modernes, et il restera l'éternel honneur du gouvernement qui l'a fait exécuter. A tous ces titres, il importe de rechercher quels sont ses caractères distinctifs, dans quel système il fut exécuté, quels enseignements il laissait aux administrateurs et aux ingénieurs des âges suivants. Plusieurs faits soit précédents, soit contemporains, les actes puhlics, les témoignages successifs des auteurs qui ont écrit depuis l'époque où le canal fut entrepris jusqu'à celle où il fut achevé, fournissent les éléments nécessaires pour résoudre ces questions, pour établir ces divers points, d'une manièi'e solide.

On a vu précédemment que les divers plans projetés ou arrêtés pour l'établissement des canaux, dans la période comprise entre 1598 et 1010, le plan pour le canal de Languedoc, les plans pour les canaux du CharoUais et de Bourgogne, étaient tous dans le système des canaux à point de partage. De ces faits, il résulte déjà la plus légitime et la plus forte présomption que tel fut le mode adopté pour la construction du canal de Briare. Cette présomption devient une certitude lorsqu'on rapproche et' qu'on réunit les divers détails fournis par les contemporains sur les moyens d'exécution employés dans l'établissement du canal de Briare. Legrain, on a dû le remarquer, témoigne que dans le canal n'entraient les eaux ni de la Loire ni de la Seine '. Ainsi le canal n'était alimenté * Voir ci-dessus la citation de Legraiu à la page 437.

c'est un canai, a point de partage, preuves. 443

par les eaux d'aucune de ces deux grandes rivières. 11 n'était donc pas un canal de dérivation, un bras ajouté à une rivière : il était donc construit dans un système nouveau, avec des moyens non encore essayés dans tous les autres pays de l'Europe. Sully et de Thou nous apprennent quel était ce système, par les détails dans lesquels ils entrent. Quand Sully va lui-même reconnaître les lieux où il doit pratiquer le canal qui joindra les navigations de Seine et de Loire, il prend les hauteurs et les déclins des moidagnes '. Il n'y a qu'un canal à point de partage qui soit établi sur les sommités et sur les versants des montagnes, et qui nécessite de les visiter et de les relever. De Thou, qui donna le plan du canal tel qu'il fut dressé et arrêté sous la direction de Sully, ajoute en termes exprès qu'il était pourvu de trente-trois écluses ". Aujourd'hui il en a quarante ; mais si de Thou, comme tout le fait supposer, ne compte que pour une les sept écluses accolées de Rogny, il se trouve cpie dans le plan primitif, le canal avait juste le même nombre d'écluses qu'à présent. Du reste, la coïncidence des nombres n'est que d'un intérêt secondaire dans la question. Ce qui est capital, c'est la grande quantité des écluses, le rôle qu'elles jouaient, le caractère qu'elles donnaient au canal, les propriétés qu'elles lui communiquaient.

1 Sully, Œcoii. roy., c. 145, t. I, p. 61G A. (Voir ci-dessus, p. 439, la citation en entier.)

^Thiiauus, lib. 132, §9, t. VI, p. 257, édit. Londin, 1733. « Pro- » posita ratio, auctore Rouii marchiono, qui terarii curara gerebat, ut » uavigatio per Ligerim cum Sequana conjungerelur, excavato inter » Briaram et Geuabum canali, qui ad Castellioneni, supra Monlar;ziriuni, » XXXIll calaraclis ad retinenJam nrjunm in'ermèdiis, extenderetur. » Nous donnons ce passage tel qu'il se trouve dans les diverses éditions du texte de De Thou ; mais il s'est glissé à l'impression une omission dans ce texte. La simple inspection d'une carte géographique prouve qu'il faudrait : « Qui ad Castelliouem, et supra ad Montargirium. » Du reste, l'incorrection du passage ne porte ni sur les écluses, ni sur leur nombre, qui pour nous sont le seul point important.

m IJV. vil. CII. VI. c'est UN CANAL rt POINT DE PAnTAGF.. PnEUVES.

Il établissait la communication navigajjle entre les fleuves et les bassins de la Loire et de la Seine. Il l'ouvrait en faisant franchir aux barques la chaîne des montagnes ou collines qui séparent les deux bassins, et qui s'élèvent de 117 pieds 9 pouces au-dessus du niveau de la Loire, et de 242 pieds 5 pouces au-dessus du niveau du Loing, à Montargis. Il transportait les embarcations d'un bassin dans un autre par les moyens propres à un canal à point de partage, c'est-à-dire par le grand nombre des écluses. En effet, les écluses ne sont ordinairement multipliées que dans un canal à point de partage, dans un canal où les diverses sections, les divers biefs étant superposés dans un espace resserré, et servant d'échelons à la montée et à la descente des embarcations, il y a nécessité de nmltiplier les écluses pour arrêter les eaux et former ces degrés. Quand le canal est construit dans un autre système, cjuand les eaux qui Talimentent sont toutes au même niveau ou à peu près, on n'établit pas d'écluses, ou bien on n'en construit qu'un très-petit nombre. La remarquable particularité du grand nombre d'écluses, et leur destination dans le plan originaire du canal, sont confirmées par les lettres-patentes du roi Louis XITT, données au mois de septembre 1G38, près d'un an avant la première reprise des travaux. D'un côté, les lettres-patentes en chargeant les entrepreneurs « de la continuité et perfection du canal, leur » font don des escliises et levées, et de tous les ouvrages » qui ont été faits audit canal. » D'un autre côté, le gouvernement ayant à pourvoir d'une manière spéciale à ce f^ue la lacune existant dans les travaux s'étendant dans un espace de deux lieues soit comblée, impose aux entrepreneurs l'obligation «f/e construire la quantité d'escluses » suffisajite pour faille monter et descendre les bateaux )) d'une partie du canal dans l'autre ' » 11 est parfaite- ' Lcltres-patenles du mois de septembre 1638. Le préambule et l'ar-

ALIMENTATION DU CANAL. 44o

ment évident d'après ces détails que le programme que les lettres-patentes donnent à remplir est ancien ; que le }>lan qu'elles donnent à compléter dans une petite mesure date du règne de Henri IV; et ce programme, ce plan, sont par tous les côtés, et dans toutes les parties, ceux d'un canal à point de partage. Xous sommes heureux que ces observations relativement à la nature du canal de Briare, qui s'appuient sur le témoignage de quatre documents contemporains non encore produits, se trouvent d'accord avec l'opinion émise à ce sujet par l'auteur d'un remarquable ouvrage sur la navigation intérieure et les canaux de la France publié il y a quelques années '.

Tous les auteurs qui ont traité ces matières, dans des ouvrages spéciaux, s'accordent à témoigner que la grande difficulté des canaux est l'alimentation. Crosnier et les autres ingénieurs sous la direction de Sullv pourvurent avec le plus grand soin à ce que la navigation du canal fût alimentée par des eaux en quantité suffisante. Ils les empruntèrent, comme nous l'apprend Legrain, aux sources, fonlaines, ruisseaux, qui se trouvaient aux lieux que le canal parcourait dans son développement. C'étaient depuis la Loire jusqu'au point de partage, le Pont-Chevron et le Trezé ; et depuis le point de partage jusqu'à Montargis, le Loing saigné dans la partie supérieure de son cours, et avant l'endroit où il devenait une continuation du canal. C'étaient aussi les divers étangs que la nature avait formés dans ces localités, ou que l'art y formait alors

ticle 1«^ àé ces lettres dans le Recueil des anc. lois franc.; t. XYI, p. 489, 490.

• M. Duteus, Histoire de la uavigaliou intérieure de la France, 2« section, t. I, p. 8'». L'auteur, après avoir donné une explication et une description des canaux à point de partar/e, ajoute : « Tel est de sa na- » ture le canal que la France doit au meilleur des rois, et qui sous le » nom de canal de Briare, unit malgré les hauteurs qui les séparent » les deux grands fleuves de la Seine et de la Loire. «

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