MOYENS DE TRANSPOHT EXISTANTS EN 1594. 4G
centres où ils pouvaient être consommés. Jl y aurait eu industrie sans commerce, et l'industrie serait morte aussitôt que née. Aux voies de communication, il fallait ajouter les moyens de transport pour les marchandises et pour les marchands, et il fallait les créer au moment même où l'agriculture et l'industrie se ranimaient. Lesdifficnllés à vaincre étaient proportionnées à l'état de détresse auquel les particuliers étaient réduits, et au peu de développement qu'avaient pris jusqu'alors les établissements destinés à favoriser les déplacements et les échanges.
Les messageries de l'Université établies à la fin du xni* siècle, auxquelles Charles IX avait ajouté les messageries royales en 1576, les postes instituées par Louis XI, transportaient outre les dépèches du gouvernement et les sacs des procès civils et criminels, les voyageurs, les lettres, l'or, l'argent, les marchandises d'un petit volume. Mais elles coûtaient fort cher, n'étaient accessibles qu'aux principaux commerçants et aux gens riches, ne se chargeaient que d'une seule sorte de denrées, et ne servaient par conséquent aux transports que dans une mesure très-restreinte. Du temps de Charles IX et de Henri III , des coches ou voitures publiques par terre avaient été établis par des .particuliers, et transportaient les voyageurs et les marchandises de Paris à Amiens, à Rouen, à Orléans, et de ces villes à Paris Le progrès était bien faible, car les voitures publiques n'existaient que sur ces trois lignes, et leur organisation était très-vicieuse : en effet, leur service était irrégulier, et le prix du voiturage laissé au caprice avide des entrepreneurs. Pour satisfaire aux besoins publics et à l'essor du commerce, il était nécessaire que les moyens de transport prissent la plus vaste extension ; et l'industrie particulière était complètement hors d'état de les leur donner. Quand la Ligue commença à désarmer, de nouvelles compagnies ne pouvaient se for-
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mer, parce qu'il y avait à la fois iiiaiK[UL' Je capitaux (.lan.s la bourgeoisie ruinée, et manque des facilités voulues pour se procurer le matériel iutlispen.sahle à de semblables entreprises. En ell'et, les fermiers les plus riches avaient à peine conservé un nombre de chevaux suffisant pour leur exploitation : le simple paysan avait perdu tous les siens, par la rapine des gens de guerre ou par la misère et l'impossibilité de les nourrir; il n'en avait plus ni pour labourer la terre, ni pour porter ses denrées au marché. Ce sont les édits et les délibérations de la commission de commerce qui nous fournissent ces détails. Les campagnes, loin d'avoir à vendre des bêtes de trait aux entrepreneurs de voitures publiques, en mamiuaient donc pour leur propre usage. Dans cette déplorable situation, l'agriculture, l'industrie, le commerce se tournèrent vers Henri IV, en lui demandant d'être inépuisable pour eux en idées grandes et fécondes, en expédients secourables, et il le fut. L'un des historiens du temps dit à celte occasion : « Il n'y avoit invention à laquelle il n'eust )) l'esprit tendu pour la commodité de ses subjects ', » Les dates auxquelles se rapportent les réformes et les créations relatives aux transports publics , prouvent qu'elles partirent toutes de sa puissante intelligence : il n'avait alors auprès de lui aucun ministre assez habile, assez expérimenté pour lui fournir des avis et des projets; Sully commençait alors à peine son éducation, et pour les finances seules.
Henri mit la rnain à l'œuvre dès le mois d'avril 1594 , un mois après la réduction de Paris ; mais il se borna alors à ce qui était seul praticable, à la réforme et à l'aniélioration de ce qui existait ; ni les fortunes particulières, ni la fortune publique ne permettaient de rien créer
1 Legraiu, Décade de Henri le Graud, l.Vlli, p. 419, in-fol.