LIV. I. CH. III. DOUBLE ATTAQUE DES LIGUEURS CONTRE LE POLET
alla occuper la hauteur voisine de Martin-Eglise et du camp d’Arques, dont la défense avait été confiée au maréchal de Biron. Le roi n’attendit pas Mayenne derrière les fortifications dont il avait entouré le Polet. Il ordonna à Chastillon d’aller, avec l'infanterie, recevoir l’ennemi à la portée du canon de ses retranchements. Lui-même conduisit une troupe de cavaliers d'élite reconnaitre et charger les avant-postes ligueurs, et en combattant parmi les quarante les plus avancés, il eut son cheval blessé d’une arquebusade. Cet engagement présenta pour la dernière fois dans nos armées le mélange des exploits militaires et des prouesses chevaleresques. Un cavalier ligueur demanda à tirer un coup de pistolet en honneur des dames. Bellegarde releva le défi, joignit son adversaire, lui cassa le bras gauche, et le contraignit à se sauver dans les rangs des siens pour échapper à la captivité ou à la mort. Dans les escarmouches de cavalerie et d’infanterie qui suivirent, le roi, malgré l'inégalité du nombre, ne recula pas d’un pas, ne laissa pas l'ennemi gagner un pouce de terrain, et lui tua 200 hommes ‘. Sous un chef qui ne comptait pas ses ennemis, et qui-bravait ainsi la mort, les troupes royales prirent ce mépris du danger, cet élan, cet entrain, qui viennent à bout de tout, parfois mème en dehors des combinaisons des généraux, et des moyens ordinaires de l'attaque et de la défense.
Sur l’autre point, dans l’attaque du camp royal et dans la lutte contre le maréchal de Biron, le duc de Nemours n'eut pas meilleure fortune que Mayenne. Nemours, en
1 Discours au vrai, p. 16, 17. — D’Angoulesme, Mém., p. 77 B. — Lettre d’un gentilhomme intitulée : Narration sur la journée d’Arques, p. 146. « Le samedy, 16 de ce «mois de septembre 1589... le roy » sortit des fauxbourgs du Polet, avec cinquante chevaux pour les » reconnoistre : lui-mesme attaqua l’escarmouche avec quarante » chevaux, en laquelle son cheval fut blessé d'un coup d’harque- » busade. »