‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 141 sur 636 · ET LA SECONDE LIGNE DES ROYAUX : DANGER DE L'ARMÉE DU ROI · texte numérisé non relu

ET LA SECONDE LIGNE DES ROYAUX : DANGER DE L'ARMÉE DU ROI

.La Force qui a raconté ce combat avec autant d’intellhigence qu'il y déploya d’intrépidité, dit : « Les affaires » étolent en mauvais état. Sa Majesté, qui étoit au-delà » de tous les principaux retranchemens, ne pouvoit de- » meurer plus longuement sans être obligée de soutenir » tout le choc. De quitter aussi le dehors où 1l avoit tou- » Jours demeuré, pour se retirer dans les retranchemens, » le roi eût donné de l’épouvante aux siens. En ces per. » plexités, il commanda que l’on appelät son ministre, et » lui fit faire la prière à la tête de sa troupe. » Sully, un autre combattant de cette Journée, ajoute : « Que les » choses étoient quasi au désespoir. » Le danger fut donc très grand. I ne fut pas extrême, parce que Biron, Henri et les autres chefs de corps ne faiblirent pas un seul instant; parce qu’ils se conduisirent par le principe qu’en toutes choses tenir bon c’est vaincre; parce que leur inébranlable fermeté leur donna moyen d’attendre le retour de la fortune, et de recevoir des hommes et des événements imprévus l’aide qui permet à une cause de se relever. Biron, quoique débordé à sa gauche, maintint ses troupes en si bon ordre qu’elles étaient prêtes à recommencer l’action. La Force et le comte d'Auvergne, accablés mais non vaincus par la fatigue, entretinrent jusqu’au bout le combat contre la cavalerie de la Ligue. Henri, au milieu de la dispersion et de la fuite momentanée du reste de sa cavalerie, ne songea pas un seul instant à se retirer vers son principal retranchement et à y chercher une légitime protection contre l'attaque de l'ennemi. Résolu à ne pas reculer d’un pas, il s’'approcha « Le roy retourna dix ou douze fois à la charge, et deux chevaux » furent tuez sous luy.. De deux cents chevaux qu'il avoit autour » de luy, il n’en demeura que quatre... Jay ouy dire au roy qu’il » rallia deux ou trois fois ses gens, mais que tout aussitost ils éva-

» nouissoient, ne pouvant paroistre dans cette grande multitude d’en- » nemis. »

Page 1