‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 190 sur 636 · COMPROMIS ENTRE MAYENNE ET LA LIGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

COMPROMIS ENTRE MAYENNE ET LA LIGUE FRANÇAISE

pour le 3 février 1590, devaient, en exerçant la souveraineté de la France, décider comment elle serait régie ; mais les dispositions de Mayenne et la force des événements pouvaient faire préjuger déjà que le provisoire établi pour quelques mois durerait probablement quelques années. La faveur du Parlement et de la bourgeoisie, la présence dés troupes réunies par le duc dans Paris, lui permirent de détruire le conseil de l'Union sans qu’il renconträt aucune opposition sérieuse {.

La statistique et l’histoire des partis durant cette période demandent que l’on se rende compte des résultats qu'entrainait le grand changement opéré par la suppression du conseil de l’Union. Les Seize et les Ligueurs vendus à Philippe, qui avaient ressaisi la majorité dans ee conseil, perdaient leur pouvoir politique. Mais les Seize ayant une organisation et des réunions qui n'étaient pas détruites, subsistaient à l’état de parti, et continuaient à influer sur la situation. Les villes de la Ligue étaient privées également de leurs attributs politiques. Tout le pouvoir législatif était concentré jusqu’à nouvel ordre entre les mains de Mayenne et du Parlement : tout le pouvoir exécutif demeurait à Mayenne : les grands intérèts de l'Etat étaient réglés par lui et son conseil d'Etat. Mayenne prétendait à la succession du vieux cardinal de Bourbon et au trône. La Ligue française continuait à vouloir y porter un Bourbon et à maintenir la grande et salutaire institution nommée loi salique. En différend sur ce point, en parfait accord sur la nécessité de main-

1 Pour ces deux paragraphes : Villeroy, Apol. et Dise., t. xI de la COIL., p. 146, 147. — P. Cayet, 1. 1, t. I, p. 187, 189-491. — Suite du Dialogue du maheustre et du manant, citée par extraits dans Lestoile, p. 565 B, 566. — L’Anti-Espagnol, dans les Mém. de la Ligue, t. Iv, p. 212, 213. — Lettre de Mayenne pour l'élection des députés aux Etats-généraux, d’abord pour le 3 février, ensuite pour le 20 mars 1590, dans les Anc. lois françaises, t. xv, p. 18.

168 Liv.1. CH. V. VILLEROY APPRÉCIE L'INSUFFISANCE DE f.A ROYAUTÉ

tenir la société et l’ordre public contre le brigandage des Seize, de ne pas livrer le royaume à Philippe IF, de ne pas le livrer non plus à un hérétique, la Ligue francaise et le liautenant-général passèrent ensemble un accord, un compromis, pour la défense des intérêts qui leur étaient communs. Ce compromis devait durer jusqu’au moment où les circonstances les obligeraient à vider leur différend au sujet de la couronne : alors, mais alors seulement, ils devaient se séparer et devenir ennemis.

La Ligue française se trouvait très bien de la royauté du cardinal de Bourbon, doublée et soutenue de la lieutenance-générale de Mayenne, comme le prouvent divers, actes émanés deux mois plus tard du Parlement de Paris, porüon intégrante et considérable de la Ligue française. : C’est que ce parti de bourgeois, restés étrangers jusquelà aux affaires d'Etat, faisait de la politique avec ses passions au lieu d’en faire avec la réalité, et se conduisait avec ses courtes vues, n’apercevant que la moitié des dangers présents, ne voyant rien des exigences d’un prochain avenir. Les chefs, plus avisés que lui, et Villeroy entre autres, ne partageaient n1 sa satisfaction ni sa sé— curité. ‘Villeroy était l'homme d'Etat de la Ligue francaise, et nullement l’homme de Mayenne. Le lieutenantgénéral l’avait admis dans son conseil, et l’employait comme négociateur; mais Villeroy était entré dans son administration, comme on entrerait aujourd’hui dans un ministère de coalition, sans renoncer à ses opinions, sans abandonner son parti. Villeroy, secrétaire d'Etat, c'est-à-dire ministre sous les derniers Valois, en savait déjà très long sur l’ambition de Philippe IT : la tentative de protectorat tentée tout récemment au profit du roi catholique était un chapitre de plus ajouté à ce qu’il connaissait des projets de ce prince contre la France. Il sentait qu'il n'y avait pas à jouer avec un pareil ennemi, et

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