DU CARDINAL CONTRE PHILIPPE II. IL PUBLIE L’AVIS D'ÉTAT
que pour rendre vaines ses attaques, il ne fallait rien moins à la France que l’union, le libre emploi de toutes ses ressources contre l'étranger, et un pouvoir fort. Ce n'était pas la royauté du cardinal de Bourbon qui assurait ces avantages au pays, et quand elle les lui aurait donnés, l’âge et les infirmités de ce souverain imaginaire, avertissaient de lui chercher promptement un successeur. Villeroy essaya de diriger les gens de son parti, les Ligueurs français, vers des idées plus raisonnables et plus pratiques, en partant des deux grands principes de la légitimité et de la catholicité. L'une des conditions de réussite pour le plan qu’il proposait, était qu’il parvint à tempérer l’ardeur etl’exagération du zèle religieux chez ses partisans, lesquels considéraient encore Henri de Bourbon comme un hérétique et un maudit, entièrement inhabile à régner, et avec lequel il était défendu d’avoir même un rapport quelconque sous aucun prétexte !. Villeroy aborda ce préjugé de front et lui porta les premiers coups.
A la fin du mois de décembre 1589 *, 11 publia un remarquable écrit portant pour titre : Advis d'Etat sur les affaires de ce temps. H y réclamait en propres termes la couronne pour ceux auxquels elle appartenait. Il établissait que le parti le plus sür.et le plus honorable pour Mayenne était de reconnaitre Henri IV, s’il consentait à abjurer ; et s’il refusait, le comte de Soissons ou tout autre prince de la maison de Bourbon. De la sorte on donnerait à la France un roi catholique et légitime ; on parviendrait à réunir dans un même parti tous les catholi-
1 La Ligue francaise était encore complétement dans ces sentiments au mois de décembre 1589. C’est ce dont on se convaincra par les dispositions de l'arrêt du parlement du 5 mars 1590, que l’on trouvera citées textuellement ci-après et sous cette date.
2 Villeroy, Apolog. et Disc., t. x1, p. 147, collect. Michaud. — Lestoile, Reg. Journ. de Henri IV, p. 9 B et 10, collect. Michaud.