MESURES HOSTILES DU LÉGAT CONTRE LE ROI
comme la Ligue, demandait alors des auxiliaires aux nations voisines. Îl était coupable comme ambitieux, il n’était pas dégradé. Dans la carrière qu’il parcourut, il importe d'apprécier chacun des pas qu'il fit, chacune des situations qu’il accepta successivement.
Lorsqu'on rapproche sa conduite de celle de Philippe I, on l'estime par comparaison. En envoyant à Mayenne le corps de troupes qu’il demandait, le roi catholique publia une déclaration dans laquelle il disait : «Nous protestons » devant Dieu et devant ses anges que les préparatifs que » nous faisons ne tendent à autre but qu'à l’exaltation de » notre mère saincte Église catholique, apostolique et ro- » maine, repos des bons catholiques sous l’obéissance de » leurs princes légitimes, extirpation entière de toutes » sortes d’hérésies, paix et concorde des princes chré- » tiens !. » C'était un mois après qu'il avait poursuivi le protectorat de la France qu’il tenait ce langage! Cet homme n’avait de roi et de chrétien que le nom. Son honneur s’accommodait de mentir impudemment à la face de l'Europe entière; sa religion de conduire un peuple à l’esclavage par les horreurs de la guerre civile et étrangère, et d’invoquer Dieu à l'appui des faussetés qu'il débitait. Le cœur se soulève de dégoût devant tant de bassesse et d’hypocrisie.
En même temps que le duc de Mayenne rassemblait de nouvelles forces, 1l obtenait, de toutes les autorités qui pouvaient commander à l'opinion publique et l’égarer, des déclarations propres à affermur les peuples de la Ligue dans la révolte, et à alimenter l'insurrection. Le légat du pape Gaëtano entra à Paris le 20 janvier 1590, et tit en— registrer ses bulles par le Parlement le 26 du même mois. Il se portait par cette démarche même pour ennemi du
1 Le texte de la déclaration dans P. Cayet, Ch. nov., L. 11, p. 210 A, collect. Michaud.