PRÉFACE. XXII
dans leur tentative d’usurpation, pouvaient bien se flatter que pour loyer de son assistance, pour prix des secours qu’il leur fournissait, il se contenterait d’un certain nombre de places frontières démembrées du royaume, de Marseille, de Bordeaux, de Boulogne-sur-Mer, qu'ils tentaient de Lui livrer dès 1585, de quelques provinces contiguës à ses Etats ; 1ls pouvaient se repaîitre de lespoir que le gros du territoire, le corps de la monarchie leur resterait. Mais Philippe se riait de leur dessein,
et S’'apprêtait à le ruiner. Son plan était de nourrir la révolte,
d'alimenter la guerre civile, en soutenant les Guises et la Ligue contre Hi: IIT et son successeur Henri de Bourbon ;
d'ajouter ainsi à l’affaiblissement de la France; et quand elle serait arrivée au dernier degré d’épuisement, de la serrer et de l’étoufter avec ses armées, parties à la fois de l'Espagne, de lltalie, des Pays-Bas.
Quand on s’est rendu un compte exact de ces faits divers, les uns communs à la moitié de l’Europe en même temps qu’à la France, les autres particuliers à la France, on peut définir la tâche que la Providence donnait à accomplir à Henri IV : tirer le royaume de l'anarchie et de la guerre civile, le sauver à la fois du démembrement intérieur et du joug étranger ; régénérer dans toutes ses parties son gouvernement et son administration et les perfectionner; prêter l'appui de la France ainsi transformée à tous les Etats qui n'étaient pas devenus espagnols et autrichiens, garantir leur mdépendance, asseoir sur une base nouvelle et solide le droit publie, la morale, la vraie religion, tous les principes de la civilisation et du progrès. L’immensité et la difficulté du travail frappèrent les hommes du temps. «Quand je me remets devant les yeux, » dit Pasquier; tout ce qui s’est passé par la France, depuis le » mois de mars 1985, je ne pense pas qu'entre les histoires, » tant anciennes que modernes, il y en ait jamais eu une plus » prodigieuse que celle-ci !. » Un homme hors de pair, par la
{ Pasquier, Lettres, Liv. xvI, lettre 7, t. 11, p. 466,