LIV. II. CH. I. HENRI EST FORCÉ DE RECOURIR AUX ARMES
pour lui cette liberté qu’il assuraït à tout le monde. Contre sa conviction, son honneur et son droit, s’élevaient les engagements pris par lui lors de la déclaration de Saint- Cloud, et aux termes desquels 1l devait se faire instruire des doctrines catholiques par un Concile national. Scru— puleux. observateur de sa parole, il avait appelé les évêques à Tours pour former ce Concile, et 1l devait s’y présenter non seulement sans parti pris contre le catholicisme, mais même avec la disposition de faire à la paix publique toutes les concessions, tous les sacrifices com-— paibles avec sa dignité et sa conscience. Et voilà que, dans le même moment, par la violence de la Ligue, il était déclaré incapable de régner, quoi qu'il fit; un mur infranchissable de séparation était élevé entre son peuple et lui; la révolte était proclamée à la fois sainte et éter— nelle. Dans cette situation, l’abjuration de Henri ne pouvait produire qu’un effet : amener une rupture entre lui et les puissances protestantes, le priver des secours de la reine d'Angleterre, des Hollandais, des princes réformés d'Allemagne, peut-être même des Suisses, et lui enlever plus de la moitié des forces avec lesquelles il résistait déjà péniblement à ses ennemis. Il résolut done, et 1l devait résoudre, d’épuiser tout ce que la guerre, la politique et ses talents pouvaient lui fournir, pour détruire un ernemi que les négociations, au moins en ce moment, trouvaient intraitable et mème inabordable.
Le roi, après avoir délivré Meulan et repris Poissy, attaqua la ville de Dreux. Son but était à la fois de consolider ses conquêtes en Normandie, en fermant à Mayenne l'entrée de cette province; d’intercepter les communications des Parisiens avec Chartres, et de leur enlever les blés qu'ils tiraient de la Beauce, après leur avoir ôté ceux de la Normandie par l’occupation des villes sur la Seine. Paris souffrait déjà de la disette. Aussi dès qu’on y ap-