LIV. 11. CH. 1. L'AVANTAGE PASSE AUX LIGUEURS
pour se joindre à lui dès qu’il avancerait, et pour le se— conder dans son attaque contre le centre des Ligueurs. L'on ne saurait trop remarquer et trop louer la prévision du général, l’obéissance dévouée du lieutenant. |
Ces heureux commencements pour l’armée royale furent suivis de revers partiels et d’un moment de sérieux danger. Ce n’est pas ce que disent les historiens modernes, qui font de cette journée un roman, et qui la réduisent à quelques charges, toutes heureuses, exécutées par Henri et par ses lieutenants ; mais c’est ce que témoignent tous ceux qui combattirent. L’artillerie royale continuait son feu et ses ravages dans les rangs des ennemis. Deux corps souffraient surtout de ses décharges : les reîtres placés sur le front de l’armée ligueuse ; l’escadron du comte d'Égmont, posté près des reîtres, et à l’extrémité droite du corps commandé par Mayenne. Les chefs des reîtres et d'Egmont résolurent de soustraire leurs troupes au feu qui les décimait, en allant attaquer l'ennemi et enlever lartillerie royale. Les reitres parti rent les premiers, et donnèrent contre la cavalerie légère du comte d'Auvergne et de Givry, qui s’avanca pour défendre les canons menacés. La multitude des assaillants jeta l’effroi parmi les chevau-légers, les ébranla, les dé sunit. Les reitres, après les avoir entamés, regagnèrent leur place de bataille pour reformer leurs rangs, selon leur habitude militaire !. Le comte d’Egmont les rem-—
1 Journal de La Curée, l’un des combattants à Ivry, dans le manuscrit fol. 49, 50, dans l’imprimé, p. 112. « Les premières troupes des » ennemis que les escadrons de M. le comte d'Auvergne et M. de » Givry chargèrent furent les reistres. » — Discours vérit., p.245. «Le » host des reistres de leur main droite, qui vouloit venir à l'artillerie, » y trouvant les chevaux-légers qui s’y étoient avancés, il leur fit une » charge. Les chevaux-légers de Sa Majesté furent un peu séparés » de ce grand effroi qu’avoit mis parmi eux cette troupe de reîtres. » — Davila, 1. xi, t. 11, p. 36 et Matthieu, 1. 7, p. 32, mentionnent l'effet de l'artillerie royale ; mais omettent cette première attaque des reitres.